Genève: Le tip-top en ordre agace les familles des défunts
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GenèveLe tip-top en ordre agace les familles des défunts

Les propriétaires de cases au columbarium s'offusquent d'une règle sur les ornements. Ils vont lutter avec une pétition.

par
Lucie Fehlbaum
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En mai, la Ville envoyait aux propriétaires des cases un courrier mettant fin à une tolérance sur les ornements et rappelant que seules les fleurs contenues dans les vases de marbriers seraient tolérées.

En mai, la Ville envoyait aux propriétaires des cases un courrier mettant fin à une tolérance sur les ornements et rappelant que seules les fleurs contenues dans les vases de marbriers seraient tolérées.

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Mardi, soit trois jours après la date du débarras annoncé par la Ville, les stèles étaient encore bien décorées.

Mardi, soit trois jours après la date du débarras annoncé par la Ville, les stèles étaient encore bien décorées.

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Croisées sur place, deux dames ont confirmé leur refus d'ôter les statuettes posées près de leurs défunts. Bougies, vases et pots de fleurs ornaient encore le colombaire.

Croisées sur place, deux dames ont confirmé leur refus d'ôter les statuettes posées près de leurs défunts. Bougies, vases et pots de fleurs ornaient encore le colombaire.

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Un vent de colère souffle sur le cimetière Saint-Georges à Genève. Les proches des personnes qui reposent au columbarium entrent en guerre contre une directive de la Ville, rappelée aux propriétaires de stèles dans un courrier au mois de mai. Elle mettait un terme à une certaine tolérance et imposait que tous les ornements floraux, bougies et statues qui honorent les défunts soient enlevés au 1er septembre. Une «atteinte à la paix des morts,» pour ceux qui ne veulent pas se laisser faire.

Deux jours après l'échéance, le columbarium de Saint-Georges était encore très décoré. Des pots de fleurs conséquents, des angelots, des dessins et même des chiens en porcelaine décoraient encore les cases. Une pétition, intitulée «Ne touchez pas à nos anges!», a été lancée dimanche par Stéphane, un Genevois qui se bat contre la directive depuis ce printemps, et une famille de Vevey (VD) dont les proches reposent à Saint-Georges.

Perte de chiffre d'affaires

Le tea-room et les fleuristes autour du cimetière soutiennent également la pétition. Ces derniers remarquent déjà une baisse de leur chiffre d'affaires. «J'ai déjà six feuilles pleines de signatures, se réjouit Artur Pinto, le gérant d'un des magasins de fleurs. Je pourrais perdre jusqu'à 30'000 francs à cause de ce règlement et vendre moitié moins de petits pots de fleurs, conçus pour le columbarium. Je comprends qu'on fixe des limites, mais là, c'était vraiment une manière pour la Ville d'en faire le moins possible. Un monsieur qui vient tous les jours a pleuré dans mon magasin en apprenant qu'il ne pourrait plus fleurir la stèle de sa femme.»

Son concurrent d'en face confirme une clientèle en baisse et évoque une «directive désolante». La Ville, de son côté, attend d'être saisie de ce texte dont elle «ne connait pas la teneur à ce stade».

«Impensable» d'opter pour la solution proposée par la Ville

Stéphane dit agir pour lui et la mémoire de son papa, mais aussi pour les personnes «dont c'est l'activité principale que de venir arranger une belle stèle, notamment les personnes âgées».

Croisées mardi, deux dames s'empressaient de signer la pétition, choquées par la volonté de la Ville. Le Département de la cohésion sociale et de la solidarité, qui gère le cimetière, propose une solution aux familles insatisfaites: opter pour une tombe cinéraire, ces emplacements à même le sol. Pour Stéphane, c'est impensable. «Mon défunt père a exprimé des volontés. Reposer sous terre n'en faisait pas partie.»

Un rappel à l'ordre qui passe mal

Le Département de la cohésion sociale et de la solidarité, qui gère le cimetière, a mis le feu aux poudres en rappelant aux familles que les décors posés autour des cases devaient être enlevés au 1er septembre. Il a ainsi mis fin à une tolérance et voulu éviter, d'une part, les dégâts suite à la coulure d'une bougie mais aussi les débordements. Les familles avaient jusqu'au 1er septembre pour débarrasser leurs affaires, avant le passage des services municipaux. «Les objets récoltés seront gardés un an au centre funéraire», prévient la commune. Pour l'heure, les stèles sont encore décorées. Pour de nombreux propriétaires, le columbarium est bien entretenu et les hommages sont respectueux.

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