Genève – «L’enseignement par le numérique au primaire est déjà une réalité»
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Genève«L’enseignement par le numérique au primaire est déjà une réalité»

Des enseignants, parents ou logopédistes craignent une surexposition des élèves aux écrans. Le DIP rassure.

par
Léonard Boissonnas
Pixabay

Buts pas clairs, effets craints sur l’apprentissage ou la santé: l’association Rune (Réfléchissons à l’usage du numérique et des écrans), qui regroupe des enseignants, des parents d’élèves, des logopédistes et des informaticiens, a fait part lundi de ses inquiétudes concernant l’introduction du numérique à l’école primaire genevoise. Le collectif a déjà engrangé une victoire d’étape sur le sujet: sa pétition réclamant un moratoire sur la question a été acceptée par 14 voix contre 1 par la Commission des pétitions du Grand Conseil, mardi dernier.

«L’enseignement par le numérique à l’école primaire est déjà une réalité pour de nombreux élèves», a dénoncé Anne-Marie Cruz, membre du comité de l’association et enseignante. Et de citer l’utilisation de tablettes ou l’installation de tableaux blancs interactifs. Ce qui préoccupe Rune est un enseignement avec des écrans, mais pas la sensibilisation à la question du numérique, précise-t-elle: «Nous sommes pour un accompagnement. Dans les écoles, l’Etat doit s’en saisir et faire de la prévention avec des spécialistes lors d’ateliers. Mais on peut faire cet accompagnement sans passer par les écrans. Et il faut des règles.»

Surexposition en âge préscolaire

«Le nombre d’élèves à besoins particuliers augmente; l’exposition aux écrans ne semble pas être étrangère à ce phénomène», a ajouté Aurore Kiss, membre de Rune et coach en réinsertion. L’association des logopédistes indépendants de Genève, qui a soutenu la pétition, s’inquiète ainsi de voir un problème s’ajouter à un autre: «Nous observons une surexposition aux écrans des enfants en âge préscolaire et quand on les reçoit, le mal est déjà fait», explique Isabelle Gay-Dembinski.

Le collectif relève aussi un message paradoxal envoyé aux parents: d’un côté, on leur dit de limiter l’accès au numérique à la maison et d’un autre, il est introduit à l’école. Une maman d’une écolière de 7 ans a relaté avoir été surprise que cette dernière ait des devoirs à faire sur support numérique: «Nous, parents, n’avons pas été mis au courant, dit-elle. Cela a eu un effet boule de neige sur son frère de 5 ans qui veut aussi regarder l’écran. Pour nous, c’est trop tôt, trop jeune. Le secondaire et le monde du travail s’en chargeront bien assez vite.»

L’association Rune demande entre autres au Grand Conseil d’accepter le moratoire et de refuser un crédit de 9 millions pour l’achat de matériel informatique dans l’enseignement obligatoire et secondaire II, actuellement en commission. Il est aussi demandé à l’Etat «une politique publique de prévention des risques liés à la surexposition aux écrans».

Devoirs sur écran «pas encouragés»

Sollicité, le Département de l’instruction publique (DIP) indique qu’il se félicite que Rune «partage ses objectifs»: le rôle primordial de l’Etat à jouer pour informer parents, jeunes et enfants sur les risques d’une surexposition aux écrans, et apprendre aux élèves à réfléchir sur leurs usages numériques, en partant de leur pratique et en les accompagnant. Des objectifs présentés en 2018 dans «L’école au service de la citoyenneté numérique».

Par ailleurs, le DIP précise que les tablettes «sont parfois utilisées dans des projets prospectifs ou des activités bien délimitées.» Leur utilisation est soumise à une directive qui «impose un certain nombre de règles, relatives au droit à l’image et à la protection des données par exemple.» Au sujet des devoirs sur support numérique, le DIP que les parents doivent «bien entendu» être avertis. «Mais ce n’est pas une pratique encouragée par le DIP que d’imposer l’ordinateur pour faire ses devoirs à l’enseignement obligatoire.»

1800 tablettes, près de 700 tableaux interactifs

Le DIP déclare posséder aujourd’hui 900 tablettes en prêt pour les enseignants, avec un maximum de quatre tablettes par classe. Et 900 autres «destinées au soutien de divers projets pédagogiques soumis à des procédures de sélection, d’évaluation et de restitution étroitement calibrées et renouvelables ou pas après un an.» Le prêt est centralisé et géré par le Service Ecole-médias. Quant aux tableaux blancs interactifs, 688 sont actuellement déployés dans les écoles primaires sur un total d’environ 1800 classes.

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