Suisse: Les annonces de la BCE vont renforcer le franc
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SuisseLes annonces de la BCE vont renforcer le franc

Les rachats de dette massifs annoncés par la Banque centrale européenne (BCE) sont «une bonne surprise» pour les marchés, même si l'économie suisse «va au-devant d'une période pénible», selon des spécialistes.

Les experts helvétiques estiment que la zone euro a donné un signal favorable, qui devrait profiter à long terme à l'économie du pays et à ses exportations. «C'est plutôt une bonne surprise par rapport aux attentes du marché», a déclaré jeudi à l'ats Angelo Ranaldo, professeur de finance et de risque systémique à l'Université de Saint-Gall. La BCE a annoncé des rachats d'actifs de 60 milliards d'euros par mois entre mars 2015 et jusqu'à la fin septembre 2016.

Par «bonne surprise», M. Ranaldo entend l'offensive agressive de rachats de dettes, notamment souveraines, pour un volume nettement supérieur aux 600-650 milliards d'euros sur lesquels spéculaient les marchés jusqu'ici. L'expert prévoit une baisse des taux d'intérêt sur les obligations des Etats de l'union monétaire. Donc un euro affaibli par rapport au franc, du moins à court terme.

A plus long terme, ce scénario est le meilleur pour la Suisse, estime le Tessinois, qui figurait parmi les candidats latins au directoire de la Banque nationale suisse (BNS) pour succéder à Jean-Pierre Danthine. Car il signifie plus de demande pour les produits et services helvétiques mais aussi un système bancaire européen en meilleure forme. D'où une moindre pression sur la valeur refuge helvétique.

A double tranchant

«On va au-devant d'une période pénible pour l'économie suisse», nuance Andreas Höfert, chef économiste global d'UBS. Il avait déjà abaissé de 1,8% à 0,5% ses prévisions de croissance pour la Suisse cette année après l'abolition par la BNS du taux plancher jeudi dernier. Suite aux annonces de l'institut de Francfort, il maintient ce pronostic. L'inflation, elle, devrait tomber de 0,3% à -0,6% en 2015.

Les mesures annoncées par Mario Draghi sont à double tranchant, selon M. Höfert. Certes, elles raffermissent la devise helvétique. Mais à long terme, elles seront bénéfiques pour l'économie européenne, et donc aussi pour la Suisse.

«Il faudra être particulièrement attentif aux anticipations d'inflation, qui devraient encore baisser», souligne l'expert de l'établissement aux trois clés. D'ici à l'été, il n'exclut pas que M. Draghi étoffe davantage les volumes des rachats d'actifs.

Contactée, la BNS quant à elle ne s'exprime pas sur les décisions de la BCE. «De manière générale, elle s'abstient de commentaires des décisions d'autres banques centrales», a fait savoir Attilio Zanetti, responsable de l'analyse économique auprès de l'institut d'émission.

Gare à la balance commerciale

Pour Nannette Hechler-Fayd'herbe, responsable de la stratégie d'investissement de Credit Suisse, les plans de la BCE mettent aussi le franc sous pression. Et vont probablement forcer la BNS à intervenir à court terme sur les marchés des devises. Credit Suisse table sur un cours euro/franc de 1,08 à 12 mois.

A long terme, Mme Hechler-Fayd'herbe attend à une légère dépréciation du franc. L'économie helvétique souffre de la surévaluation de sa devise et les perspectives se détériorent, ce qui entraînera une certaine correction, selon la spécialiste.

Certes, la Suisse profitera de toute amélioration dans la zone euro, mais pour l'heure, une telle embellie est contrecarrée par un franc trop fort. «Il faut s'attendre à ce que les exportations stagnent, voire reculent dans certains secteurs. Les importations quant à elles risquent d'augmenter, entraînant une détérioration de la balance commerciale suisse», signale l'experte.

Pour rappel, depuis l'abandon du taux minimum, le numéro deux bancaire helvétique escompte un taux de croissance de 0,8% au lieu de 1,6%. Il table sur une inflation négative de -1,3% contre zéro auparavant. (ats)

L'euro s'enfonce face au dollar après l'annonce de la BCE

L'euro s'enfonçait face au dollar jeudi, après la confirmation par la Banque centrale européenne (BCE) d'un programme massif de rachats d'actifs afin de stimuler la reprise économique en zone euro. Vers 18h10, la monnaie unique européenne valait 1,1401 dollar, son niveau le plus faible depuis début novembre 2003, contre 1,1607 dollar mercredi vers 23h00. Quelques minutes avant l'annonce de la BCE jeudi, l'euro valait encore 1,1620 dollar. La devise européenne baissait également face à la monnaie nippone, à 134,50 yens - tombant même vers 17h10 à 134,33 yens, son niveau le plus faible depuis mi-octobre - contre 136,85 yens mercredi.

Par rapport au franc, l'euro reculait de 0,74% à 0,99 franc. Il est passé brièvement dans l'après-midi à 0,985 franc.

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