Don d'organe et suicide assisté: «Le système suisse ne s'y prête pas du tout»
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Don d'organe et suicide assisté«Le système suisse ne s'y prête pas du tout»

Aucun organe n'a jamais été donné après une mort volontaire, même si c'est théoriquement possible. Le temps d'attente des receveurs pourrait en être réduit.

par
rmf
Environ 740 personnes ont eu recours au suicide assisté en 2014. Selon les statistiques, plus de 70 d'entre eux seraient des donneurs potentiels.

Environ 740 personnes ont eu recours au suicide assisté en 2014. Selon les statistiques, plus de 70 d'entre eux seraient des donneurs potentiels.

Keystone

Aucun don d'organe n'a jamais eu lieu à la suite d'un suicide assisté. C'est le constat d'un médecin, qui s'en étonne dans le «Tages Anzeiger».

«Aucune loi ni politique n'interdit le don d'organe à la suite d'un suicide assisté», explique un autre praticien au quotidien. Selon Jürg Steiner, médecin-chef à l'Hôpital universitaire de Berne, le temps d'attente des receveurs pourrait donc en être raccourci.

Pratiqué à l'étranger

La pratique existe déjà en Belgique aux Pays-Bas, où plus de 60 personnes ont déjà reçu un organe dans ces conditions. Certaines restrictions doivent toutefois être respectées concernant l'âge et l'état de santé du donneur.

«Il faut s'imaginer que nous assistons des personnes très malades, dont les organes sont en mauvais état après de longs traitements», précise le Dr. Sobel, président de la section romande d'Exit. Une étude de l'Université de Maastricht estime pourtant que 10% des mourants qui choisissent cette porte de sortie sont des donneurs potentiels.

Règles suisses plus strictes

En Suisse, la situation est différente, puisque l'euthanasie directe, pratiquée par le personnel médical, est interdite. C'est la personne en fin de vie qui doit faire elle-même le geste fatal. Les accompagnateurs d'Exit constatent ensuite le décès, et le déclarent à la justice. L'intervention n'a donc jamais lieu dans un hôpital, où le transfert serait théoriquement plus facile.

«L'enquête de la police dure plusieurs heures, bien trop pour garder les organes en bon état, explique le Dr. Sobel. Je pense que le système suisse ne s'y prête pas du tout. De plus, on pourrait vite tomber dans l'amalgame, les gens pourraient penser qu'on euthanasie des personnes pour leur organes. Je suis très prudent et réticent face à cette proposition.»

Pour SwissTransplant, le désir existe de la part des donneurs. «Nous appelons plutôt ces personnes à faire un don des reins, qui peut se faire vivant», affirme son directeur Franz Immer.

En 2014, 740 personnes ont choisi de partir à l'aide d'un suicide assisté dans le pays. En comparaison, 117 décès la même année ont abouti à un transfert d'organes.

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