Entreprises responsables: L’économie soulagée du «non», un «signal» pour les partisans
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Entreprises responsablesL’économie soulagée du «non», un «signal» pour les partisans

Malgré l’échec de l’initiative «pour des entreprises responsables», le fait qu’elle a été acceptée par le peuple et uniquement rejetée par les cantons envoie «un signal d’alarme».

Chantal Peyer, membre du comité de l’initiative pour des multinationales responsables, téléphone avec son smartphone depuis son bureau dans les locaux de l’ONG «Pain pour le prochain».

Chantal Peyer, membre du comité de l’initiative pour des multinationales responsables, téléphone avec son smartphone depuis son bureau dans les locaux de l’ONG «Pain pour le prochain».

KEYSTONE

Les milieux de l’économie et les partis du centre et de droite sont majoritairement soulagés du rejet par la majorité des cantons de l’initiative «pour des entreprises responsables». Déçu, le camp des partisans salue la large mobilisation et y voit un signal fort.

«Ce résultat est un grand soulagement, car l’initiative faisait peser une incertitude sur l’ensemble du tissu économique suisse, y compris les PME», a déclaré la directrice romande d’economiesuisse Cristina Gaggini à Keystone-ATS. Elle aurait également détérioré la relation avec d’autres Etats en s’ingérant dans leur souveraineté.

Selon elle, le contre-projet est suffisant et cible de manière incisive les problèmes prioritaires. Un avis partagé par le président d’economiesuisse Christoph Mäder, qui note que les entreprises vont maintenant mettre en œuvre leurs stratégies pour un comportement plus durable.

Pour l’Union suisse des arts et métiers (USAM), le résultat montre que le peuple suisse refuse de tenter des expérimentations et d’introduire des réglementations spéciales dans la période actuelle. «Les entreprises suisses ne doivent pas être inutilement pénalisées face à la concurrence internationale».

Pas de cavalier seul

A droite de l’échiquier politique, le PLR se réjouit que la Suisse «ne fasse pas cavalier seul au niveau international, ce qui aurait placé nos entreprises face à de nombreux défis». Le contre-projet initié par la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, «a été plus convaincant que les fausses images de la campagne des initiants».

L’UDC voit dans le résultat serré de la votation «un signal d’alarme» à l’adresse des organisations économiques et des partis du centre, par rapport à leurs «liaisons dangereuses avec la gauche». Pour le parti, «il est temps que ces milieux se souviennent à nouveau des vraies valeurs libérales».

L’UDC est toutefois soulagée de constater que les citoyens suisses n’ont pas cédé au «chantage moralisateur des initiants». Le texte aurait gravement nui à l’économie suisse et menacé des milliers d’emplois.

Le PDC se réjouit pour sa part que le contre-projet puisse maintenant entrer en vigueur. Cet outil représente selon lui la voie la plus efficace pour mettre en œuvre les objectifs de l’initiative, partagés par le parti.

Aucun «blanc-seing»

A gauche, le PS se dit très déçu du résultat, mais y voit toutefois un signal fort adressé aux milieux économiques. «Aucun blanc-seing ne sera toléré et les multinationales doivent assumer leurs responsabilités».

Membre du comité d’initiative, l’ancienne présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey se dit «déçue d’échouer aussi près du but». Elle salue tout de même auprès de Keystone-ATS une «mobilisation incroyable et un résultat dont nous n’avons pas à rougir».

Avec ce rejet, la Suisse risque d’être «une nouvelle fois dernière, comme ça a été le cas pour le blanchiment d’argent ou le secret bancaire», écrit Dick Marty (PLR/TI).

Amnesty International, l’une des nombreuses organisations à avoir soutenu le texte, relève que la Suisse a manqué une occasion d’imposer aux multinationales une réglementation efficace pour les obliger à protéger les droits humains et l’environnement. L’ONG considère toutefois que le «oui» du peuple constitue un succès historique et un appel au Conseil fédéral et au Parlement.

Le sujet n’est pas clos

Le résultat serré montre qu’une partie des votants souhaite des multinationales et une place financière responsables, relèvent les Verts. Le «oui» du peuple à l’initiative signifie que le contre-projet ne saurait clore le sujet. L’évolution en Europe montre que la Suisse sera tôt ou tard obligée de légiférer pour que ses entreprises respectent des normes environnementales et les droits humains à l’étranger.

L’Union syndicale suisse (USS) estime pour sa part qu’il faudra prendre au mot les promesses des opposants durant la campagne – qui affirmaient soutenir les objectifs de l’initiative – et vérifier qu’elles soient tenues. Elle insistera pour une mise en œuvre conséquente du contre-projet et s’engagera pour que le soutien populaire se reflète dans la rédaction de l’ordonnance.

Les Verts’libéraux regrettent également le «non» à l’initiative et expliquent ce résultat par les préoccupations liées à l’insécurité juridique pour les PME. Le fort soutien en faveur de l’initiative est un signal fort qui doit être écouté par la classe politique, estime le parti.

(ATS/NXP)

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