Actualisé 31.01.2011 à 20:44

Attentat de Karachi

Léotard lie l'attentat à l'arrêt des commissions

L'ancien ministre de la Défense François Léotard a établi un «lien possible» entre l'arrêt du versement des commissions et l'attentat qui a coûté la vie à 11 Français en mai 2002.

L'ancien ministre de la Défense François Léotard, entendu lundi comme témoin dans le volet criminel de l'enquête sur l'attentat de Karachi, a établi un «lien possible» entre l'arrêt du versement des commissions et l'attentat qui a coûté la vie à 15 personnes dont 11 Français en mai 2002, a rapporté l'avocat des parties civiles, Me Olivier Morice, présent à l'audition.

François Léotard, ministre de la Défense de 1993 à 1995 dans le gouvernement d'Edouard Balladur, a signé le contrat de vente pour 826 millions d'euros de trois sous-marins Agosta au Pakistan en 1994.

Contrat qui a donné lieu aux versements de commissions d'un montant total de 10,25%, dont 4% à deux intermédiaires imposés en 1994 par le ministère de la Défense.

Versement cessé par Chirac

Le versement des commissions a été interrompu en 1995 par le nouveau président de la République, Jacques Chirac. Un arrêt justifié par Dominique de Villepin par des soupçons de rétro-commissions. Entendu en novembre par le juge Renaud Van Ruymbeke, chargé du volet financier de l'affaire, l'ancien Premier ministre a fait part au juge de «convictions très fortes» que des «rétro-commissions» sur le contrat pakistanais avaient pu servir «à financer des partis politiques soutenant» l'ancien Premier ministre Edouard Balladur.

François Léotard «considère que la décision qui a été prise par le président Jacques Chirac d'arrêter le versement des commissions a pu être en quelque sorte le détonateur de cet attentat», a déclaré son avocat à la presse.

Guerre de trente ans

L'arrêt du versement de ces commissions serait, selon M. Léotard, «le résultat d'une guerre de trente ans qui existe au niveau de la droite», a rapporté l'avocat.

François Léotard a par ailleurs «juré sur son honneur qu'aucun financement de la campagne du Parti républicain (NDLR: parti dont M. Léotard était le président) n'avait été fait», a poursuivi Me Morice. Selon ce dernier, M. Léotard a nié l'existence de rétro-commissions.

Dans une lettre envoyée la veille de son audition au site Rue89, l'ancien ministre estimait que l'attentat du 8 mai 2002 a été «directement provoqué par deux éléments qui se sont conjugués»: «l'arrêt des commissions» promises en marge de la vente de sous-marins au Pakistan et la vente à l'Inde de sous-marins «plus performants que ceux qui avaient été livrés au Pakistan auparavant, contrairement aux engagements pris».

Grande légèreté

L'ancien ministre estime que l'arrêt des commissions «a été une décision prise avec une grande légèreté par le président de la République» Jacques Chirac et exécutée «avec la même légèreté» par les ministres Dominique de Villepin et Charles Millon.

«Un engagement de l'Etat, lorsqu'il n'est pas respecté, rend naturellement cet Etat vulnérable. En effet, cet acte ne pouvait manquer d'avoir des conséquences lourdes», estime-t-il.

Entendre Chirac

L'avocat des victimes de l'attentat a déclaré s'interroger sur l'opportunité de faire entendre comme témoin Jacques Chirac puisque «c'est lui qui prend cette responsabilité d'arrêter le versement de ces commissions».

Par ailleurs, la cour d'appel de Paris a refusé lundi d'élargir le volet financier de l'enquête sur l'attentat de Karachi aux faits de corruption et jugé irrecevables les constitutions de partie civile des familles de victimes.

Mes Olivier Morice et Thibault de Montbrial ont annoncé qu'ils allaient se pourvoir en cassation contre cette décision.

Saisi d'une information judiciaire pour «entrave à la justice» et «faux témoignage» visant la Direction des construction navales (DCN), le juge Renaud Van Ruymbeke avait décidé le 6 octobre d'élargir ses investigations à d'éventuels faits de «corruption» et d'«abus de biens sociaux» qui auraient pu être commis en marge de la vente de trois sous-marins par la France au Pakistan.

A la suite d'un appel du parquet, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a considéré lundi que les parties civiles ne pouvaient invoquer un quelconque préjudice directement provoqué par les abus de biens sociaux ou la corruption. (ap)

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