Actualisé 19.03.2013 à 12:12

IndeLes affaires de viols angoissent les touristes

Les récentes affaires de viols survenues en Inde alimentent les peurs des touristes qui multiplient les précautions.

Scandalisés par l'augmentation des viols, les Indiens ont manifesté à plusieurs reprises pour demander un durcissement de la loi.

Scandalisés par l'augmentation des viols, les Indiens ont manifesté à plusieurs reprises pour demander un durcissement de la loi.

Judith Jensen, une touriste danoise, passe des vacances en Inde en ayant à l'esprit une longue liste de précautions à prendre, des interdits qu'elle s'est imposés après les affaires de viols qui ont défrayé la chronique dans ce pays encore largement dominé par les hommes.

Judith sait qu'elle ne hèlera pas de taxi dans la rue, qu'elle ne séjournera pas dans n'importe quel hôtel, qu'elle ne sortira pas la nuit.

«J'ai lu et entendu tellement de choses sur le viol en Inde que maintenant j'ai l'impression constante d'un danger», résume cette femme de 42 ans, interrogée par l'AFP sur un marché fréquenté du centre de New Delhi.

Une campagne lancée par le ministère du Tourisme, intitulée «Incredible India» («Incroyable Inde»), a contribué à augmenter le nombre de visiteurs étrangers au cours de la dernière décennie à environ 6,6 millions par an, même si ce chiffre est encore loin derrière la fréquentation touristique en Chine et en Malaisie. Mais cette initiative risque aujourd'hui de souffrir de la perception que l'Inde n'est pas une destination sûre, en particulier pour les femmes.

Une étudiante, une Suissesse, une Britannique, une chinoise...

Le viol collectif d'une étudiante dans un autobus à New Delhi en décembre dernier, décédée des suites de l'agression, a jeté une lumière inquiétante sur les violences sexuelles dans ce pays émergent. Plusieurs récents faits de violence ont ajouté au malaise ambiant.

Vendredi soir, une touriste suisse qui sillonnait l'Inde à vélo avec son mari a été violée par quatre hommes alors que le couple installait sa tente dans une zone boisée reculée de l'Etat du Madhya Pradesh (centre). Les agresseurs ont attaché son mari avant de la violer et de voler des effets personnels. La même nuit, des malfaiteurs ont brièvement kidnappé un responsable indien du groupe français Alstom. Ce dernier a été libéré par la police quelques heures plus tard à quelque 80 kilomètres du lieu de son enlèvement près de New Delhi.

D'autres incidents ont été récemment rapportés par la presse. Le mois dernier, une Chinoise travaillant en banlieue de New Delhi a été violée par une connaissance. En janvier, une étudiante sud-coréenne en vacances dans le Madhya Pradesh a affirmé avoir été droguée et violée par le fils du propriétaire de son hôtel.

Et la police a annoncé mardi qu'une touriste britannique avait été hospitalisée après s'être blessée en sautant par la fenêtre d'un hôtel pour échapper à une agression sexuelle à Agra, où se trouve le célèbre Taj Mahal.

Longue liste de précautions

Les autorités assurent qu'il n'y a pas de quoi s'alarmer, soulignant que les étrangers sont victimes de la criminalité partout dans le monde et que l'écrasante majorité des touristes n'ont aucun problème de sécurité. Mais les conseils aux voyageurs émis par de nombreuses ambassades étrangères soulignent la nécessité de prendre des précautions bien précises.

L'ambassade suisse, par exemple, exhorte les femmes seules à voyager en groupe ou avec un guide reconnu. Sur son site internet, le département d'Etat américain demande aux femmes seules d'«observer de strictes règles de sécurité» et d'«éviter de voyager seules dans des taxis, en particulier la nuit».

Le ministère britannique des Affaires étrangères a réactualisé la semaine dernière son site internet en indiquant que «les voyageuses font souvent l'objet d'une attention non sollicitée sous forme verbale ou en étant harcelée physiquement par des hommes ou des groupes d'hommes».

«Les touristes devraient faire preuve de responsabilité»

Judith Jensen, reconnaissable de loin dans la foule à ses cheveux blonds, se souvient avoir passé des vacances insouciantes dans le sud de l'Inde il y a dix ans. Mais aujourd'hui, ce n'est plus du tout pareil. Son mari lui envoie des textos plusieurs fois par jour pour vérifier qu'elle est en sécurité.

«Il est évident que toutes ces histoires vont avoir un impact», estime-t-elle. «Les femmes vont préférer aller dans des endroits comme Singapour, Bali, ou la Thaïlande, où la sécurité n'est pas un si gros problème».

Au bureau de Delhi de l'Association indienne des voyagistes, le directeur exécutif Gour Kanjilal trouve injuste de dire que l'Inde est un pays dangereux. «Notre industrie est la première victime lorsque des étrangers sont visés par la criminalité, mais ce qui est raconté n'est pas toujours vrai», assure-t-il. «Les touristes devraient faire preuve de responsabilité. Ils devraient suivre ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire».

(afp)

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