Brexit: Le tartan et le whisky écossais sur le qui-vive
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BrexitLe tartan et le whisky écossais sur le qui-vive

Les industries traditionnelles d'Ecosse, majoritairement opposée au Brexit, scrutent les négociations à venir.

Image prétexte.

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photo: Keystone

Que serait l'Ecosse sans ses châteaux, ses Highlands, son whisky et ses tartans ? A Selkirk, siège du leader mondial du tissu écossais, Lochcarron of Scotland, on suit de près le cours de la livre depuis le Brexit, sans savoir de quoi l'avenir sera fait.

Dans le bruit assourdissant des métiers à tisser, les 94 employés de l'usine s'activent au milieu d'immenses bobines de fer qui gisent à leurs pieds. Lochcarron peut se targuer d'avoir dessiné 1500 motifs de tartans, dont celui bleu et rose pastel de la Princesse Diana. Un produit 100% «made in Scotland».

Pour le fabriquer, des fils de toutes les couleurs sont accrochés, tendus puis enchevêtrés sur des machines qui, en quelques secondes, dévoilent une toile à la régularité et à la symétrie parfaites.

Cours

Du matériel de haute précision et des matières premières qui viennent d'Europe, dont le prix pourrait augmenter avec l'effondrement de la livre sterling face à l'euro. «Premier impact possible», commente David Riddell, le directeur de production.

Dans cette ville à la frontière avec l'Angleterre, on vit mal le Brexit. Si le vote au niveau national a été en faveur de la sortie (51,9% ont voté pour quitter l'UE), l'Ecosse n'a de cesse de répéter que 62% de ses citoyens voulaient, eux, rester dans l'UE.

«Stupides d'arrêter»

De nombreuses familles, entreprises ou institutions viennent faire créer leur motif exclusif à Selkirk. Vivienne Westwood, Dior, Jean-Paul Gaultier, Ralph Lauren, Isabel Marant. Ces marques ont fait appel à Lochcarron pour leurs collections.

Le Brexit, David Riddell n'hésite pas à en parler comme d'une potentielle «menace» pour son commerce. «Si les hommes politiques font bien leur boulot, nous aurons de bons accords, mais dans le cas contraire, le Royaume-Uni va traverser une période compliquée».

Liz Cameron, la directrice de la Chambre de commerce d'Ecosse, ne veut pas limiter ses espoirs aux efforts de Westminster: «Nous appartenons à un groupe de négociations au sein du Royaume-Uni, mais notre Première ministre écossaise (Nicola Sturgeon) est également en train de développer d'autres relations. C'est la bonne méthode: il faut penser à tout ce qui peut nous permettre de continuer à faire du commerce librement avec le marché européen».

Elle veut rassurer les investisseurs et lance des encouragements aux producteurs locaux. «Continuez à faire du business en Europe ! Onze milliards de livres, c'est un énorme marché, nous serions stupides d'arrêter». Les accords à négocier, les normes administratives, les frais douaniers ? «Des détails à régler plus tard», balaie-t-elle.

Lobby du whisky

Quitte à parlementer avec Bruxelles, autant y faire du lobby. L'association du whisky écossais, basée à Edimbourg, qui s'était positionnée pour le «remain», explique être en contact aussi bien avec le gouvernement écossais qu'avec Londres et «être active à Bruxelles afin de comprendre au mieux une situation très instable», selon David Williamson, son directeur de la communication.

Naviguer à vue dans un océan de questions : «on ne sait pas encore s'il y aura des changements en termes d'impôts, de régulation douanière, de formalités administratives...», accorde-t-il. Qu'adviendra-t-il également de l'indication géographique protégée (IGP), un label européen dont bénéficie le scotch ?

L'industrie de l'or ambré et ses 40'000 emplois britanniques ont beaucoup à perdre. «Le marché unique est notre plus gros marché, le tiers de nos exportations de whisky se fait dans les pays européens» rappelle-t-il.

David Williamson se veut toutefois confiant en l'avenir: «Cela fait 500 ans que nous existons, nous avons surmonté des guerres et des révolutions, et nous continuons à bien nous porter». (nxp/ats)

(NewsXpress)

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