20.09.2019 à 18:24

FranceLes 7 «faux Le Drian» devant le tribunal

Armés d'un masque et d'un culot inédit, ils se sont fait passer pour le ministre français Jean-Yves Le Drian auprès de riches personnalités, leur extorquant plus de 50 millions d'euros. Les sept suspects vont être jugés en France.

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AFP/Alexander Nemenov

Ils ont été culottés, mais ont finalement été démasqués. Sept hommes vont être jugés en France pour avoir usurpé l'identité du ministre français Jean-Yves Le Drian et de ses collaborateurs entre 2015 et 2016. Ils ont réussi à extorquer plus de 50 millions d'euro (ndlr: près de 55 millions de francs) à de riches personnalités étrangères.

Les suspects impliqués dans cette escroquerie vont devoir répondre devant un tribunal correctionnel à Paris à des degrés divers d'«association de malfaiteurs», «escroquerie en bande organisée» ou «prise du nom d'un tiers», selon une ordonnance datée du 30 août, dont l'AFP a eu connaissance.

Les 2 cerveaux de la bande

Au centre de la bande: deux hommes bien connus de la justice française. Le premier, un Franco-Israélien, dont l'histoire a inspiré un film (Je compte sur vous) est considéré comme l'inventeur des arnaques aux «faux ordres de virement» ou «faux président», un procédé devenu classique où des malfaiteurs se font passer pour des chefs d'entreprise afin de se faire transférer de grosses sommes d'argents par des collaborateurs. L'homme de 54 ans a été condamné en 2015 à sept ans de prison par contumace (ndlr: décision judiciaire prononcée par un juge à l'issue d'un procès, en l'absence du condamné, qui se trouve en état de fuite) et un million d'euros d'amende pour avoir escroqué plusieurs grandes entreprises, comme HSBC ou Alstom.

Il a finalement été arrêté en 2017 en Ukraine en compagnie de son complice, le deuxième homme connu des services de police français.

Après l'extradition des deux hommes, les enquêteurs français ont en effet vite été convaincus de tenir les cerveaux de la bande, compte tenu des expertises vocales, de l'exploitation de leur correspondance et de la sonorisation de leurs parloirs.

Le «faux prince Albert II»

Dans les téléphones des deux suspects, qui nient toute responsabilité dans cette affaire, les enquêteurs français ont découvert les prémisses de leur prochain coup. Ils comptaient usurper l'identité du prince Albert II de Monaco. La photo d'un premier essai - peu concluant - de masque en silicone représentant ce dernier a été retrouvée dans leur portable.

150 cibles

L'affaire dite du «faux Le Drian» a débuté en été 2015, lorsque le ministère français de la Défense de l'époque Jean-Yves Le Drian, devenu depuis lors ministre des Affaires étrangères, a signalé à la justice l'usurpation de son identité et de celles de ses collaborateurs. Les escrocs se faisaient passer pour eux auprès de plusieurs ambassades et dirigeants d'entreprises. Paiement de rançons pour libérer des otages, financement d'opération secrète ou de lutte contre le terrorisme: les aigrefins inventaient différentes raisons pour convaincre leurs interlocuteurs de verser sans délai plusieurs millions d'euros, contre la promesse d'un remboursement ultérieur par la France.

Selon les enquêteurs, plus de 150 cibles ont été approchées, parmi lesquelles des chefs d'Etats africains, comme Ali Bongo, des associations humanitaires telles que le Sidaction, ou encore des dignitaires religieux.

Quatre victimes identifiées

Au bout du compte, quatre victimes identifiées sont tombées dans le piège en 2016. C'est le cas du chef spirituel des musulmans chiites ismaéliens, le prince Karim al-Hussaini dit Karim Aga Khan IV, à la fortune colossale. Persuadé de s'être entretenu au téléphone avec le ministre français, le philanthrope a ordonné le virement de 20 millions d'euros, en mars 2016, sur des comptes en Pologne, en Chine et en France. Trois versements sur cinq ont pu être in fine bloqués, mais 8 millions d'euros ont disparu dans la nature.

Un mois plus tard, l'enquête a été confiée à des juges d'instruction parisiens, tandis que les escrocs multipliaient les tentatives tous azimuts, jusqu'à piéger l'une des toutes premières fortunes turques, Inan Kirac. Ce dernier, croyant avoir été sollicité par le ministre pour réunir une rançon pour deux journalistes retenus en otages en Syrie, a versé plus de 47 millions de dollars sur des comptes en Chine et aux Emirats en décembre 2016. «Mes clients sont satisfaits que cette affaire, qui a donné lieu à de vastes investigations internationales, aboutisse à un procès et, j'espère, à des condamnations», a réagi auprès de l'AFP, Me Delphine Meillet, avocate du ministre français et de quatre anciens collaborateurs.

En parallèle du procès à venir, l'information judiciaire se poursuit, pour finir de mettre au jour le circuit de blanchiment.

(lhu/afp)

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