Attentat à la bombe: Le suspect a été membre de la droite populiste

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Attentat à la bombeLe suspect a été membre de la droite populiste

Le principal suspect dans la double attaque sanglante est un ancien du parti du Progrès (FrP), parti de droite populiste, et de son mouvement pour la jeunesse, a annoncé le parti samedi.

«Cela m'attriste encore plus d'apprendre que cette personne a été parmi nous», a déclaré la présidente du FrP, Siv Jensen, dans un communiqué.

La formation a précisé que le suspect, identifié comme Anders B. B. par les médias norvégiens, a rejoint ses rangs en 1999 et qu'il a été radié du parti en 2006.

Il a également été un responsable local du mouvement des jeunes du FrP, le FpU, entre 2002 et 2004, selon le communiqué du parti.

Selon ce texte, «ceux qui le connaissaient quand il était membre de l'organisation disent que c'était un garçon un peu timide qui prenait rarement part aux discussions».

Dans un message posté en 2009 sur le site de débat www.document.no, B. B. faisait part de ses frustrations à l'égard du parti.

«Le problème avec le FrP dans la durée, c'est que dans sa soif de vouloir satisfaire les attentes multiculturelles et les idéaux suicidaires de l'humanisme, il a de bien des façons jeté le bébé avec l'eau du bain», écrivait-il.

«La résistance se limite à écouter les agences de relations publiques et à sortir deux ou trois déclarations avant chaque élection pour s'assurer les voix de la base», ajoutait-il.

6 tonnes d'engrais

Anders B.B., 32 ans, avait acheté six tonnes d'engrais début mai, a indiqué une porte-parole de la Centrale d'achat agricole.

«Nous lui avons vendu six tonnes d'engrais, ce qui constitue une commande relativement standard», a déclaré à l'AFP Mme Oddny Estenstad, précisant qu'elles avaient été livrées le 4 mai.

Elle n'a en revanche pas voulu préciser la nature des produits fournis, ni s'ils pouvaient entrer dans la composition d'explosifs artisanaux.

Une commande «habituelle»

Mme Estenstad a qualifié sa commande de «petite» et «habituelle» pour les producteurs de légumes, précisant qu'il était aussi coutumier que des producteurs achètent de tels produits à cette saison.

Les éléments postés par le suspect sur internet laissent penser qu'«il a certains traits politiques penchant vers la droite et antimusulmans mais il est trop tôt pour dire si cela a été un motif pour son geste», a déclaré le commissaire de police Sveinung Sponheim à la télévision publique NRK.

Au moins 91 personnes sont mortes vendredi dans une explosion près du siège du gouvernement à Oslo et dans une fusillade qui a suivi sur une île proche de la capitale norvégienne où se tenait une université d'été de la jeunesse travailliste.

La police a annoncé vendredi avoir arrêté un homme de 32 ans, Norvégien «de souche», soupçonné d'avoir été impliqué dans les deux attaques.

Le chef de la police nationale, Sveinung Sponheim a précisé que les mobiles de l'auteur présumé des attaques n'étaient pas encore connus.

L'homme est interrogé sur les deux attaques et parle aux enquêteurs, a précisé le responsable de la police norvégienne Roger Andresen devant la presse à Oslo. «Il est clair sur le fait qu'il veut s'expliquer», a-t-il déclaré.

Lié à aucune organisation terroriste internationale

D'après une source policière, le suspect semble avoir agi seul dans les attaques et «il semble qu'elles ne soient liées à aucune organisation terroriste internationale».

Les deux attaques semblent avoir visé le parti travailliste au pouvoir, d'abord le bureau du Premier ministre Jens Stoltenberg - qui ne s'y trouv ait pas - et les ministères environnants, puis l'université d'été de la jeunesse travailliste à une quarantaine de kilomètres de là.

Certains des quelque 600 jeunes réunis sur l'île ont tenté d'échapper au massacre en se jetant à l'eau.

Revêtu d'un pull portant le sigle «Police», le tireur a, selon divers témoignages, appelé les jeunes à s'approcher de lui avant d'ouvrir le feu, puis a achevé des blessés et ciblé des personnes qui s'enfuyaient à la nage.

« Venez à moi, j'ai des informations importantes, venez à moi, il n'y a pas de danger », disait-il selon le témoignage d'Elise, une adolescente de 15 ans, réfugiée sous un rocher depuis lequel le suspect faisait feu.

«Les gens couraient partout comme des fous. Il tirait, il tirait», a-t-elle ajouté, citée par l'agence NTB.

Vendredi soir, un témoin oculaire venu en bateau pour porter secours aux adolescents a déclaré à l'AFP avoir dénombré au moins 20 corps gisant sur le rivage ou flottant dans l'eau.

Selon certains médias norvégiens, le suspect est proche des milieux d'extrême-droite et avait plusieurs armes enregistrées en son nom, dont un fusil automatique.

Proche de l'extrême-droite

Sur son profil sur Facebook, l'homme à la chevelure blonde mi-longue se décrit comme «conservateur», «chrétien», célibataire, intéressé par la chasse et par des jeux tels que «World of Warcraft» et «Modern Warfare 2».

Les médias norvégiens le présentent pêle-mêle comme «appartenant aux milieux d'extrême-droite», «nationaliste» ou encore «franc-maçon» et propriétaire de plusieurs armes, dont un fusil automatique.

