Actualisé 15.01.2016 à 10:24

Paris

Les apéros thérapeutiques des rescapés des attentats

Les attentats à Paris ont donné naissance à une communauté, les rescapés, qui se retrouvent lors d'«apéros thérapeutiques».

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23.06 Selon Le Soir, Salah Abdeslam a été retenu pendant 30 minutes par des gendarmes français, le 14 novembre. Ils n'avaient pas reçu d'informations concernant sa radicalisation.

23.06 Selon Le Soir, Salah Abdeslam a été retenu pendant 30 minutes par des gendarmes français, le 14 novembre. Ils n'avaient pas reçu d'informations concernant sa radicalisation.

BFM TV
16.06 Un lycéen de 17 ans raconte à BFM TV sa rencontre avec Salah Abdeslam, avec qui il a passé une partie de la nuit qui a suivi les attentats du 13 novembre 2015.

16.06 Un lycéen de 17 ans raconte à BFM TV sa rencontre avec Salah Abdeslam, avec qui il a passé une partie de la nuit qui a suivi les attentats du 13 novembre 2015.

Capture d'écran BFM TV

«T'étais où? T'es sorti par où? T'as perdu quelqu'un?» Quelques questions pour cerner l'interlocuteur. Les attentats du 13 novembre à Paris ont donné naissance à une nouvelle communauté, les rescapés, qui échangent sur les réseaux sociaux et se retrouvent lors d'«apéros thérapeutiques» pour partager l'indicible.

Mercredi soir, dans un pub parisien, les clients adossés au comptoir descendent des bières. Ici, on partage le goût du houblon et une expérience de la mort. Tous ont «vécu» le 13 novembre, quand 130 personnes ont été tuées par des commandos jihadistes. La majorité au Bataclan, même le barman.

Tous se sont connus par la page Facebook «Life for Paris», un groupe privé créé par une rescapée. Aujourd'hui, ils sont plus de 400. De la salle de concert du Bataclan, où 90 personnes ont été tuées, mais aussi «des terrasses» des cafés et «du stade» de France, des témoins ou des proches de victimes. Pour intégrer la communauté, il faut fournir un billet de concert, des photos, un certificat médical...

«On était dans le gaz, des zombies»

«On a commencé des «apéros thérapeutiques», explique Cédric Rey, 27 ans, qui se trouvait au Bataclan Café, jouxtant la salle de spectacle. Une thérapie improvisée autour de «ce lien»: «on était tous en enfer ce soir-là.»

Rechercher ceux qui étaient là, les reconnaître, les toucher, un besoin pour le jeune homme, notamment en retournant sur les lieux du crime. C'est là qu'il rencontre Nahomy Beuchet, 19 ans. «La première semaine, toutes les nuits, on allait ensemble au Bataclan, de 19 heures à 5 heures du matin. On allumait des bougies, on tournait en rond, on parlait avec les flics en faction. On était dans le gaz, des zombies.»

La blondinette se sentait «seule avant de connaître le groupe». A ses compagnons de malheur, Nahomy demande systématiquement s'ils étaient dans la fosse, «le pire endroit où être ce soir-là». Ses pairs l'ont aidée «rien que pour retracer chronologiquement ce qui s'est passé». Mais ce ne sera pas «suffisant»: «J'ai pris la décision de quitter Paris. Je vais commencer une nouvelle vie.»

«On est beaucoup à avoir coupé les ponts avec nos amis, notre entourage habituel. Certains nous disent: «Faut tourner la page.» Je les comprends, le temps passe. «Charlie Hebdo», j'ai vu ça comme spectateur», analyse Cédric.

«Tous dans une tranchée»

Rescapés, pas survivants. Pour Cédric, «survivant, ça nous remet dans la tronche qu'on a tous failli y passer ce soir-là». Et comme un discours d'ancien combattant: «J'ai l'impression qu'on était tous dans une tranchée. Après la guerre, tu retournes chez toi, mais tout ce que tu veux, c'est retrouver tes potes», ceux qui étaient dans la tranchée.

A chaque soirée – une par semaine environ –, des rires et des larmes, des «qui craquent». Des mains dans le dos, câlins collectifs. «Est-ce que je peux te serrer dans mes bras?» interrogent les nouveaux venus. «Y a de l'amour, du contact», confirme Catherine, 35 ans. «Mes amis, ma famille font ce qu'ils peuvent, mais ils sont maladroits, je ne peux pas leur en vouloir. Ils y étaient pas», lâche-t-elle. Il y a ceux qui parlent «le même langage», ceux «qui savent», ceux «qui comprennent». Et les autres.

«Tu as toujours peur quand tu racontes les détails aux proches, ils veulent savoir combien de sang...» confie Giulia, une étudiante italienne de 33 ans. «A eux, tu n'as même pas à dire comment tu te sens, ils le savent déjà.»

Naît un lien indéfectible: «Tous les jours, je me connecte à la page Facebook. Je suis devenue accro à ça. Ma psy me dit que je devrais prendre mes distances. Je ne peux pas passer à autre chose, c'est toute ma vie», reconnaît Catherine. D'autres se veulent plus modérés, tel Anthony, 36 ans, qui parle d'un «club des victimes»: «Je ne ressens pas un besoin viscéral de les voir, il y a une proximité naturelle, mais je passerai pas ma vie avec.»

Tous attendent avec impatience le 16 février, lorsque les Eagles of Death Metal remonteront sur scène à Paris, à l'Olympia, pour «finir» le concert. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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