Actualisé 21.12.2018 à 06:53

France

Le verdict pour Heaulme prévu ce vendredi

La réclusion criminelle à perpétuité a été requise en appel contre Francis Heaulme pour le meurtre de deux enfants de 8 ans en 1986.

La cour d'assises des Yvelines se prononce vendredi en appel sur le sort de Francis Heaulme, accusé du meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz en 1986, un crime pour lequel il a été condamné à la perpétuité en première instance mais qu'il a toujours nié.

«Montigny, c'est pas moi». Comme lors de son procès en avril 2017, le tueur en série a maintenu son innocence pour les meurtres de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, 8 ans, retrouvés au bord d'une voie de chemin de fer le crâne fracassé à coups de pierre dans cette ville de la périphérie de Metz.

«S'ils sont morts c'est qu'ils ont croisé celui qu'il ne fallait pas», a estimé jeudi l'avocat général Guirec Le Bras, debout face à Francis Heaulme, qui purge des peines pour neuf meurtres. Le magistrat a appelé la cour à donner «définitivement un visage à celui qui a fait disparaître les enfants», requérant la réclusion criminelle à perpétuité à l'encontre du «routard du crime».

Pourtant, ce visage a longtemps été celui de Patrick Dils. Celui d'un adolescent mal dans sa peau, condamné pour ce double crime en 1989 puis acquitté en 2002 à la faveur de la révision de son procès, après 15 ans en prison. «Lorsque la justice s'est fourvoyée, égarée, dans ce que mon collègue a appelé un aveuglement collectif , il nous faut le reconnaître», a souligné Olivier Mesrine, l'autre avocat général de ce procès.

Acquittement

Au cours des trois semaines d'audience, la cour a dû lutter contre le temps et la distance qui la séparaient du crime. Une vingtaine de témoins ne se sont pas présentés, beaucoup d'autres ont été entendus en visioconférence, peinant à rassembler leurs souvenirs.

A ces obstacles s'est ajoutée l'absence de preuve matérielle, les scellés ayant été détruits en 1995 par le parquet général de Metz, empêchant toute investigation scientifique.

Dès le premier jour, la défense a dénoncé un procès «inéquitable» et demandé l'acquittement de Francis Heaulme: elle a de nouveau défendu cette position à la veille du verdict. «La justice est quelque part à la recherche de son honneur perdu», a tancé Liliane Glock, alors que son confrère Alexandre Bouthier rappelait au jury que «le doute doit profiter l'accusé».

Ce doute «a plusieurs visages»: celui «de Patrick Dils», celui «d'Henri Leclaire», a insisté l'avocat, évoquant cet ex-manutentionnaire qui avait été soupçonné en 1986 puis en 2014 et finalement mis hors de cause. Me Bouthier a aussi rappelé le témoignage d'un adolescent qui, le jour des faits, avait vu un homme la chemise et les mains couvertes de sang, qui n'a jamais été retrouvé.

Sans preuve matérielle ni aveu, l'accusation s'est reposée sur un faisceau d'indices pour tenter de convaincre la cour. «L'ADN n'est pas la reine des preuves, pas plus que l'aveu», a balayé M. Le Bras.

«Confidences»

Le magistrat a rappelé les nombreuses versions de Francis Heaulme sur cette journée du 28 septembre 1986, ses «allusions» à ce dossier faites notamment auprès du gendarme Jean-François Abgrall, qui a arrêté le tueur en série en 1992 et à qui il a un jour confié avoir vu deux enfants morts au bord d'une voie ferrée.

«Cette confidence était liée à ce que Francis Heaulme appelait ses pépins . Dans son langage criminel, un pépin , c'est un crime», a insisté M. Le Bras.

D'autres confidences, recueillies par des codétenus, ont également nourri l'argumentaire de l'accusation. «La justice ne s'honore vraiment pas à considérer» ces témoignages, s'est offusquée la défense, taxant l'un d'eux de «manipulateur».

En face, la plupart du temps, les bancs des parties civiles sont restés vides, les familles étant épuisées par 32 ans de procédure. Et ce sixième procès les divise: Chantal Beining, la mère de Cyril, qui a poussé pour qu'il advienne, aimerait voir l'aboutissement de son «combat». A l'inverse, la famille Beckrich, marquée par les aveux ensuite rétractés de Patrick Dils, rejette ce qu'elle appelle un «coupable de substitution». (nxp/afp)

(NewsXpress)

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