Actualisé 22.09.2018 à 22:45

ReligionLe Vatican signe un accord historique avec Pékin

Le Saint-Siège a annoncé samedi un accord préliminaire historique avec le régime communiste de Pékin sur la nomination d'évêques.

La Chine compte quelque 12 millions de catholiques, très minoritaires dans ce pays de 1,5 milliard d'habitants.

La Chine compte quelque 12 millions de catholiques, très minoritaires dans ce pays de 1,5 milliard d'habitants.

Keystone/archive/photo d'illustration

Le Vatican a signé samedi un accord historique avec le régime communiste de Pékin.

L'entente porte sur l'épineuse question de la nomination des évêques en Chine, au moment même où des églises du pays sont détruites à coups de bulldozer.

Aux termes de cet accord «préliminaire», le pape François a reconnu sept évêques chinois qui avaient été nommés par Pékin sans son aval, ainsi qu'un huitième évêque à titre posthume. L'accord porte uniquement sur la religion et non pas l'établissement de relations diplomatiques entre Pékin et le Saint-Siège, rompues en 1951, deux ans après l'arrivée au pouvoir des communistes.

Désormais, la Chine et le Vatican «vont continuer à maintenir la communication et à poursuivre l'amélioration des relations bilatérales», a assuré de son côté le ministère chinois des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les quelque 12 millions de catholiques chinois - très minoritaires dans ce pays de près de 1,4 milliard d'habitants - sont déchirés entre une Eglise «patriotique» contrôlée par le régime communiste et une Eglise clandestine qui ne reconnaît que l'autorité du pape.

Le Saint-Siège avait relancé depuis plus de trois ans ces interminables négociations entamées dès les années 1980 pour unifier l'Eglise.

«Le début» d'un processus

L'accord a été signé samedi à Pékin entre les deux chefs des négociations, Mgr Antoine Camilleri, sous-secrétaire d'Etat auprès du Saint-Siège et Wang Chao, vice-ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine. Les signataires espèrent qu'il pourra «contribuer positivement à la vie de l'Eglise catholique en Chine, au bien commun du peuple chinois et à la paix dans le monde».

«Ceci n'est pas la fin d'un processus, c'est le début», a commenté le porte-parole du Vatican, Greg Burk, depuis Vilnius où le pape est arrivé samedi pour un voyage de quatre jours dans les pays baltes. «L'objectif de l'accord n'est pas politique mais pastoral, permettant aux fidèles d'avoir des évêques en communion avec Rome mais en même temps reconnus par les autorités chinoises».

Depuis son élection en 2013, le pape François cherchait à se rapprocher du gouvernement chinois, sur fond d'essor du christianisme dans le pays. L'accord pourrait essuyer les critiques, car il coïncide paradoxalement avec une campagne de destructions d'églises chrétiennes dans certaines régions chinoises. En Chine, la Bible a par exemple été retirée des sites de vente en ligne et des prêtres catholiques «clandestins» ont encore récemment été arrêtés puis relâchés.

Le pacte intervient aussi au plus fort des tensions commerciales entre le régime chinois et le président américain Donald Trump, qui pourrait en prendre ombrage. Visiblement prévenu, le ministre taïwanais des Affaires étrangères avait jugé la semaine dernière que l'accord était imminent. Il intéresse au plus haut degré l'île de Taïwan, dirigée par un régime rival de Pékin depuis 1949.

«Un pas naïf pour le Vatican»

Le Saint-Siège, son seul allié diplomatique en Europe, fait en effet partie des 17 derniers Etats du globe qui reconnaissent le gouvernement de Taïwan. La Chine populaire revendique âprement la souveraineté de l'île et intensifie actuellement ses efforts pour «récupérer» ces rares Etats gardant des liens diplomatiques avec Taïwan.

L'accord ne manquera pas de susciter les foudres de son plus virulent opposant, l'évêque émérite de Hong Kong, Joseph Zen. Le cardinal de 86 ans répète depuis des mois que les catholiques chinois fidèles au Vatican, victimes depuis des années de la répression des autorités chinoises, seraient les grands perdants d'un rapprochement.

Pour Francesco Sisci, un chercheur italien qui réalise à Pékin des études pour le gouvernement chinois, la liberté religieuse n'y est certes pas comparable avec l'Europe mais «la normalisation entre le Vatican et la Chine devrait contribuer à une amélioration». A minima, «cela ne peut pas faire de mal», a-t-il commenté, en soulignant que l'Eglise souterraine suivra la décision du pape François.

Jonathan Sullivan, directeur de China Programs, de l'institut de recherche sur l'Asie à l'Université de Nottingham, est beaucoup plus critique. «C'est un pas stratégique pour la Chine et un pas naïf pour le Vatican. Le parti communiste va se servir de l'accord comme un blanc-seing du Vatican à l'Eglise contrôlée par l'Etat, au moment où les croyants font face à une sévère répression de leurs croyances et pratiques religieuses», a-t-il asséné. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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