Actualisé 15.07.2010 à 19:07

PédophilieLe Vatican durcit les règles en cas d'abus

Le Vatican a renforcé jeudi les règles contre la pédophilie au sein du clergé.

Face à l'avalanche des scandales, le Vatican durcit les règles contre la pédophilie au sein du clergé. Il introduit notamment des procédures accélérées pour les cas les plus urgents et augmente de 10 ans la durée de la prescription. Salué par les évêques suisses, le pas est jugé insuffisant par les victimes.

Les nouvelles normes ont été élaborées par la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), présidée par le cardinal américain William Levada, et contresignées par le pape Benoît XVI.

Elles prévoient «des procédures accélérées pour régler les cas les plus urgents et graves», a expliqué le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi.

La procédure accélérée remplace la procédure judiciaire normale par un «décret extra judiciaire» ou permet de présenter au pape les cas les plus graves en vue de la réduction du prêtre à l'état laïc. Dans un souci d'efficacité, le texte prévoit aussi la possibilité de faire appel à des laïcs comme membres des tribunaux ecclésiastiques.

Les règles portent par ailleurs la prescription des faits de dix à vingt ans après les 18 ans de la victime. La décision d'une levée complète de la prescription reste prise au cas par cas, alors que les scandales révélés ces derniers mois remontent souvent à plusieurs décennies.

Elles «assimilent l'abus sexuel sur des handicapés mentaux à celui sur des mineurs», et «introduisent le délit de pédopornographie», pour possession de matériel concernant des jeunes jusqu'à 14 ans.

Pas d'«ordre explicite»

En revanche, les nouvelles procédures ne comprennent pas d'»ordre explicite» aux Eglises locales concernées de s'adresser à la justice civile. Mais le père Lombardi a rappelé que les normes déjà existantes prévoyaient de «toujours suivre les dispositions de la loi civile».

Ce silence sur une de leurs principales revendications a particulièrement irrité les associations de victimes.

«Les crimes pédophiles des prêtres doivent être déférés à la police et le Vatican doit en faire une règle obligatoire et uniforme», a déclaré David Clohessy, directeur de SNAP, association américaine de victimes, tandis qu'un communiqué de l'association commentait sèchement: «à côté de la plaque».

«Le Vatican n'est toujours pas prêt à remettre à une justice séculaire les documents sur les abus conservés dans ses archives», a aussi regretté Franz-Jakob Purkarthofer, porte-parole du collectif autrichien «Victimes des violences de l'Eglise».

Evêques suisses satisfaits

La Conférence des évêques suisses a elle salué l'annonce du Vatican, y voyant un soutien à ses propres efforts. Elle se réjouit principalement de la prolongation du délai de prescription ainsi que de la poursuite «ferme» de la pornographie enfantine.

Les normes annoncées jeudi actualisent en fait un motu proprio (décret) de Jean Paul II publié en avril 2001 et alors complété par un texte de Joseph Ratzinger, à ce moment à la tête de la CDF.

Le texte de Jean Paul II traitait des délits les plus graves contre la foi et concernait la pédophilie mais aussi les atteintes contre les sacrements de l'eucharistie et de la pénitence.

Dans ce volet, le Vatican a inscrit dans le document de jeudi, baptisé «normes sur les délits les plus graves», la tentative d'ordination de femmes, qui entraîne déjà l'excommunication automatique. Il aborde aussi «l'hérésie, l'apostasie et le schisme».

Avalanche de scandales

L'Eglise catholique est secouée depuis plusieurs mois par une avalanche de scandales pédophiles commis en son sein. Benoît XVI, lui-même accusé d'avoir couvert des prêtres coupables lorsqu'il était évêque de Munich puis responsable de la CDF, a mis en oeuvre une opération propreté.

Il a accepté la démission de plusieurs évêques, dont quatre Irlandais. Il a également demandé «pardon» aux victimes et en a rencontré quelques unes lors d'un voyage à Malte. (ats/afp)

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