Vaud – L’enseignant lui disait qu’elle pourrait devenir «la reine des pipes»
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VaudL’enseignant lui disait qu’elle pourrait devenir «la reine des pipes»

Un ancien maître de classe de la région lausannoise a été reconnu coupable mardi d’actes d’ordre sexuel avec des enfants. Parties plaignantes au Tribunal, deux jeunes femmes, aujourd’hui majeures, témoignent.

par
Lauren von Beust
Getty Images/iStock

«En tant qu'homme et père, je suis outré de ce qu'il s'est passé. L'école est un lieu où l’on doit se sentir en sécurité. Quand on y envoie nos enfants, on attend le meilleur pour eux», a déclaré mardi le père de Justine* au Tribunal de police lausannois. Sa fille, 18 ans, assistait au procès de Martin*, l’enseignant d’un établissement de la région, qui a profité d’elle alors qu’elle n’avait que 16 ans.

«Je n'ai jamais cherché à le séduire»

Début 2019, Justine se confie à un professeur de son ancien collège sur l’expérience traumatisante qu’elle a vécue avec un garçon l’été précédent. L’adolescente a confiance en cet adulte décrit comme «bienveillant». Mais, au fil des messages, le trentenaire lui fait comprendre qu’il veut avoir des relations sexuelles avec elle, lui déclarant même qu’elle peut devenir «la reine des pipes». Martin va jusqu’à simuler, dans deux vidéos, des préliminaires avec sa langue. À sa demande, Justine lui enverra une photo d’elle en soutien-gorge.

«Il y avait des moments de lucidité où je me rendais compte que c'était malsain, mais il était aussi une oreille et un soutien, explique la jeune femme. Je n'ai jamais cherché à le séduire, l'été qui avait précédé la rentrée avait été difficile pour moi, et je ne voulais en aucun cas d’une relation ou d’un jeu de séduction avec qui que ce soit.» Après avoir parlé de leurs échanges à une amie, cette dernière lui fait prendre conscience de la gravité de la situation. Justine porte plainte. En dépression, elle sera suivie pendant plusieurs mois.

«Des choses enfouies en moi»

Victoria* avait des problèmes de santé quand elle a commencé, à 15 ans, à échanger des messages avec Martin, qu’elle croisait lors de cours de sport. Il s’intéressait à elle, l’écoutait. Lors d’un live cam, l’enseignant lui demande de se mettre les doigts dans le vagin pendant que lui-même se masturbe. Elle s’exécute. «Je ne dirai pas que j'ai voulu le séduire, ce que j’ai fait était une réponse à ses compliments. Ce n’était pas intentionnel de ma part, j'étais jeune et peu expérimentée», explique Victoria, en faisant référence aux textos à connotation sexuelle envoyés, entre 2014 et 2015, sur demande de Martin.

L’adolescente a vécu dans le déni, jusqu’à ce qu’elle soit entendue par la police plus de quatre ans après les faits, lors de l’enquête menée contre le professeur: «L’audition m'a confrontée avec des choses qui étaient enfouies en moi, ça a été très violent. Je n'avais aucune conscience de ce que pouvait représenter ce que j’avais subi.» Après être tombée dans un état de stress post-traumatique, Victoria a dû être hospitalisée. Elle éprouvera de la honte et de la gêne quant à ce qu’il s’est passé, avant de déposer plainte en juin 2019.

Avancer malgré tout

À cause de ce qu’elle a subi, cette assistante en soins et santé communautaire aura raté deux fois son CFC avant d’être engagée en EMS. «Si je témoigne, c’est pour que des jeunes filles ou jeunes garçons puissent s’y reconnaître et pour que ces crimes soient punis», affirme celle qui porte de «lourdes séquelles psychologiques». Reconnue par la justice, la jeune femme conseille aux victimes d’«en parler le plus vite possible à des professionnels de la santé pour être bien orientées et accompagnées», car «le risque est que tout cela ressorte plus tard dans sa vie. Cela peut aussi avoir des conséquences sur ses propres enfants», dit-elle en paraphrasant sa psychologue.

Coupable d’actes sexuels avec des enfants

Reconnu coupable notamment d’actes d’ordre sexuel avec des enfants et de pornographie, l’ancien enseignant a écopé mardi d’une peine pécuniaire de 240 jours-amende à 60 francs avec un sursis pendant trois ans et d’une amende de 1500 francs. Le Tribunal lui a également interdit, sur une durée de 10 ans, d’exercer une activité professionnelle ou non professionnelle impliquant des contacts réguliers avec des mineurs. Outre les indemnités, Martin devra s’acquitter de frais pour tort moral et perte de gain. Celui qui a déjà fait «une croix sur son métier» s’est adressé mardi à Victoria: «Je m'excuse que tu aies dû vivre tout ça, je reconnais ma faute. Je te souhaite le meilleur pour la suite. J'aurais voulu que cela se passe autrement…» Justine, elle, ne lui a pas laissé la possibilité de s’excuser: «Cela ne changera rien», a-t-elle lâché.

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