Actualisé 04.02.2009 à 18:14

Interview

«Le succès n'a pas que des aspects positifs»

Qui n'a pas fredonné la chanson «Partons vite» de Kaolin? Le leader du groupe français, Guillaume Cantillon, tente ce jeudi soir l'aventure solo.

de
Myriam Genier

Rencontré mardi lors d'une journée promo à Lausanne, Guillaume Cantillon, simple et sympathique, ne semble pas avoir pris la grosse tête même s'il a conquis les charts. Ce jeudi soir à l'Epicentre, il présentera son album Des ballons rouges avant de retrouver Kaolin.

- «20minutes.ch». Comment se passe cette période en solo?

- Guillaume Cantillon. Plutôt bien. Je pressentais que ça allait être différent de ce que j'avais vécu avec Kaolin et c'est un peu pour ça que j'ai fait ce disque. Il fallait que j'en passe par là, sinon je n'aurais pas pu continuer avec Kaolin.

-Pourquoi?

- On a passé deux ans sur les routes, on était ensemble quasiment 24 heures sur 24. Je suis aussi peut-être quelqu'un d'un peu solitaire, j'avais besoin de m'aérer et de retrouver une certaine fraîcheur, celle qu'on avait au début de notre carrière. Le succès, c'est vraiment agréable, mais il y a aussi des aspects moins positifs. Par exemple, je ne pouvais pas partir en vacances, j'étais tout le temps poursuivi par des journalistes et des paparazzi. Il y a eu un moment où ça devenait vraiment lourd. Je n'avais jamais vécu ça. Avec Kaolin, on n'était pas connus avant notre dernier album, Mélanger les couleurs. Musicalement, j'ai fait un vrai retour aux sources avec ce disque solo, qui est très acoustique et folk; je n'avais plus envie de balancer des riffs de guitare électrique. Kaolin est quand même un groupe de rock, on ne fait pas que des titres comme «Partons vite».

- Quelle impression cela vous a-t-il fait de travailler sans les autres membres de Kaolin?

- Au début, j'ai vraiment paniqué. Pendant quatre jours en studio je me suis dit: je ne peux pas, je n'y arrive pas, je vais jeter l'éponge. J'avais tellement l'habitude d'être avec le groupe. Seul, on ne peut plus se reposer sur les autres. J'ai dû tout assumer. Et j'ai donné beaucoup de moi dans ces chansons, elles sont presque autobiographiques.

- Cela a-t-il été parfois gênant de divulguer vous sentiments intimes?

- Oui, mais j'ai écarté certaines chansons, et même si je parle de choses très personnelles, j'ai un peu romancé.

- Vous n'auriez pas pu enregistrer ces morceaux avec Kaolin?

- Non. Par exemple, pour le titre «Des ballons rouges», je voulais des sonorités ensoleillées, très latines, et avec Kaolin, on n'aurait pas pu le faire, on lui aurait donné une couleur plus rock.

- Comment les membres du groupe ont-ils réagi quand vous leur avez parlé d'un album solo?

- Vraiment mal au début. C'est normal, à leur place, j'aurais eu la même réaction. Mais ensuite, ils ont pris sur eux, ils ont essayé de comprendre et maintenant ça va.

- Que pensent-ils de l'album?

- Mon frère, qui joue dans Kaolin, est forcément concerné par certaines choses que je dis sur ma famille, il est touché et ému. Notre guitariste, Ludwig, trouve que ça manque de guitares électriques (rires). Quant à notre batteur, Olivier, le côté chanson, ce n'est pas trop son truc. Il est plus jeune et il n'a pas encore vécu certaines des choses dont je parle.

- Comment avez-vous trouvé le temps d'écrire et d'enregistrer cet album alors que vous étiez en tournée avec Kaolin?

- Je suis un cinglé, un hyper actif, c'est maladif, je ne tiens pas en place (rires). J'écris tout le temps.

- Cet album, c'est un peu la recherche du temps perdu?

- Oui, c'est un peu ça, la madeleine de Proust. Mais la nostalgie n'est pas honteuse, on se construit avec et on vit avec tous les jours.

- C'est aussi un hymne à l'amour et au bonheur?

- Oui, vraiment. J'avais envie d'aborder dans les textes et les musiques des choses douces, calmes, ensoleillées, qui se rapprochent de l'enfance, des moments de bonheur, d'exaltation, des instants simples et naïfs.

- C'est rare qu'un homme se livre comme ça…

- C'est mon côté féminin. Dans l'équipe de Kaolin, on est 15 mecs, il y a des moments où ça pèse. Parfois, on me dit que cet album est un peu gnangnan, mais c'est presque un compliment pour moi, il faut juste l'assumer et je l'assume.

- Les gens vous prennent souvent pour un romantique. C'est une image qui vous convient?

- Oui, mais c'est seulement une image, je suis comme tout le monde. En musique, il faut s'amuser. Kaolin a toujours été considéré comme un groupe qui fait une musique un peu précieuse, destinée à certaines personnes, qui n'est pas accessible à tout le monde. Je déteste qu'on rende la musique élitiste, j'aime la chanson populaire.

- Sur cet album, vous vous montrez nostalgique de votre enfance. Vous êtes resté un grand enfant?

- Quand on est musicien, on est un peu traité comme un enfant, on fait tout pour te rendre les choses faciles, on te dit tout le temps que tu es beau, que tu es magnifique. Mais j'ai eu une enfance heureuse et c'est naturel pour moi d'en parler, ce sont des moments auxquels je pense souvent.

- Un autre album solo est-il envisageable ou n'était-ce qu'une parenthèse?

- Il y en aura un autre. Mais là, on travaille sur le prochain Kaolin, et après je vais sortir un album pour enfants. J'ai fait une chanson avec les élèves d'une école sur «Des ballons rouges» et un album en a découlé.

- Parlez-nous du prochain album de Kaolin.

- On a une dizaine de chansons, mais on n'a pas de date de sortie. On prend notre temps. Je sais qu'après un disque qui a marché, le public se lasse. Il faut se ressourcer, changer d'air. On veut évoluer, on ne veut pas faire la même chose.

- Ressentez-vous de la pression pour ce prochain CD?

- Un peu, notre maison de disques nous la met tous les jours. Ils sont tout excités par nos maquettes, ça part dans des délires pas possibles. Mais c'est bien d'avoir des compromis à faire, des limites, ne serait-ce que pour les dépasser ou au contraire les utiliser. La pression ne nous dérange pas, elle nous permet d'avancer.

Epicentre, Genève Jeudi 5 février, 20h30

Epicentre, Genève Jeudi 5 février, 20h30

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