Crise de la dette: Les banques européennes raniment la crise
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Crise de la detteLes banques européennes raniment la crise

Nouveau record absolu des dépôts des banques auprès de la Banque centrale européenne, placement sans gloire d'une émission obligataire allemande: la crise de la dette européenne repart de plus belle.

Ce retour de la frilosité était visible mercredi en Bourse: les places européennes ont terminé dans le rouge, avec des baisses de 0,89% à Francfort, 1,59% à Paris et 0,55% à Londres.

Wall Street n'était pas épargnée, ouvrant en recul de 0,22%, tandis que l'euro perdait du terrain face au dollar, passant brièvement sous les 1,29 dollar dans l'après-midi.

Premier motif d'inquiétude : les dépôts des banques de la zone euro auprès de la Banque centrale européenne (BCE) qui ont atteint un nouveau record entre mardi et mercredi à 453,18 milliards d'euros.

Bien que très faiblement rémunérés par la BCE, à 0,25%, ces dépôts au jour le jour volent de record en record depuis quelques semaines, témoignant de profonds dysfonctionnements du marché du prêt interbancaire. Le précédent record absolu avait été franchi entre le 27 et le 28 décembre (452 milliards d'euros).

Le marché des liquidités fonctionne en circuit fermé: la BCE prête massivement et généreusement aux banques, comme elle l'a fait en décembre en allouant 489 milliards d'euros sur 3 ans à 1%, mais les instituts de crédit préfèrent toujours déposer leurs surplus de liquidités auprès d'elle plutôt que de se prêter entre eux ou à l'économie réelle.

Les prêts d'urgence de la BCE sur 24 heures, dernier recours des banques peinant à se refinancer, se maintiennent également à des niveaux élevés: de mardi à mercredi ils ont représenté 15 milliards d'euros, non loin de leur plus haut niveau de juin 2009.

La confiance n'est pas au rendez-vous

«On voit que la confiance entre les banques n'est pas encore de retour, et que le marché interbancaire ne fonctionne toujours pas», a constaté pour l'AFP l'économiste de HSBC Trinkaus Stefan Schilbe. «En ce moment la plupart de l'argent (prêté par la BCE) revient, et ça ne va pas changer du jour au lendemain».

La Grèce constitue un autre sujet d'inquiétude alors que le pays espère conclure un accord avec ses banques créancières portant sur l'effacement de la moitié de sa dette publique d'ici à deux semaines.

Le Premier ministre grec Lucas Papademos a même brandi mercredi, à l'adresse des syndicats, la menace d'un «défaut (de paiement) incontrôlé» en cas d'absence d'accord sur la réduction des coûts du travail.

«Nous ne pouvons pas escompter que d'autres Etats de l'Union européenne et les organisations internationales continuent à soutenir financièrement un pays qui ne s'adapte pas à la réalité et ne traite pas ses problèmes», a-t-il prévenu.

La Grèce espère obtenir d'ici à février le versement d'une tranche de 89 milliards d'euros prévu par le nouveau plan d'aide mis en place par la zone euro fin octobre.

La crise persistante de la dette publique, la menace d'un abaissement général des notes souveraines en zone euro par les agences de notation financière, l'augmentation des besoins réglementaires des banques européennes en fonds propres et les inquiétudes sur la conjoncture en zone euro continuent de peser sur les marchés.

Bouclage de fin d'année

Cédric Tellier, économiste chez Natixis, a toutefois relativisé les dépôts record auprès de la BCE en rappelant que les banques les avaient multipliés en fin d'année pour des raisons de bouclage de bilan au 31 décembre, et que cet effet n'était que «progressivement en train de s'effacer».

Le fait que les banques retiennent leurs liquidités illustre toutefois également leur manque d'appétit pour les obligations souveraines de la zone euro.

Sur le front obligataire justement, l'Allemagne a placé avec succès mercredi des obligations à 10 ans, mais l'opération n'a pas déchaîné l'enthousiasme: l'émission a attiré 5,14 milliards d'euros d'offres, à peine plus que son objectif de départ de 5 milliards d'euros.

L'émission d'aujourd'hui «montre clairement que les opérateurs sont très prudents» y compris sur le segment de luxe du Bund à 10 ans, emprunt jugé extrêmement sûr, a déclaré Annalisa Piazza, économiste chez Newedge.

La France a besoin d'argent

La France va quant à elle essayer de lever jeudi entre sept et huit milliards d'euros à long terme.

La situation en Espagne était également scrutée: les taux obligataires montaient à nouveau, avec le taux à 10 ans qui se tendait mercredi à 5,380% (contre 5,254% la veille).

A la crise financière, s'ajoutent les sombres perspectives économiques pour l'Europe. La contraction de l'activité privée s'y est poursuivie en décembre, même si la tendance montre une légère amélioration par rapport aux deux mois précédents, selon une deuxième estimation de l'indice PMI des directeurs d'achats.

Dans ce contexte tendu, les consultations entre chefs d'Etat européens vont reprendre dans les prochains jours: la chancelière allemande Angela Merkel va recevoir le président français Nicolas Sarkozy à Berlin le 9 janvier, puis le Premier ministre italien Mario Monti le 11 janvier. (afp)

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