Genève - Le trafic motorisé, cible du plan climat cantonal
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GenèveLe trafic motorisé, cible du plan climat cantonal

Le Conseil d’État a dévoilé ses objectifs et ses mesures pour atteindre la neutralité carbone en 2050. La mobilité et le bâti sont particulièrement concernés.

par
David Ramseyer
Genève ambitionne de diminuer de 40% le trafic motorisé individuel à l’horizon 2030.

Genève ambitionne de diminuer de 40% le trafic motorisé individuel à l’horizon 2030.

Laurent Guiraud/TDG

«Il s’agit d’un des actes les plus importants de la législature et il touche tous les domaines», a énoncé le Conseil d’État, lors de la présentation mercredi de son plan climat cantonal. «Face à l’urgence», il doit permettre de réduire de 60% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à la fin de la décennie, et d’atteindre la neutralité carbone en 2050, «au plus tard». L’Exécutif a prévu 41 mesures pour y parvenir, dans les secteurs de la santé, de l’économie, de l’éducation ou encore de l’aménagement. Mais un effort notable sera porté dans les domaines les plus voraces en CO₂: la mobilité terrestre et le bâti.

Pas de bus gratis, mais un meilleur réseau

Ainsi, le Canton entend réduire de 40% le trafic motorisé individuel, à l’horizon 2030, via le transfert modal. «Cela implique de développer encore davantage la mobilité douce, pour le vélo et les piétons, ainsi que les transports publics, notamment le réseau ferroviaire», a appuyé Serge Dal Busco (PDC), président du Conseil d’État et chargé des Infrastructures. L’heure aussi pour des TPG gratis? Non, a répondu le magistrat, qui a rappelé que les tarifs genevois étaient attractifs en comparaison nationale. «Pour avoir un vrai impact auprès de la population, il faut améliorer les fréquences, la densité du réseau et la qualité des dessertes.»

La construction de quartiers avec une importante densité de services à disposition (commerces, écoles, culture, verdure, etc.) limitera aussi les déplacements des résidents. Et donc le besoin de voiture, a pour sa part expliqué le conseiller d’État Antonio Hodgers (Les Verts), à la tête du Département du territoire. Il s’agit aussi de préserver les zones agricoles. «Sauf exceptions, le déclassement de ces secteurs, c’est désormais de l’histoire ancienne.»

Par ailleurs, si l’État ambitionne de diminuer drastiquement le parc automobile genevois, il vise aussi une hausse des véhicules électriques. Le réseau de stations de recharge est ainsi appelé à se développer dans les parkings publics ou ceux des centres commerciaux, par exemple.

Mazout condamné

Dans le domaine du bâti, les normes et le rythme des rénovations en matière de consommation énergétique sont appelés à se renforcer. Ainsi, le chauffage au mazout sera proscrit d’ici à 2050. Il sera remplacé intégralement par des énergies renouvelables, comme le solaire (ndlr: le nombre de panneaux photovoltaïques et thermiques devrait quintupler à Genève), la géothermie, l’hydroélectrique, l’éolien ou encore le recyclage de déchets. La végétalisation urbaine est aussi un moyen d’améliorer le bilan carbone du bâti, a souligné l’État.

Ce dernier a aussi indiqué que les achats des collectivités et l’attribution de marchés publics sur des critères de développement durables, les incitations financières auprès des entreprises, ou encore la sensibilisation à l’école sont autant de leviers qu’il compte bien utiliser pour changer la donne. L’Exécutif a également rappelé qu’il ne pouvait agir que sur les domaines dont il a la pleine maîtrise. Il ne peut ainsi «que sensibiliser et encourager» les habitants à modifier leurs habitudes de consommation. Quant à de nouvelles taxes, elles ne sont pas forcément à l’ordre du jour, selon le Conseil d’État: l’immense majorité d’entre elles sont de compétences fédérales.

Reste maintenant à savoir si le Canton a les ressources nécessaires en énergies propres pour absorber le choc de l’ambitieuse transition qu’il entend opérer. Il assure que oui. «On ne part pas de zéro, a insisté le Conseil d’État. Collectivités, entreprises et particuliers en font déjà beaucoup. Mais il faut encore accélérer le mouvement, ce qui implique des transformations sociétales majeures.»

Des milliards de francs en jeu

«Si l’on n’agit pas aujourd’hui, on le paiera très cher demain», a averti la grande argentière Nathalie Fontanet (PLR). Celle-ci a chiffré le «coût de l’inaction» pour le Canton, en se basant sur un récent rapport fédéral: 1,5 milliard de francs par an, à l’horizon 2050. Le prix des atteintes à la santé en l’absence de vraie transition énergétique, mais aussi de la baisse des rendements et la hausse des coûts pour l’agriculture (fragilisation des végétaux, maladies, etc.), des contraintes sur les productions énergétiques, ou encore la réduction de la compétitivité des entreprises dépendantes des énergies fossiles. S’il espère se passer de ces dépenses évitables, l’État va néanmoins ouvrir massivement son porte-monnaie pour financer ses investissements en matière de transition énergique: ils passeront de 300 à 600 millions par an, ces dix prochaines années.

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