Polyhandicapée morte dans son bain: Le tribunal condamne les deux éducateurs de Lavigny
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Polyhandicapée morte dans son bainLe tribunal condamne les deux éducateurs de Lavigny

La Cour de Nyon (VD) a rendu son verdict: 5 mois avec sursis durant deux ans pour homicide par négligence. Le Parquet avait requis le double pour l’infirmier et 8 mois pour son collègue.

par
Evelyne Emeri
Les faits se sont déroulés le 21 juillet 2018 au sein de l’Institution de Lavigny (district de Morges), centre d’hébergement pour personnes en situation de handicap.

Les faits se sont déroulés le 21 juillet 2018 au sein de l’Institution de Lavigny (district de Morges), centre d’hébergement pour personnes en situation de handicap.

Facebook – Institution de Lavigny

Lundi 15 mars, le Tribunal de police de l’arrondissement de La Côte jugeait un infirmier de 37 ans et un éducateur de 30 ans pour homicide par négligence. L’accusation, représentée par le procureur vaudois Julien Aubry, leur reprochait d’avoir abandonné Marie*, polyhandicapée de 52 ans, seule dans son bain près de 30 minutes. Et que cette absence de surveillance et cette légèreté sécuritaire avaient conduit à son décès dans la baignoire le 21 juillet 2018, à l’institution de Lavigny où elle résidait depuis des années.

Le visage dans l’eau

Épileptique, souffrant de déficience mentale et de divers troubles – cognitifs, du comportement et de la coordination –, Marie était clouée dans un fauteuil roulant et dès lors lourdement dépendante. Bien qu’installée dans une cigogne (ndlr. lève-personne) et censée être protégée par celle-ci, la malheureuse avait été retrouvée sans vie ce triste samedi d’été. Elle a basculé en avant, la tête coincée dans les sangles qui devaient la maintenir, le visage dans l’eau. Elle s’est noyée.

«Ils ont failli à leur devoir»

Encore aujourd’hui, les deux prévenus ne s’expliquent pas comment Marie – dont le tonus musculaire était quasi nul – a pu s’extraire de la cigogne et se retrouver tête la première dans l’eau. Pour le Ministère public, les deux éducateurs ont gravement fauté en l’abandonnant à son triste sort: «Ils ont failli à leur devoir élémentaire de prudence. La laisser sans surveillance durant 20 à 25 minutes, c’est parfaitement inadmissible. C’est de la maltraitance même sans accident».

«Une crise d’épilepsie»

Aussi, le procureur Aubry avait requis 8 mois de peine privative de liberté avec sursis durant 3 ans à l’encontre de l’éducateur et 10 mois à l’encontre de son collègue infirmier, également assortis du sursis. La défense, assurée par Me Regina Andrade Ortuno (infirmier) et Me Habib Tabet (éducateur), avait plaidé, quant à elle, une violente crise d’épilepsie, thèse évoquée dans le rapport d’autopsie, qui aurait permis à Marie de faire passer son corps là où c’était impossible. Les deux avocats avaient exigé l’acquittement complet de leurs clients.

Jugés coupables

La juge unique Annick Borda a notifié son verdict par courrier aux parties. Elle condamne les deux employés de l’institution vaudoise à 5 mois de peine privative de liberté avec sursis pendant 2 ans pour homicide par négligence. Soit nettement moins que les peines requises par le Parquet qui pourrait bien déposer un appel au Tribunal cantonal. La défense devrait en faire de même.

Proches indemnisés

La famille de Marie avait déposé plainte après son décès et s’était constituée partie civile. En mai 2020, la mère, le père et la belle-mère de la victime l’ont pourtant retirée. Ce que le papa de Marie, appelé à témoigner, a confirmé en audience sans entrer dans les détails. Un arrangement financier entre Lavigny et les proches est intervenu. Autrement dit, l’institution vaudoise a indemnisé les parents de la défunte.

*Prénom d’emprunt

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