Genève - «Le temple du silence» cède sa place à un forum
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Genève«Le temple du silence» cède sa place à un forum

Le Musée international de la Croix-Rouge a entamé une métamorphose marquée par l’inauguration de sa nouvelle exposition mardi prochain, composée des œuvres de jeunes diplômés de la Haute école d’art et de design.

par
Leila Hussein
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Maëva Weissen, diplômée en mode de la HEAD, a donné une seconde vie à des maillots de foot pour «représenter cette troisième culture. Celle qui se crée entre les habitants d’un lieu, même s’ils viennent d’univers différents.»

Maëva Weissen, diplômée en mode de la HEAD, a donné une seconde vie à des maillots de foot pour «représenter cette troisième culture. Celle qui se crée entre les habitants d’un lieu, même s’ils viennent d’univers différents.»

Weissen Maeva – 1213 Onex or The Manifest of a Third Culture, 2019
Le directeur du musée veut en faire un lieu de discussion et de réflexion collective. 

Le directeur du musée veut en faire un lieu de discussion et de réflexion collective.

Thomas Omondi
Un logiciel développé par Marta Revuelta scanne le corps des visiteurs et détermine s’ils pourraient être pris pour cible par des armes autonomes. – AI Facial Profiling, Levels of Paranoïa, 2018.

Un logiciel développé par Marta Revuelta scanne le corps des visiteurs et détermine s’ils pourraient être pris pour cible par des armes autonomes. – AI Facial Profiling, Levels of Paranoïa, 2018.

HEAD – Genève, Baptiste Coulon

«J’ai créé une montre qui affiche le cycle menstruel d’une femme. Je trouvais absurde que ça n’ait jamais été représenté auparavant. C’est quand même le cycle de la vie par excellence», confie Iris Gigon, diplômée en design horloger à la Haute école d’art et de design de Genève (HEAD). Elle fait partie des trente artistes qui seront exposés, du 27 avril au 26 septembre, au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICR).

Un nouveau tournant pour le musée

Pour Pascal Hufschmid, directeur des lieux, cette exposition temporaire marque un nouveau tournant pour l’institution: «On ne peut plus penser un musée comme un temple dans lequel il faut faire silence. Je le vois comme un forum, un espace d’expression et de production pour les artistes et les visiteurs.»

C’est le cas de cette nouvelle exposition, produite en collaboration avec la HEAD de Genève, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Croix-Rouge genevoise, intitulée «Concerné·e·s». Un grand nombre des œuvres, toutes issues de travaux d’élèves de la HEAD nominés ou lauréats du prix Art Humanité, ont été pensées pour interagir, voire être cocréées avec les visiteurs. «Un drone va suivre et épier les mouvements des personnes à l’entrée du musée pour leur montrer l’impact que peut avoir la technologie quand elle est utilisée comme arme de guerre. Ils vont également pouvoir créer une cabane ou éduquer un algorithme», confie le responsable des lieux. Objectif: «permettre aux gens, ici à Genève, de s’approprier le sujet, de faire un lien avec ce qu’ils vivent au quotidien».

«Un endroit où on se sent bien»

Autre virage: tout miser sur l’expérience des visiteurs. «Le musée, n’est plus ce lieu où l’on vient pour apprendre et accéder au savoir. Il a un autre rôle à jouer, explique Julie Enckell Juillard, membre de la direction de la HEAD et cocomissaire de l’exposition. C’est l’expérience physique, les émotions ressenties qui vont donner envie aux gens de revenir.» Pascal Hufschmid espère ainsi que le MICR «deviendra un endroit où on se sent bien». Et où on célèbre la vie. «Les professionnels de l’humanitaire évoquent beaucoup la résilience des populations de pays en difficulté. Cette pulsion de vie qu’elles ont. C’est aussi ça que l’on veut mettre en avant.»

Une démarche inclusive

Si les expositions d’œuvres d’art ne sont pas une nouveauté, «la démarche se veut désormais plus inclusive, relève le responsable des lieux. L’idée n’est plus d’illustrer une problématique humanitaire avec des œuvres, mais de laisser les artistes s’exprimer sur la question.»

Comme Iris Gigon avec sa montre qui suit le cycle menstruel des femmes. «J’espère qu’un jour, grâce à une collaboration avec une grande marque, on pourra réduire les coûts et importer ces modèles dans des pays en voie de développement. À défaut d’avoir accès à des moyens de contraception, cela permettra aux femmes de planifier leurs règles et essayer de contrôler les naissances de manière naturelle.»

«Heidi, c’est fini»

«J’ai grandi à la cité d’Onex, un quartier populaire. Je voulais montrer qu’en Suisse aussi la pauvreté existe, tout en rendant hommage à la diversité culturelle de ce lieu. Ici, il y a toutes les couleurs. La petite Heidi, c’est fini», a relevé Maëva Weissen, diplômée en mode de la HEAD et lauréate du prix Art Humanité en 2019, qui sera exposée au MICR. Elle a donné une seconde vie à des maillots de foot pour «représenter cette troisième culture. Celle qui se crée entre les habitants d’un lieu, même s’ils viennent d’univers différents.»

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