20.07.2020 à 09:52

Suisse«Le virus est inoffensif pour les jeunes en bonne santé»

Certains spécialistes proposent de développer l’immunité collective en n’imposant aucune restriction aux moins de 45 ans en bonne santé. D’autres s’insurgent de cette idée.

von
Pascal Michel/pac
Les spécialistes ne sont pas tous d’accord sur la manière doit être gérée la pandémie.

Les spécialistes ne sont pas tous d’accord sur la manière doit être gérée la pandémie.

KEYSTONE

Afin d’éradiquer le virus, Pietro Vernazza, médecin en chef de l'hôpital de Saint-Gall, plaide pour un retour à la normale, contrairement à la stratégie actuelle du Conseil fédéral: «On pourrait réduire les mesures de protection dans la population générale afin que les jeunes entrent progressivement en contact avec le virus. Les personnes âgées devraient quant à elle mieux se protéger», a-t-il déclaré au «SonntagsZeitung».

Dans sa réflexion, Vernazza prend en compte certaines études menées au Tessin, en Espagne ou aux États-Unis qui ont montré que dix fois plus de personnes étaient en réalité frappées par le virus que celles qui ont été diagnostiquées positives. Selon le médecin en chef, cela montre qu'il est très difficile de détecter et d'isoler toutes les personnes infectées.

«Cela montre aussi que beaucoup plus de personnes que ce que l'on pensait auparavant peuvent vivre avec le virus sans problème», a poursuivi Pietro Vernazza. «Il est à bien des égards similaire à la grippe», la principale différence résidant dans le fait que le Covid-19 était beaucoup plus contagieux.

Âge médian de 84 ans

L'immunologue Beda Stadler va dans le même sens. Il indique que la stratégie de quarantaine actuelle coûte plusieurs millions de francs et n'a plus de sens en regard des dernières découvertes scientifiques concernant le virus. «De très nombreuses personnes sont déjà protégées d’une infection grâce à d’autres virus se rapprochant du Covid-19». En sachant que les personnes jeunes et en bonne santé ne sont pas très sensibles à cette maladie, il convient désormais de revenir à la normale au lieu d’alimenter la panique. «Les personnes âgées et les personnes à risque doivent être protégées par tous les moyens, tandis que ceux qui sont en pleine forme doivent pouvoir retrouver leur liberté de mouvement», préconise l’immunologue.

«Il a été démontré que le coronavirus n'est pas dangereux pour les jeunes de moins de 45 ans en bonne santé», poursuit Beda Stadler, en se référant à une étude publiée par «Science» ainsi qu'aux chiffres de l’OFSP. Ainsi, 97% des individus qui ont perdu la vie à cause du virus souffraient d'une ou plusieurs maladies antérieures. De plus, l'âge médian des victimes est de 84 ans. La situation est complètement différente pour la grippe saisonnière qui tue également des enfants, des femmes enceintes et des bébés. Elle peut entraîner jusqu’à 2500 décès.

Si un cas de Covid-19 grave se produit chez un jeune, c’est qu’il souffre de facteurs à risque: «Un jeune en parfaite santé qui décède à cause du virus n'est qu'une allégation: je demande à voir les rapports d’autopsie», conclut Beda Stadler.

Ne pas imiter la Suède

Heiner Bucher, épidémiologiste à l'hôpital universitaire de Bâle, arrive quant à lui à une conclusion différente: «Jusqu'à présent, nous avons réussi à nous en sortir assez bien grâce au confinement et aux mesures d'hygiène», explique-t-il. Cette conclusion s'applique d’ailleurs également à l'Europe occidentale, à l'exception peut-être de la Grande-Bretagne. «Nous aurions même dû isoler la Suisse encore plus rapidement», estime l’épidémiologiste.

