Actualisé 09.01.2009 à 06:35

Libre circulation

Le Tessin et le spectre de l'UE

Nulle part ailleurs en Suisse, le scepticisme face à l'Union européenne n'est aussi fort qu'au Tessin.

Toutes les votations concernant les relations avec l'Europe - de l'espace économique aux premiers accords bilatéraux - ont été repoussées.

Malgré l'appel de tous les partis - UDC et Lega exceptés - de la Chambre de commerce et des syndicats à accepter le prolongement des accords sur la libre circulation des personnes et leur extension à la Roumanie et la Bulgarie, un «oui» tessinois est fort improbable le 8 février.

«Avec nous, le Tessin votera non»

A coups d'affiches clamant déjà la victoire - «Avec nous, le Tessin votera non» - la Lega anticipe son succès. Avec les Démocrates suisses (DS) et les jeunes UDC, le mouvement de Giuliano Bignasca a contribué à l'aboutissement du référendum contre la libre circulation.

Dans les milieux politiques, on estime que l'aversion des Tessinois envers l'UE est née avec l'apparition de la Lega, en 1991. L'historien Raffaello Ceschi, éditeur et coauteur d'une série de volumes sur l'histoire tessinoise, trouve cette explication un peu réductrice. «La Lega a effectivement défriché un terrain qui, un temps cependant, avait été très fertile», a-t-il dit à l'ATS.

Comportement d'une minorité

Au 19e siècle déjà, les Tessinois s'étaient opposés à la centralisation de l'état de droit. Ainsi, les deux votations constitutives de 1848 et de 1874 avaient été repoussées par les électeurs du canton du sud des Alpes.

Raffaello Ceschi voit dans cette attitude, le comportement typique d'une minorité: «Les Tessinois ont peur de perdre leur particularité et leur indépendance», souligne l'historien.

Complexe d'infériorité

Pour Jacques Ducry, président de la section tessinoise du «Nouveau mouvement européen suisse» (NOMES) et député radical au Grand Conseil, le Tessin ressent un «complexe d'infériorité vis-à- vis du grand frère qu'est l'Italie.»

Contrairement à des villes comme Genève, Zurich ou Bâle, le Tessin est longtemps resté agricole et ne s'est développé qu'au cours de ce dernier demi-siècle: «Il a grandi financièrement et économiquement mais pas culturellement», précise M. Ducry.

L'isolement face à l'Europe serait une réaction à cette évolution, estime le magistrat qui, avec les conseillers aux Etats Filippo Lombardi (PDC) et Dick Marty (PDR) est membre du comité de soutien aux relations bilatérales.

Pas de culture de l'industrie

Jacques Ducry est convaincu qu'au Tessin, le pourcentage de «non» à l'objet en votation le 8 février atteindra les 70%. Son camarade de parti, le député Rinaldo Gobbi prévoit un refus oscillant entre 55 et 60%. Secrétaire de la Chambre tessinoise du commerce et de l'industrie, il déplore que ses concitoyens soient dépourvus d'une «culture de l'industrie.»

Selon lui, peu de Tessinois sont vraiment conscients de l'importance de l'industrie pour l'économie locale et, partant, pour le bien-être. Un «non» pourrait représenter un grave problème pour les entreprises. D'autre part, la pression de l'UE à propos du secret bancaire augmenterait. Enfin la place financière de Lugano, la troisième du pays, risquerait d'en pâtir.

Le parlementaire radical reconnaît aussi les zones d'ombre des accords bilatéraux. En fait alors que le Tessin ouvre largement ses portes à des firmes italiennes, les entrepreneurs tessinois ont d'énormes difficultés à poser pied en Italie: «Le pays est dominé par les cartels et l'administration», déplore Rinaldo Gobbi.

Accords nocifs

Le manque de réciprocité est un des arguments développés par la Lega. Elle dénonce aussi de façon virulente les risques de dumping salarial, chômage, circulation chaotique et augmentation de la criminalité étrangère.

Giuliano Bignasca trouve que les accords bilatéraux avec l'UE sont extrêmement nocifs pour la Suisse, comme il l'a récemment écrit dans un éditorial. Il ne fait pas de doute qu'une bonne partie des Tessinois pense comme lui et un «oui» dans les urnes serait une énorme surprise, ainsi qu'une première dans l'histoire du canton.

(ats)

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