Electricité: Le vrai-faux choix de l'énergie verte
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ElectricitéLe vrai-faux choix de l'énergie verte

Quelques tours de passe-passe psychologiques, comme le «nudging», peuvent inciter les consommateurs à économiser l'énergie. Cette méthode ne fait pas l'unanimité.

par
Pascal Michel

Il est facile de prendre de bonnes résolutions dans le dessein de mener une vie plus respectueuse des ressources énergétiques: installer des lampes LED, activer le mode veille ou passer à une offre proposant du courant électrique écologique. Mais il arrive souvent que ces bonnes intentions ne soient pas traduites en actes. Les psychologues veulent que cela change: le «nudging» («coup decoude bienveillant») devrait mettre les consommateurs sur la voie de l'écologie.

Le «nudge» (impulsion quelque peu intrusive) arrive chez les gens sous la forme d'une lettre: aujourd'hui déjà, certains fournisseurs d'électricité informent leurs clients qu'ils utilisent par défaut (automatiquement) du courant électrique vert. La personne qui veut encore de l'électricité d'origine nucléaire, un peu meilleur marché, ou une autre forme mixte de courant doit en informer son fournisseur. Les étudiants de la Haute École des Sciences Appliquées de Zurich (ZHAW) ont observé le comportement des gens lorsque l'on a essayé de mettre en œuvre un modèle semblable. Le résultat est le suivant: près des deux tiers des sujets testés n'ont pas résilié leur offre et ont continué d'utiliser de l'électricité propre. «Une telle impulsion, qui mise sur des directives standard, tire profit de la paresse des consommateurs», affirme Ester Reijnen, professeure de psychologie à la ZHAW.

Pour le «nudging», il est déterminant que la liberté de choix reste totalement garantie. Les consommateurs ont ainsi toujours la possibilité de passer à l'électricité produite par l'énergie nucléaire», précise-t- elle. « De plus, un «nudge» doit certes inciter les gens à se comporter de façon plus écologique, mais il ne doit pas le faire en touchant aux prix, par exemple en augmentant celui de l'électricité d'origine nucléaire.»

«Aucune forme de manipulation tant que les « nudges » sont transparents»

En Allemagne et au Royaume-Uni, les gouvernements ont déjà créé de véritables départements employant des psychologues chargés d'étudier comment les décisions des citoyens peuvent être orientées vers une plus grande «efficacité énergétique». En Suisse, nous ne sommes certes pas encore aussi avancés, mais «nous essayons de faire entendre nos préoccupations au niveau de la Confédération», déclare Ester Reijnen. «Si nous sommes en mesure d'influer sur le comportement du consommateur de telle façon qu'il atteint finalement l'objectif qu'il s'est fixé lui-même − comme une vie privilégiant une plus grande efficacité énergétique −, nous devrions exploiter cette possibilité dans le respect des principes éthiques. » Selon Ester Reijnen, il est possible de suivre cette ligne directrice parce que la majorité de la population trouve ce comportement – économiser de l'énergie – souhaitable.

«Le «nudging» ne fonctionne que s'il est accepté par la population»

Ester Reijnen ne voit pas de manipulation dans le « guidage » psychologique «tant que les «nudges» sont totalement transparents». Par exemple: lorsque les fournisseurs d'électricité expliquent clairement qu'ils proposent l'énergie verte comme variante standard.

Impliquer les citoyens dans les décisions plutôt que de les prendre de vitesse (ou de les berner)

Le sociologue et professeur de l'EPFZ Dirk Helbing est partiellement d'accord: «On ne pourrait parler de «dirigisme socio-psychologique» que s'il n'y avait pas d'autres options acceptables ou si la tentative d'influencer n'était pas identifiable en tant que telle.» Mais il voit aussi des problèmes si l'État s'érige en instance suprême et impose par décret la façon dont les consommateurs doivent se comporter: «Les citoyens deviennent plus passifs, assument moins de responsabilités et l'innovation nécessaire ne se produit pas.» La responsabilité est laissée à l'État, mais celui-ci est dans de nombreux cas surchargé et ne peut pas gérer seul les problèmes. Dirk Helbing propose donc d'impliquer les citoyens en tant qu'acteurs: «Je pourrais imaginer des Jeux olympiques lors desquels les villes seraient en concurrence les unes avec les autres pour trouver les idées et les concepts les plus respectueux de l'environnement.» Voilà qui serait plus utile que de lever un index moralisateur ou d'essayer de prendre les citoyens de vitesse.

L'Energy Challenge 2016 est une campagne nationale lancée par Suisse énergie et l'Office fédéral de l'énergie. Elle traite des sujets liés à l'efficience énergétique et aux énergies renouvelables. En tant que partenaire média, «20 minutes» se penchera sur la thématique durant six mois avec des graphiques, des reportages et des interviews.

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