Actualisé 12.06.2012 à 20:53

XénophobieLes Africains ont la vie dure à Donetsk

Le quotidien des gens de couleur est difficile en Ukraine. Respect et tolérance n'y sont pas les maîtres-mots.

de
Marc Fragnière, Donetsk
Le racisme dans et autour des stades ukrainiens est l'une des principales préoccupations de l'UEFA.

Le racisme dans et autour des stades ukrainiens est l'une des principales préoccupations de l'UEFA.

Rencontré sur le parvis d'un attrape-touristes de Donetsk lundi soir, un groupe d'étudiants nigérians a d'abord prudemment nié le témoignage de Tony*. Quelques heures plus tôt dans un bus bondé, leur compatriote avait brièvement relaté la condition dif­ficile des exilés africains en Donbass. La nuit avançant, le discours des jeunes a changé.

Il s'est calqué sur celui de Tony*: «Les Ukrainiens nous détestent.» John*, étudiant à l'Université de Donetsk, est le premier à briser le tabou devant quelques bières: «Cela fait quatre ans que j'étudie ici et il arrive encore que des camarades m'invectivent pour que je retourne chez moi.»

Est-il possible pour un Africain de se lier avec des étudiants locaux? «Honnêtement, je n'ai pas un seul ami du cru», reconnaît John*. «Les gens d'ici nous parlent mal. Ils nous crient constamment dessus. En ville, on sort toujours en groupe car on doit parfois se défendre», renchérit Steven*, en brandissant théâtralement un poing. «La situation est toutefois moins critique ici. A Kharkiv, des Blacks ont déjà été tués», rappellent les deux jeunes.

Bilingues anglais - russe (n.d.l.r: parler ukrainien est mal vu à Donetsk), les universitaires nigérians ont appris le russe et l'alphabet cyrillique à leur arrivée. Ils logent dans des hôtels réglés 700 dollars l'an par leurs parents. Ils ne reverront les leurs qu'une fois leur formation terminée. De retour au pays, ils feront partie de l'élite... Une finalité à laquelle Liz*, la seule fille du groupe, et ses compagnons se raccrochent.

* Noms connus de la rédaction

"Je ne peux jamais aller en boîte de nuit"

Vendeur dans un supermarché de Kharkiv, Emmanuel* réside dans la ville industrielle depuis plus de dix ans. Une décennie placée sous le signe de la vigilance. «Ce n’est pas évident d’être Noir ici. J’évite les problèmes avec prudence. Je ne vais pas en boîte de nuit et je ne sors pas le soir, je ne suis pas fou!» raconte, rieur, ce père de famille congolais, qui rêve tout haut de pouvoir un jour rejoindre l’Eldorado de l’espace Schengen.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!