Actualisé 12.06.2009 à 08:39

Démission de Pascal Couchepin

Le Valaisan surprend de nouveau son monde

Pascal Couchepin restera dans les mémoires comme le conseiller fédéral qui voulait faire travailler les Suisses plus longtemps.

Mais il a été rattrapé par la réalité. Le Valaisan a aussi dû revoir à la baisse son ambition de réformer le système de santé.

Après quatre ans passés à la tête de l'économie, le radical de 67 ans a repris en 2003 le Département fédéral de l'intérieur (DFI) avec la ferme intention de se démarquer de la socialiste Ruth Dreifuss. A peine en place, mû par son désir de donner un coup de pied dans la fourmillère, il lance un pavé dans la mare en prônant le relèvement de l'âge de la retraite à 66/67 ans.

Le tollé est tel que même son parti lui reproche ses revers lors des élections fédérales suivantes. Celui qui s'était vanté de n'avoir jamais perdu une votation se voit sanctionné, pour la première fois, avec le rejet par le peuple de la 11e révision de l'AVS en mai 2004.

Fronts figés

Cet épisode a contribué à figer encore un peu plus les fronts entre une gauche accusant le radical d'être à la botte des assureurs et un camp bourgeois obnubilé par les besoins financiers croissants liés à l'allongement de l'espérance de vie. Le ministre a mis une sourdine à son credo pour l'augmentation de l'âge de la retraite, mais il ne cache pas être convaincu que l'histoire lui donnera raison.

A l'image de l'AVS, la révision de l'assurance maladie a tourné au serpent de mer. Pourtant, comme représentant de la droite et vu sa réputation de décideur, Pascal Couchepin avait suscité l'énorme espoir qu'il pourrait imprimer un véritable tournant dans la politique de la santé et la maîtrise des coûts.

Après une accalmie en 2008 et 2009, comme promis avant le scrutin sur la caisse unique, les primes risquent de reprendre l'ascenseur de plus belle. Une hausse moyenne de 15 % est désormais prédite pour l'an prochain.

Tactique du saucisson

Le chef du DFI s'est voulu tactique en privilégiant le saucissonnage de la réforme de la LAMal. Parallèlement, il a multiplié les mesures par voie d'ordonnance, de sa seule compétence, ainsi que les angles d'attaque, tentant de serrer la vis à tous les acteurs: patients, médecins, prestataires de soins paramédicaux, industrie pharmaceutique et assureurs, priés de réduire leurs réserves.

Or la stratégie volontariste du Valaisan n'a pas donné les résultats escomptés. Soucieux de ménager la chèvre et le chou, et refusant de n'être qu'une chambre d'enregistrement, le Parlement n'a eu de cesse d'élaborer ses propres modèles. Sans grand succès vu le poids des différents groupes d'intérêts en présence.

LPP et AI

Pascal Couchepin a eu moins de peine à imposer des durcissements dans le 2e pilier et l'assurance invalidité, du moins dans un premier temps. La crise aidant, le discours sur le vieillissement de la population et la nécessité d'assainir le système social semble atteindre ses limites.

La gauche a ainsi facilement récolté les 50 000 signatures requises pour le référendum contre une nouvelle baisse des rentes LPP. Quant à l'augmentation de la TVA pour l'AI, les incertitudes ont provoqué le report de la votation, de mai à septembre 2009, ainsi que celui de l'entrée en vigueur du projet (2011 au lieu de 2010).

Haut en couleur

Grand marcheur, amateur de lectures et de voyages, Pascal Couchepin s'est aussi distingué par son style. Son autoritarisme, ses sorties à l'emporte-pièce et ses lapsus l'ont desservi à plusieurs reprises, faisant les délices tant de ses contradicteurs que des caricaturistes.

Adepte du «parler vrai», ce libéral convaincu n'a pas eu peur de faire le ménage, notamment dans le domaine de la culture. Ni d'affronter ses adversaires, qu'il s'agisse des agriculteurs, quand il était ministre de l'économie, ou de son ex-collègue Christoph Blocher.

Rempart

Quelque peu éclipsé après l'arrivée de l'UDC au Conseil fédéral en 2004, l'Octodurien a cherché à reprendre l'avantage en se posant en gardien des institutions et des valeurs démocratiques. L'éviction du Zurichois le 12 décembre 2007 l'a privé de son «meilleur ennemi».

Le même jour, Pascal Couchepin est devenu président de la Confédération pour la deuxième fois, couronnement d'une carrière politique qu'il a appelée de ses voeux dès son plus jeune âge. Il s'est fait plus discret cette année-là que lors de sa première présidence en 2003.

Le ministre n'a pas non plus hésité à se poser en défenseur des Latins. Passant des paroles aux actes, il a confié la direction de plusieurs secteurs relevant de son département à des non- germanophones (assurances sociales, culture, cinéma, recherche).

(ats)

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