Votations - Le statut des communautés religieuses au cœur du débat
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VotationsLe statut des communautés religieuses au cœur du débat

Le 26 septembre, les citoyens du canton de Neuchâtel iront aux urnes pour se prononcer sur la reconnaissance des communautés religieuses. Un domaine où les enjeux sont sensibles.

par
Gaëlle Monayron
95% de la population appartenait à la communauté chrétienne il y a cinquante ans, contre moins de deux tiers aujourd’hui.

95% de la population appartenait à la communauté chrétienne il y a cinquante ans, contre moins de deux tiers aujourd’hui.

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«Il ne s’agit pas de reconnaître une religion, mais de reconnaître un intérêt public à une communauté religieuse», a expliqué Laurent Kurth, conseiller d’État en charge des Cultes et Affaires religieuses, lundi, lors d’une conférence de presse au château de Neuchâtel. Actuellement, seules les Églises protestante, catholique romaine et catholique-chrétienne sont reconnues par l’État. L’adoption de cette loi serait donc «une réponse à l’augmentation de la diversité religieuse», considère le conseiller d’État. Si elle passe, «la loi permettrait, par exemple, de répondre aux Églises évangéliques qui ont déposé depuis 2000 leur dossier pour être reconnues», explique Christian Miaz, président du Conseil synodal et représentant de l’Église protestante.

Concrètement, une communauté jouissant de cette reconnaissance obtiendrait alors les mêmes droits que les trois Églises reconnues. Elle pourrait ainsi prendre part aux services d’aumônerie dans les écoles, les hôpitaux, les services pénitentiaires, etc. Elle aurait également la possibilité d’utiliser des locaux scolaires, en dehors des heures de cours, pour dispenser l’enseignement religieux. Et finalement, en plus d’exonération fiscale, une communauté reconnue peut toucher une contribution volontaire de ses membres que l’État peut percevoir en son nom le cas échéant.

Des enjeux qui divisent

«C’est un sujet qui s’inscrit dans l’Histoire»

Jean-Daniel Jeanneret, vice-président du PLRN et membre du comité référendaire

La loi s’inspire du modèle vaudois et dicte les critères qu’une communauté religieuse doit remplir pour être reconnue. Autrement dit, elle réglemente seulement la procédure, mais la décision finale d’admettre une communauté appartiendra au Grand Conseil. «D’emblée on a souhaité que cela reste une décision politique», assume Laurent Kurth. Or, c’est précisément le point qui fait tiquer le comité référendaire. Ce dernier n’est pas contre la reconnaissance de nouvelles communautés, mais il s’oppose au processus. «La reconnaissance d’une communauté religieuse est un sujet fondamental qui s’inscrit dans l’Histoire, détaille Jean-Daniel Jeanneret, vice-président du PLRN et membre du comité, c’est donc au peuple de s’exprimer sur cette question.» Pour le comité, cette reconnaissance devrait faire l’objet d’un référendum obligatoire. «On est en train de museler le peuple, estime le vice-président, si la loi passe, il faudrait que 30 députés soumettent au référendum facultatif la reconnaissance d’une communauté religieuse, pour que le peuple ait éventuellement la possibilité de se prononcer.» Jean-Daniel Jeanneret souligne également la pression d’un choix aux enjeux historiques et moraux si complexes, pour un député: «Moralement c’est un poids incroyable. S’il vote non, il risque de stigmatiser. Sil vote oui, c’est peut-être par lâcheté ou par insouciance.» De leur côté, les trois Églises soutiennent cette loi, à travers laquelle elles voient une forme d’équité. «C’est également un moyen de regarder l’ensemble de la société au-delà de sa propre communauté puisque l’un des critères de reconnaissance renvoie à l’engagement dans la vie neuchâteloise», estime Christian Miaz.

Pour sa part, le parti ouvrier et populaire neuchâtelois (POP) ne soutient pas cette loi. «La religion est une affaire privée, liée aux croyances personnelles de chacune et chacun. Elle ne doit pas interférer avec le fonctionnement de l’Etat et de la société», écrit-il dans son communiqué du 25 août. Le POP pointe également le doigt sur le principe de laïcité, qu’il estimerait remis en question par l’adoption de cette loi. Il préconise donc de suivre le modèle genevois, à savoir: «l’absence de reconnaissance des communautés religieuses tout en permettant la possibilité d’un statut d'utilité publique lorsque certains critères sont remplis». Le parti considère aussi que «les communautés religieuses souhaitant se faire reconnaître se trouveraient de facto discriminées par rapport aux trois communautés déjà reconnues, et en ce sens la Loi inscrit une inégalité de traitement».

Laurent Kurth estime en revanche que la laïcité est un principe «garant de la liberté religieuse, et du dialogue entre l’Etat et les communautés religieuses». L’organisation de l’Etat doit, selon lui, toujours être réaffirmée, et rester totalement indépendante de toute influence religieuse. «Cette loi réaffirme donc ces principes, et les consolide».

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