Tunisie: Le statut des femmes restera inchangé
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TunisieLe statut des femmes restera inchangé

Le parti islamiste Ennahda, grand vainqueur des élections, s'est engagé à construire un régime démocratique. Son chef a assuré qu'il ne touchera pas au statut des femmes.

Rached Ghannouchi est le chef de file d'Ennahda.

Rached Ghannouchi est le chef de file d'Ennahda.

Vainqueurs des premières élections libres en Tunisie, les islamistes d'Ennahda ont insisté vendredi sur leur engagement démocratique. Des violences ont toutefois éclaté dans la ville symbole de la révolution, Sidi Bouzid. Le couvre-feu a été décrété.

«La démocratie, c'est pour tout le monde», a assuré vendredi devant la presse, à Tunis, le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi, qui a tendu la main à toutes les forces du pays.

«On demande à tous nos frères, quelles que soient leurs orientations politiques de participer à l'instauration d'un régime démocratique», a insisté M. Ghannouchi. «La révolution n'a pas eu lieu pour détruire un Etat, mais pour détruire un régime. Nous sommes déterminés à protéger l'Etat tunisien», a-t-il affirmé.

La victoire du parti Ennahda a été confirmée jeudi soir par le chef de la commission électorale, qui a précisé que les islamistes avaient obtenu 90 des 217 sièges à l'Assemblée constituante. Les islamistes devancent les quatre principales formations de la gauche tunisienne - le Congrès pour la République (CPR), Ettakatol, le Parti démocrate progressiste (PDP) et la coalition du Pôle démocratique moderniste (PDM) -, qui totalisent 73 sièges.

Les autres sièges reviennent à des partis de moindre importance ou des indépendants.

Couvre-feu à Sidi Bouzid

Vendredi, un couvre-feu a été ordonné à Sidi Bouzid (centre), où la mort d'un vendeur ambulant en décembre 2010 avait lancé la révolution tunisienne. La permanence d'Ennahda et des bâtiments administratifs, dont la municipalité et le tribunal, ont été mis à sac et pillés après l'annonce des résultats définitifs de l'élection.

Les manifestations se poursuivaient vendredi. M. Ghannouchi, qui a lancé un appel au calme, a affirmé voir dans ces troubles «la main du RCD dissous», l'ex-parti du président Zine El Abidine Ben Ali.

Les protestataires contestent l'invalidation par la commission électorale de la liste «Pétition populaire» de l'homme d'affaires Hechmi Haamdi, vainqueur dans cette circonscription, sa région natale.

En position de force

Les islamistes, interdits, persécutés, emprisonnés ou condamnés à l'exil par la dictature de Ben Ali, se retrouvent en position de force dans la future assemblée qui va devoir s'atteler à l'élaboration d'une nouvelle constitution.

Les tractations entre les partis ont commencé peu après le scrutin de dimanche mais ne pourront formellement aboutir qu'après la première convocation de la nouvelle assemblée élue. Cette dernière devra d'abord nommer un nouveau président de la République, qui, lui-même, désignera le Premier ministre.

Ennahda a d'ores et déjà indiqué que son numéro deux, Hamadi Jebali, 62 ans, qui a passé seize années de sa vie en prison - dont 10 à l'isolement - était candidat à la direction du gouvernement.

«Engagement envers les femmes»

Compte tenu de l'inquiétude que suscite en Tunisie et à l'étranger l'accession au pouvoir des islamistes, «il leur appartient de rassurer le pays», souligne vendredi le quotidien «La Presse».

Ennahda accède à la tête de l'Etat sans majorité absolue et «c'est tant mieux!» se félicite le quotidien car, ajoute-t-il, «ses dirigeants auront à exercer le pouvoir avec l'obligation de toujours expliquer et de justifier leurs propositions ou décisions».

«La Presse» s'interroge sur la capacité de ce parti à tenir ses engagements quant au respect des acquis démocratiques (statut de la femme, libertés fondamentales, etc) «si la base ou les doctrinaires religieux exigent d'être plus énergiques et d'arrêter les compromis».

M. Ghannouchi a réaffirmé son «engagement envers les femmes de Tunisie pour renforcer leur rôle dans la prise de décision politique, afin d'éviter toute marche arrière sur leurs acquis». Quarante-deux des 49 femmes élues au sein de la nouvelle assemblée sont membres de son parti, a-t-il souligné.

Mais, pour «La Presse», les dirigeants islamistes «doivent savoir que s'ils renient leurs engagements (...), ils trouveront en face d'eux une société tunisienne mûre, responsable et consciente de ses intérêts et de sa force».

(ats)

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