Selon lui, l’idée de laisser les jeunes agir comme bon leur semble, tout en isolant strictement les personnes âgées et les groupes à risque est dangereuse et irréalisable. «Les jeunes travaillent dans des EMS et le virus serait inévitablement propagé au sein des résidents, puisqu’on peut être infecté sans présenter de symptômes», exemplifie Heiner Bucher. De plus, l'idée d'obtenir une immunité collective par le biais d’infections «naturelles» est illusoire: «Le cas de la Suède montre que cette méthode est inadéquate. D’après le spécialiste, il faudrait que, pour atteindre cette immunité collective, 60% des individus possèdent des anticorps dans le sang. Or, fin mai, ce nombre ne se montait qu’à 20% à Stockholm.

Heiner Bucher s’élève d’ailleurs contre la banalisation du virus : «L’évolution du Covid-19 est plus violente que celle de la grippe saisonnière, je peux le constater dans mon travail à l'hôpital». L'exemple de la Suède, qui compte un nombre de victimes nettement plus élevé que la Suisse (ndlr: presque deux fois plus de morts par million d'habitants à la fin du mois de mai) montre qu’une négligence des risques sanitaires pourrait aboutir à une catastrophe : «Nous devons maintenir les mesures et les règles d'hygiène pendant quelques mois encore, jusqu'à ce qu'un vaccin soit peut-être disponible au printemps», déclare l’épidémiologiste.

Selon Heiner Bucher, l'épreuve de vérité aura lieu après les vacances d'été. «Si les chiffres n'augmentent pas, il faudra quand même rester sur nos gardes», prévient-il. Car il n'est pas certain qu'une deuxième vague en automne et en hiver ne puisse être évitée.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!
307 commentaires
L'espace commentaires a été desactivé

Le Spectre

20.07.2020 à 13:52

Dans la longue histoire de l'humanité de tout temps il y a eu des épidémies. Notre espèce a survécu, certes avec des pertes, parfois nombreuses, mais nous sommes toujours là. Trop nous aseptiser peut également nous mener à notre perte, rendant nos défenses immunitaires naturelles inopérantes à la longue. Au cours de cette longue histoire, nous n'avons pas été sauvés par des masques portés en permanence. Nous vivons depuis toujours avec des microbes, des bactéries et des virus en nous; sans eux nous ne serions pas vivants.

Philo

20.07.2020 à 13:50

J'habite à Berlin où le port du masque est obligatoire depuis des mois (mi-fin Avril) dans les transports public, supermarchés, banques, etc. Il y a des bornes pour se stériliser les mains aux entrées de pratiquement tout les supermarchés avec lignes au sol pour respecter les distances depuis encore plus de temps. Ils stérilisent aussi caddies et paniers en permanence. La plupart des retaurants sont ouverts soit avec un espace en terasse qui respecte les distances de sécurité soit sont juste en mode "à l'emporter". Certains sont ouvert avec espace à l'intérieur et encore plus d'espace de sécurité. Et les autorités testent en gros nombre. L'Etat donne des aides pour que la population pendant le pic reste à a la maison. Résultat ? Sur un population de 3.769 millions, il y a 8.774 cas confirmés et 221 morts. Dans la rue ? La vie est quasi revenue à la normal. C'est pas compliqué, facile à mettre en place et l'économie tourne au final sans mettre les gens en danger...

Daniel

20.07.2020 à 13:47

C'est bien de diffuser ce genre d'article, bravo. On alimente la confusion, on entretien la disparité entre les générations avec d'un côté les jeunes qui pourront passer de fiesta en fiesta sans égards pour leurs aînés, lesquels dégageront plus d'animosité à leur égard. Allez, faites encore un pas en avant dans la discrimination implicite. Accès interdit aux séniors et aux vieux, masque obligatoire pour les plus de 45 ans et confinement pour les vieux. Quant au plus de 80ans, déportation obligatoire dans des camps sous haute surveillance. Interdiction formelle dès 45 ans à côtoyer la jeune génération sous peine de répression financière, voir embastillement dans des baraques construites à cet effet. Bref, bien entendu, il n'y a aucune connotation discriminante dans ce cas puisqu'il s'agit de mesures qui vont dans l'intérêt des concernés. Retour sombre à de tristes époques où le leitmotiv s'articulait autour du "Arbeit macht frei" ou l'entrée des "chiottes" sélectionnant la couleur?