Sur son compte Twitter il n'a posté qu'un seul message remontant au 17 juillet et qui est une citation du philosophe anglais John Stuart Mill: «Une personne avec une croyance a autant de force que 100.000 personnes qui n'ont que des intérêts».

Selon les médias norvégiens, les interventions d'Anders B. B. sur le site www.document.no témoignent de points de vue nationalistes et de son hostilité à une société multiculturelle, mais selon la télévision publique NRK, il y prenait aussi ses distances à l'égard du néonazisme.

Dans la nuit, la police a perquisitionné l'appartement où il a longtemps vécu dans l'ouest d'Oslo et son nouveau domicile près de Rena, au nord de la capitale, où il venait de déménager.

«Nous avons de gros problèmes»

Selon son profil Facebook, Anders B. B. était directeur de Breivik Geofarm, une ferme biologique, ce qui aurait pu lui donner accès à des produits chimiques susceptibles d'être utilisés pour la confection d'explosifs.

«En comparaison à d'autres pays, je ne dirais pas que nous avons de gros problèmes avec les extrémistes de droite en Norvège», a estimé samedi le chef du gouvernement, interrogé sur l'importance de la droite radicale dans le pays scandinave.

M. Stoltenberg a toutefois relevé l'existence de groupuscules suivis de près par les services de police.

Dans un rapport d'évaluation des risques paru en février, la sécurité intérieure disait ne pas considérer l'extrême-droite comme une «menace sérieuse».

Ouvertes à la consultation publique en Norvège, les listes fiscales montrent qu'il n'avait aucun revenu pour l'année 2009 et des sommes extrêmement modiques lors des années précédentes. (ap/afp)

Les rescapés de la tuerie décrivent un tueur froid

«Nous nous étions tous rassemblés dans le bâtiment principal pour parler de ce qui s'était passé à Oslo. Tout à coup nous avons entendu des tirs. Au début, on s'est dit que ce n'était pas possible», a déclaré une adolescente de 16 ans, Hana, au journal Aftenposten.

«J'ai vu un policier qui se tenait debout (...) Il a dit 'j'aimerais vous rassembler tous' puis il a couru à l'intérieur et il a commencé à tirer sur les gens. Nous avons couru en direction de la plage et nous nous sommes mis à nager», a-t-elle ajouté, affirmant que l'homme avait ouvert le feu sur des personnes dans l'eau.

«Si calme»

Utoya, au nord-ouest d'Oslo, est une île plantée de conifères, longue d'environ 500 mètres. Lorsque la fusillade a éclaté, les jeunes ont tenté de trouver refuge dans des bâtiments, dans les bois, derrière des rochers ou dans le lac.

Jorgen Benone se trouvait sur l'île au moment de la fusillade. Il a eu la vie sauve.

«J'ai vu des gens se faire tirer dessus. J'ai essayé de rester assis aussi calmement que possible. Je me cachais derrière des rochers. Je l'ai vu une fois, à environ 20 ou 30 mètres de distance (...) J'ai pensé à toutes les personnes que j'aime. J'ai vu des bateaux mais je ne savais pas si je pouvais avoir confiance. Je ne savais plus en qui faire confiance», a-t-il raconté.

Les cheveux encore trempés par l'eau du lac, une jeune survivante a déclaré à la chaîne de télévision TV2: «Il marchait lentement mais avec détermination et il tirait sur tout le monde. Au bout d'un moment, il est arrivé où j'étais assise puis il est passé lentement et a tué dix personnes. (...) Il était si calme, c'est ça qui était si étrange.»

Voiture grise

Simen Brandsen Mortensen faisait partie du service de sécurité du camp. Il raconte que l'auteur présumé des coups de feu est arrivé au volant d'une voiture grise. Il a prétendu être un policier.

«Il est sorti de sa voiture, a présenté des papiers d'identité et a dit qu'il était envoyé pour examiner le dispositif de sécurité, qu'il s'agissait d'une mesure de pure routine après l'attentat (à Oslo)», a-t-il dit au quotidien Verdens Gang.

«Tout semblait en règle, un bateau a été appelé et il l'a amené sur Utoya. Quelques minutes plus tard, nous avons entendu des coups de feu.»

«C'était horrible»

Un adolescent témoin de la fusillade depuis la rive a raconté à la chaîne britannique Sky: «Nous avons entendu les gens hurler, c'était horrible (...) Certains nous faisaient des grands signes depuis l'île.»

«J'ai simplement vu des gens sauter dans l'eau, une cinquantaine de personnes nageant vers la rive. Les gens pleuraient, tremblaient, ils étaient terrorisés», raconte Anita Lien, une femme de 42 ans vivant au bord du lac Tyrifjord au nord-ouest d'Oslo.

Des riverains ont tenté de venir en aide aux fuyards. «J'ai pris mon bateau pour évacuer beaucoup de personnes de l'île, j'ai vu beaucoup de blessés», a dit un homme habitant au bord du lac.

Bateaux et hélicoptères

Des policiers ont inspecté l'île avec des chiens et ont découvert des explosifs. Des bateaux ont sillonné le lac durant la nuit, aidés par des hélicoptères. La lumière des projecteurs se déplaçait lentement sur la surface et sur les rives plongées dans l'obscurité. Au bord, des ambulances attendaient.

Angoissés, des proches arrivaient en voiture près d'un hôtel voisin avec l'espoir d'y retrouver un fils, une fille, un ami évacué sain et sauf de l'île.

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