Actualisé 07.12.2010 à 10:03

Carnet noirLe ténor Hugues Cuénod décède à 108 ans

Le Vaudois fut un des ténors suisses les plus connus de sa génération, chantant en Europe et aux Etats-Unis. En janvier 2007, il était devenu un des premiers hommes pacsés de Suisse.

Hugues Cuénod est mort lundi à 108 ans, ont annoncé ses proches. L'artiste s'est éteint paisiblement à Vevey (VD). Spécialiste du répertoire ancien, Hugues Cuénod fut l'interprète de compositeurs modernes tels Satie, Debussy ou Britten. Il laisse de nombreux enregistrements, dont certains réédités en CD.

«J'ai mené plusieurs petites carrières parallèles, plutôt qu'une grande», expliquait-il à l'ATS. Le chanteur confessait avoir toujours refusé «par orgueil» de donner des auditions.

Il n'a pas axé son travail sur la réussite et n'a donc jamais suscité l'idôlatrie du public. A propos de l'exceptionnelle longévité de sa carrière (66 ans), il disait avoir conservé sa voix en ne l'ayant pas vraiment cultivée.

Effets de contraste

Résumant son existence, il évoquait «une trinité toute profane: le don de la musique, celui de la paresse et le don d'être gentil et agréable avec ses amis». Pour sa dernière apparition sur scène, il a interprété Monsieur Triquet dans «Eugène Onéguine» de Tchaïkovski. C'était en 1994 au Théâtre du Jorat à Mézières (VD).

Baryton-basse dans sa jeunesse, son timbre a évolué vers le registre du ténor. S'il n'avait pas «une voix à faire trembler les vitres», comme l'a écrit un critique, le Vaudois a su l'utiliser pour en tirer de beaux effets de contrastes, d'une puissance parfois inattendue.

Séjour parisien

Hugues Cuénod est né en 1902 à Corseaux (VD), dans une famille de banquiers. Désintéressé par l'école, il se montre peu enclin au travail. «J'aimais la musique mais j'aurais voulu qu'elle vienne tout droit en moi, sans que j'aie besoin d'apprendre quoi que ce soit!»

Il étudie le chant à Lausanne, Genève, Bâle puis Vienne et donne son premier concert à 26 ans à Paris. Il s'essaie au cinéma et au théâtre, expliquant vouloir faire de la «figuration intelligente». Il accepte des engagements dans des cabarets ou chez des particuliers, proposant notamment des airs d'opérettes.

Monteverdi et Bach

Sa rencontre avec la compositrice et professeur de chant Nadia Boulanger bouleverse sa vie. Elle le familiarise avec un répertoire différent qui privilégie Monteverdi, Bach et Haendel.

Cela ne l'empêche pas de jouer 365 fois une opérette de Noël Coward à Londres et New York. Il se produit régulièrement à la Scala de Milan ou à Aix-en-Provence, devenant même un habitué de Glyndebourne, festival britannique où il chante 400 fois.

Soif de découverte

Hugues Cuénod participe à la création de quelques ouvrages, dont «The Rake's Progress» (Le Libertin) de Stravinski en 1951. Ce dernier, emballé par la voix du Veveysan, lui dédie une Cantate dévoilée à Los Angeles en 1952.

La soif de découverte du chanteur le conduit à défendre des textes rares, des rôles d'apparence secondaire. Il se spécialise dans le répertoire médiéval et de la Renaissance.

Le Vaudois se passionne aussi pour la musique moderne et les compositeurs suisses, dont Jean Binet et Emile Jaques-Dalcroze. Il trouve également le temps d'enseigner son art dans des conservatoires d'Europe et d'Amérique.

Pacsé à 105 ans

En janvier 2007, à presque 105 ans, Hugues Cuénod devient l'un des premiers Suisses à se pacser. Il s'unit officiellement avec le compagnon qui partageait sa vie depuis plus de vingt ans. (ats)

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