Actualisé 18.03.2011 à 12:08

Libye

Le vote de l'ONU accueilli avec joie à Benghazi

Après le feu vert de l'ONU pour protéger les civils en Libye, le régime de Kadhafi a choisi la défiance et fermé l'espace aérien du pays.

La résolution 1973 a été adoptée dans la nuit de jeudi à vendredi, quelques heures après un nouveau discours de Kadhafi, dans lequel il a promis l'assaut final contre le soulèvement, vieux de près de cinq semaines.

Le texte onusien a été adopté par dix voix pour et cinq abstentions dont la Chine et la Russie, qui disposent d'un droit de veto au Conseil de sécurité. L'Inde, l'Allemagne et le Brésil ont fait part de leurs craintes face à l'approbation d'une action militaire.

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont annoncé qu'ils réfléchissaient à des mesures pour empêcher les attaques contre les civils et à la manière de mettre en place cette zone d'exclusion aérienne, avec l'aide des pays arabes.

Obama appelle Sarkozy et Cameron

Après le vote, le président Barack Obama a contacté par téléphone le Premier ministre britannique et le président français Nicolas Sarkozy pour évoquer «la mise en oeuvre» du texte.

«Face à la situation critique sur le terrain, je m'attends à des actions immédiates dans le cadre de la résolution», a déclaré le secrétaire-général de l'ONU Ban Ki-moon. Il a souhaité «un travail de collaboration étroit entre les Etats-membres et les organisations régionales afin de coordonner une réponse commune, efficace et dans les délais». Des responsables américains ont expliqué que les opérations destinées à clouer au sol l'aviation de Kadhafi pourraient débuter dimanche ou lundi, avec des avions de combat, des bombardiers et des avions de surveillance.

Le gouvernement britannique, dont l'aviation devrait participer à l'imposition de la zone d'exclusion, était réuni en urgence, et une réunion de même type était prévue dans la journée à Paris autour du Premier ministre François Fillon, avec les ministres des Affaires étrangères et de la Défense.

«Ni pitié ni compassion»

A la télévision jeudi, prenant acte de la volonté occidentale d'agir après avoir renoncé à ses atermoiements face à la contre-offensive des forces de Tripoli, Kadhafi a décrété qu'il comptait «secourir» la population de Benghazi, le grand port de l'est, devenu la capitale de facto de l'insurrection. Le Guide a juré qu'il n'y aurait «ni pitié ni compassion» pour ceux qui résisteront. «Préparez-vous à ce moment pour vous débarrasser des traîtres. Demain, nous montrerons au monde», a-t-il tonné, s'engageant également à riposter à toute attaque sous couvert de l'ONU. «Si le monde est fou, nous serons fous aussi», a-t-il déclaré à la télévision portugaise, peu avant le vote à l'ONU.

Jeudi soir, les forces pro-Kadhafi n'étaient qu'à 130 km au sud de Benghazi. Vendredi matin, elles ont lancé l'assaut sur Misrata, troisième ville du pays et dernière localité tenue par la rébellion dans l'ouest, à 200 km au sud-est de Tripoli, la capitale.

Explosion de joie

A Benghazi, la population a suivi sur un écran géant, installé en plein air, le vote de l'ONU. L'annonce de l'instauration prochaine d'une zone d'exclusion aérienne, réclamée à corps et à cris par l'opposition depuis ses premiers revers, a été accueillie par une explosion de joie, des tirs en l'air et des feux d'artifice aux couleurs de l'insurrection, verts et rouges. Tobrouk aussi, autre ville «libérée» à l'extrême est du pays, a laissé éclater son bonheur dans la nuit.

Vendredi, Eurocontrol, l'agence européenne de contrôle du trafic aérien, a annoncé que selon les informations en provenance de Malte, le centre de contrôle aérien de Tripoli n'acceptait plus aucun trafic.

De son côté, le numéro deux de la diplomatie de Kadhafi, Khaled Kaim, s'est montré plus tempéré, offrant de négocier un cessez-le-feu avec l'opposition et saluant la préoccupation du Conseil de sécurité envers les populations libyennes.

Dans le même temps, à Tripoli, les journalistes étrangers se voyaient vendredi interdire de quitter leur hôtel.

Explosion de joie

Ce renversement d'opinion de la communauté internationale est venu refléter l'évolution rapide de la situation sur le terrain: l'insurrection, confiante encore il y a une dizaine de jours et évoquant l'idée de marcher sur Tripoli, s'est retrouvée écrasée par la contre-offensive des forces pro-Kadhafi, lancée pour récupérer la partie est du pays, tombée sans coup férir entre les mains de l'opposition. L'encerclement d'Ajdabiya, dernier verrou sur la route menant à Benghazi, aura marqué un tournant.

L'insurrection libyenne avait commencé le 15 février, à Benghazi. D'abord pacifique, à l'image des soulèvements de ce «printemps arabe», elle est vite devenue une véritable guerre, avec des unités de l'armée rejoignant les rangs rebelles, mais pas suffisamment pour réussir à faire face aux forces restant à Kadhafi, et surtout, sans force de frappe aérienne. On n'a pas de bilan officiel des affrontements qui, selon l'insurrection, ont fait plus d'un millier de morts. (ap)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!