Actualisé 14.08.2017 à 18:46

CannabidiolLe troisième âge est conquis par le CBD

Les produits dérivés du cannabis légal fonctionnent bien auprès des seniors, qui l'utilisent notamment pour apaiser des douleurs, de l'anxiété, ou mieux dormir.

de
Pauline Rumpf
Le troisième âge est plutôt friand de produits dérivés tels que des crèmes, des comprimés ou des huiles à prendre par voie orale, que par la fumette.

Le troisième âge est plutôt friand de produits dérivés tels que des crèmes, des comprimés ou des huiles à prendre par voie orale, que par la fumette.

Screenshot YouTube

Les vendeurs de cannabis légal tordent le cou aux clichés: si la moyenne d'âge de leurs acheteurs se situe entre 30 et 50 ans, les personnes âgées visitent de plus en plus fréquemment leur magasin, selon 20 Minuten. Celles-ci ne sont pas à la recherche de joints light, mais plutôt de produits dérivés: crèmes, huiles, comprimés ou même savons de toutes sortes.

Un cinquième de la clientèle

Bien qu'aucune statistique n'existe pour le moment, plusieurs vendeurs estiment que les seniors représentent environ un cinquième de leur clientèle. Ceux-ci viennent généralement chercher des moyens alternatifs aux médicaments lors de douleurs, d'anxiété ou encore de difficultés à dormir, explique Christine Narbel, responsable du magasin Kingz à Lausanne. «Une cliente de plus de 80 ans est venue nous voir parce qu'elle avait de la peine à monter les escaliers, raconte la commerçante. Elle est revenue, convaincue, pour en commander pour une de ses amies!»

Le constat est le même chez Ethnic World, qui distribue à Genève et Lausanne: «En gros, les jeunes s'en fichent, et les plus âgés font preuve de curiosité, rapporte Tibo Zuber. On a environ un client par jour qui fait partie du troisième âge.»

Dans le Jura, une entreprise en a fait son fond de commerce. «Sans parler de vertus médicales, nos produits sont prisés par les gens cherchant par exemple à diminuer des douleurs chroniques ou détendre leur masse musculaire», décrit Jean-Christophe Fuhrer, président de Biokonopia, qui accompagne par exemple un tétraplégique au moyen de crèmes. Alors qu'un tiers de sa clientèle vient pour «la fumette», le reste cherche des thés, des huiles orales ou des cosmétiques. Environ 20% du total ont passé 65 ans, généralement arrivés là après avoir vu des reportages.

Pas d'inquiétude médicale

Si aucune étude clinique n'est en cours au CHUV, la politique est plutôt à l'ouverture à ce type d'approches complémentaires. «Le cannabidiol présente beaucoup moins de risques de «bad trip» que le cannabis, et ses vertus sédatives, anxiolytiques et analgésiques sont connues», assure Thierry Buclin, professeur en pharmacologie clinique à Lausanne.

Le scientifique se dit peu inquiet d'une consommation par des personnes âgées, pourtant plus sensibles à toutes les substances psychoactives. «Les effets d'une tisane sont doux, probablement guère plus intenses qu'une tisane de tilleul, de verveine ou de valériane, explique-t-il. C'est mieux que de se bourrer de somnifères.»

L'industrie pharmaceutique peu motivée

Si aucune grande étude ou élaboration de médicament au cannabidiol n'est en cours, c'est pour trois raisons, estime Thierry Buclin. D'abord, sa proximité avec le cannabis, stupéfiant illégal auquel il est souvent assimilé. Ensuite, la difficulté d'en tirer de gros bénéfices. En effet, le chanvre étant un produit naturel, il serait difficile pour une entreprise de le breveter. Finalement, la possibilité d'y découvrir malgré tout des effets secondaires négatifs, voire dangereux. Un médicament à base de THC et de CBD existe toutefois pour les personnes souffrant de douleurs liées à la sclérose en plaque; il est soumis à la loi fédérale sur les stupéfiants.

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