Actualisé 15.03.2015 à 14:47

Suisse

Le tir préventif sur le loup désormais autorisé

Le Parlement suisse a donné le feu vert pour tirer sur le loup s'il s'approche trop près des hommes. Auparavant, il ne pouvait être abattu que s'il devenait une menace pour l'homme ou le bétail.

La révision parlementaire vise également à redéfinir les critères de tir pour les meutes, notamment pour les louveteaux.

La révision parlementaire vise également à redéfinir les critères de tir pour les meutes, notamment pour les louveteaux.

La Suisse n'est pas hospitalière avec les loups. La semaine dernière, le Parlement a dit oui à un tir préventif si un loup s'approche trop près des hommes. La nouvelle ordonnance sur la chasse vise aussi les jeunes loups et donne davantage de compétences aux cantons.

Jusqu'à présent, le loup ne peut être abattu qu'en cas d'importants dommages aux animaux de rente, de pertes sévères dans les contingents pour les chasseurs ou de menace considérable pour l'être humain. De surcroît, une autorisation du service compétent de la Confédération est nécessaire pour l'abattre.

Actuellement, deux projets s'affrontent sur ces questions. Jeudi dernier, le Parlement a accepté une motion de Stefan Engler (PDC/GR), qui vise à améliorer la cohabitation du loup et de l'humain tout en régulant la population de loups en Suisse. Dans le cas d'une meute, comme il en existe une actuellement dans le massif du Calanda (GR), quelques-uns de ces animaux pourraient être abattus plus facilement.

Entre le oui du Conseil des Etats à cette motion en juin dernier et le oui du Conseil national de jeudi, la conseillère fédérale Doris Leuthard a envoyé en consultation une révision de l'ordonnance sur la chasse, qui veut modifier la façon de traiter cet animal.

Nouveaux critères

La révision entend notamment redéfinir les critères de tir pour les meutes. Elle prévoit que pour réguler la population, il sera possible de cibler les jeunes loups, tandis qu'il faudra «ménager» les parents.

Elle précise également que si une meute s'en prend à dix animaux de rente en l'espace de quatre mois, ou que des loups du groupe séjournent dans ou près d'une localité, qu'ils se montrent agressifs et peu timides, ils pourront être abattus.

Il sera aussi possible de tuer autant de bêtes que la moitié des naissances de l'année, mais uniquement sur autorisation de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). Par contre, les critères de tir sur les loups solitaires restent les mêmes.

Enfin, concernant la mise en oeuvre, le nouveau texte indique que seul le canton aura la responsabilité de juger s'il faut ou non tuer le carnivore incriminé, l'OFEV n'aura, lui, plus qu'un rôle de supervision.

Cantons sans objection fondamentale

Le Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB) refuse tout net cette révision. Selon lui, le loup n'est pas compatible avec l'économie alpestre et l'agriculture de montagne et nuit au tourisme. Le SAB exige que le loup soit classé dans la catégorie des espèces chassables toute l'année.

En revanche, la plupart des cantons n'ont pas d'objection fondamentale à cette révision. Le canton des Grisons, le seul à avoir une meute, a explicitement salué les propositions. Il trouve toutefois inutile le droit de recours des organisations lors de tirs planifiés. Quant au canton de Berne, il souhaite conserver les critères actuels.

Fausse route

Les milieux de protections des animaux et de l'environnement estiment de leur côté que l'ordonnance sur la chasse fait fausse route. La protection suisse des animaux parle même d'«une réaction exagérée des autorités en raison d'une pression politique dirigée contre la présence des loups».

L'association CHWOLF critique le manque d'une approche «de gestion du loup et des carnassiers à long terme». Il avertit aussi que les mesures prévues mettent «sérieusement et durablement» en danger le développement de populations en Suisse.

La gestion du loup menace d'aboutir à «une construction incohérente qui tourne uniquement autour de la notion de dommage», écrit le WWF dans sa prise de position à la procédure d'audition qui se termine lundi.

Pro Natura et le WWF ne veulent rien savoir non plus de l'idée de déléguer les compétences aux cantons dans le cas d'animaux solitaires. Le loup est protégé au niveau national. La Confédération doit donc prendre ses responsabilités.

Dossier ouvert

L'opposition à la révision ne signifie pas que les deux organisations sont contre une réglementation de la population de loups. Mais cette dernière devra avoir lieu «lorsque la survie à long terme de ces espèces sera assurée en Suisse». D'ailleurs selon les associations, la motion Engler est une bonne alternative à cette révision.

Les suites du dossier «Loup» sont peu claires. Selon le rapport de la révision de l'ordonnance sur la chasse, celle-ci sera modifiée comme le projet le prévoyait, mais elle devra encore être adaptée à la motion Engler, tout juste adoptée.

Et l'affaire ne sera pas encore réglée. En ce moment une motion du conseil des Etats René Imoberdorf (PDC/VS) qui exige que le loup puisse être chassé toute l'année est en suspens. (ats)

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