Fonds Ben Ali : Lenteur de la justice suisse critiquée
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Fonds Ben Ali Lenteur de la justice suisse critiquée

Un avocat critique les lenteurs de la justice suisse pour faire avancer l'affaire des fonds cachés à l'étranger par le clan Ben Ali.

Les montants cachés en Suisse par le clan Ben Ali dépasseraient largement les 60 millions gelés par Berne.

Les montants cachés en Suisse par le clan Ben Ali dépasseraient largement les 60 millions gelés par Berne.

Il faudra du temps aux Tunisiens pour récupérer les fonds cachés à l'étranger par le clan Ben Ali, affirme l'avocat genevois Enrico Monfrini. L'homme de loi s'agace des lenteurs de la justice helvétique. Il estime que les montants cachés en Suisse dépassent largement les 60 millions gelés par Berne.

«Je suis convaincu qu'il y a beaucoup plus d'argent issu de la 'kleptocratie' du clan Ben Ali qui dort en Suisse», dit-il dans une interview publiée jeudi par «La Tribune de Genève» et «24 Heures». L'avocat, mandaté par Tunis pour traquer les avoirs du président tunisien déchu à travers le monde, évalue à cinq milliards de dollars le montant total des fonds cachés à l'étranger.

300 noms

L'enquête du Ministère public de la Confédération (MPC) vise une quarantaine de personnes. «Or j'ai pour ma part une liste de 300 noms rattachés au système que le clan Ben Ali-Trabelsi avait mis en place pour voler l'argent des Tunisiens et le faire sortir du pays», dit-il.

Pour l'avocat, la Suisse est historiquement «une sorte de plaque tournante» pour les fonds des potentats. «Très souvent, c'est la première destination des fonds spoliés», explique-t-il au site d'information Swissinfo.ch. «On parle beaucoup d'autres places financières comme Singapour ou Hong Kong, mais c'est loin pour un potentat d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient», ajoute-t-il.

A l'étranger, Me Monfrini affirme avoir repéré «trois pays (...) où d'énormes quantités d'argent du clan ont été déposées». Il pointe également du doigt des pays où «l'argent est susceptible d'avoir beaucoup transité», comme la France, le Canada ou les Etats-Unis.

Pas de progrès

L'avocat s'agace des lenteurs de la justice suisse. «L'enquête n'a pas progressé» depuis le blocage des fonds en janvier 2011, déplore-t-il. Selon lui, «un seul recours auprès du Tribunal pénal fédéral à Bellinzone paralyse la procédure depuis bientôt trois mois. C'est excessif compte tenu de l'importance de l'affaire.»

«Pendant que l'on perd du temps, les transferts de fonds continuent», regrette Me Monfrini. Le clan Ben Ali profite de ces retards pour «organiser sa défense et masquer plus astucieusement les circuits de blanchiment utilisés».

Le MPC «n'est pas toujours équipé en personnes ayant toutes les compétences requises face aux crimes économiques et aux organisations criminelles», souligne aussi l'homme de loi. «Il est en tout cas surchargé et encore en manque d'expérience face à ce genre d'affaire».

Collaboration étroite

En outre, l'avocat affirme n'avoir «toujours pas pu avoir accès au dossier». Un élément que la porte-parole du MPC, Jeannette Balmer, justifie par le recours actuellement pendant devant le TPF. La décision des juges de Bellinzone «déterminera les futures démarches procédurales du MPC», a-t-elle déclaré dans une prise de position publiée sur le site de Swissinfo.

Selon elle, les autorités suisses travaillent «étroitement et efficacement» avec leurs homologues tunisiennes, «afin de procéder au plus vite à la remise des fonds au peuple tunisien».

Optimisme

Enrico Monfrini se montre lui aussi optimiste. Il se dit convaincu que les fonds seront restitués au peuple tunisien en «bien moins de temps» que pour les avoirs détournés dans les affaires Marcos et Abacha. «Et avec la certitude de résultats convaincants».

Le MPC a récemment élargi les enquêtes portant sur les fonds liés aux clans Ben Ali et Moubarak, en affirmant qu'elles portent sur des «organisations criminelles».

«Dans le cas tunisien, il n'y a aucun doute: on avait bien affaire à une organisation criminelle qui pratiquait à l'échelle d'un Etat l'intimidation, l'extorsion, l'expropriation, le chantage, la torture, l'assassinat», affirme Me Monfrini.

«Avec cet article du Code pénal, cela signifie pour les plaignants que le fardeau de la preuve s'inverse. Ce sont tous ceux qui ont volé les Tunisiens qui devront apporter la preuve qu'ils ne l'ont pas fait, et non l'inverse», ajoute-t-il.

(ats)

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