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CultureLe verrou des 1000 personnes saute mais ne trouve pas preneur

Les organisateurs de concerts pourraient techniquement être de retour aux affaires dès le 1er octobre. Mais les incertitudes génèrent des coûts hypothétiques ingérables.

Photo d’illustration.

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KEYSTONE

La limite des 1000 personnes tombe le 1er octobre. Une vingtaine d’organisateurs de concerts et de festivals romands n’organiseront pourtant probablement aucun spectacle ni grand concert dès cette date. La loi Covid-19, débattue par le Parlement dès lundi à Berne, pourrait un peu calmer le jeu.

Parmi eux figurent Montreux Jazz Festival, le Paleo, Opus One, Live Music Production, Festi’neuch, Sion sous les Étoiles, pour n’en citer que quelques-uns.

Les critères fixés par les autorités et annoncées mercredi par le Conseil fédéral pour ces grandes manifestations seront très difficilement applicables dans un contexte économique déjà précaire, indiquent ces organisateurs dans un communiqué jeudi.

Le risque pour l’organisateur mais également sa responsabilité sont désormais trop importants. Pour qu’une grande manifestation soit autorisée, il faudra que la situation épidémiologique dans le canton concerné soit «favorable», selon les termes du Conseil fédéral.

Incertitudes ingérables

Mais aucune valeur seuil ni aucune durée cadre pendant laquelle ces mesures s’appliqueront n’ont été fixées. Ainsi, un canton pourra décider de restrictions supplémentaires en réduisant par exemple le nombre de personnes autorisées ou en révoquant simplement une autorisation préalablement délivrée.

Avec les incertitudes liées à ces nouvelles directives, il devient impossible pour un organisateur de planifier un événement et de prendre le risque de couvrir les frais de spectacles qui peuvent potentiellement voir leur jauge réduite de moitié ou même être annulés jusqu’à la dernière minute. «Dès lors, notre activité n’est plus viable», écrivent-ils.

Débats sur la loi Covid-19

La culture est pourtant un secteur clairement soutenu par les pouvoirs publics depuis les débuts de la crise. La plupart des mesures devaient être reconduites grâce à la loi Covid-19, que le Parlement à Berne, dont la session ouvre lundi, va rapidement traiter.

Jusqu’à présent, l’intégration de la culture dans la loi a reçu un accueil favorable, ce qui réjouit l’ensemble du secteur culturel, peut-on lire dans un communiqué jeudi de la Taskforce Culture, une organisation créée pour la branche uniquement. Les milieux culturels saluent la proposition des Commissions pour la science, l’éducation et la culture (CSEC) des deux Chambres d’augmenter le montant des indemnités pour perte de revenus de 80 à 100 millions de francs.

Ces mesures restent nécessaires, car les professionnels de la culture ne gagneront que 10 à 35% de leur revenu normal au cours des 12 prochains mois, selon une enquête basée sur les informations fournies par plus de 4000 artistes et professionnels de la culture de tous les secteurs.

Le sondage de SONART montre que les artistes s’attendent à une perte de revenu de 80 à 90% pour le second semestre 2020. Pour le premier semestre 2021, les pertes seront probablement encore d’environ 60% plus élevées qu’en temps normal. Il en va de même pour les entreprises culturelles.

Continuité

Selon Anne Weibel, porte-parole de l’Office fédéral de la culture, «les mesures de la loi Covid-19 prolongent en grande partie et sans interruption les mesures actuelles appliquées aux milieux culturels». Ceux-ci peuvent bénéficier du chômage partiel (les RHT) ou d’indemnisations pour des manifestations annulées.

«Il sera aussi possible d’avoir des indemnisations pour des projets de transformation», a-t-elle poursuivi. Cela devrait permettre aux différentes organisations de s’adapter aux changements devenus nécessaires avec la pandémie.

Les acteurs culturels individuels pourront continuer à bénéficier des aides d’urgence pour couvrir leurs besoins immédiats. Les aides pour les associations culturelles d’amateurs sont aussi prévues dans la loi.

«Si la loi Covid-19 passe au Parlement, il y aura donc une continuité des soutiens et les milieux culturels pourront continuer de pouvoir bénéficier d’indemnisations pour des manifestations annulées pour des raisons dues au Covid-19.»

Rencontre avec les parlementaires

La Taskforce Culture a prévu une rencontre avec les parlementaires à Berne le 9 septembre. Ils vont proposer des amendements à la loi comme l’introduction d’une assurance privé/public pour soutenir les organisateurs de grandes manifestations.

«Les mesures annoncées mercredi par Berne semblent avoir été plutôt conçues pour le sport que pour la culture», a expliqué Dany Hassenstein, programmateur de Paléo et membre du comité de la SMPA, la faîtière des organisateurs de concerts. Ces derniers, pas subventionnés à l’instar du théâtre, auraient préféré le maintien d’une interdiction pour les grands concerts.

Les discussions avec les cantons vont maintenant commencer, car si les directives viennent de Berne, tout reste à faire sur le terrain.

(ATS/NXP)

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