Les banques sont touchées mais pas vraiment menacées
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Les banques sont touchées mais pas vraiment menacées

Paris - Crise de liquidité, cours de Bourse en déroute, faillite de fonds: les banques font face à des «temps difficiles» en raison de la crise des prêts américains à risque (»subprime»).

Mais leur solidité n'est pas fondamentalement en danger, affirment les analystes.

«Nous attendons des temps difficiles», a averti l'agence de notation Standard and Poor's (SP) vendredi.

Pour autant, «l'exposition des banques européennes aux obligations liées aux prêts subprimes aux Etats-Unis et la volatilité actuelle sur les marchés ne devraient pas détériorer de manière significative» la solidité financière des banques européennes, ajoute-t-elle.

«Il n'y a pas de crise systémique», renchérit Cyril Regnat, stratège obligataire chez Natixis.

Mais il est «vraisemblable que les banques dans le monde voient leurs profits diminuer cette année, alors que les opérations de rachat par endettement», très lucratives pour les banques, vont diminuer, sans compter les pertes éventuelles sur les marchés de crédits immobiliers.

Les banques américaine Bear Stearns, allemande IKB, française Natixis, australienne Macquarie sont touchées, la britannique HSBC reconnaît approcher une «période d'incertitudes», sans toutefois avoir annoncé de pertes.

Et jeudi, l'annonce par BNP Paribas qu'elle gelait trois fonds exposés à la crise du subprime a fait plonger les marchés européens, américains et la place de Hong Kong, tandis que les titres financiers dévissaient. Une débacle qui s'est poursuivie vendredi.

Pourtant, aucune grande banque ne semble menacée de faillite ou d'insolvabilité.

«Le marché du subprime ne représente que 13% des encours de crédits habitat» aux Etats-Unis et «les banques américaines ont des fonds propres confortables», explique Laurent Quignon, spécialiste de l'économie bancaire chez BNP Paribas.

Olivier Gasnier, économiste chez Société Générale, remarque que les valeurs financières pourraient d'ailleurs rebondir fortement en Bourse «si dans quelques jours on se rend compte qu'il y a pas de rapport entre les pertes sur les marchés et la situation des banques».

Le problème est ailleurs. Les banques ont souvent sorti de leur bilan leurs créances liées aux subprimes en les «titrisant», c'est- à-dire en émettant des obligations risquées et à fort rendement.

Beaucoup ont été souscrites par des «hedge funds». Des incertitudes demeurent donc sur l'exposition de ces fonds spéculatifs, qui pèsent lourd sur les marchés financiers et sont de gros emprunteurs bancaires.

Ces inconnues ont rendu les investisseurs extrêmement nerveux. Ils vendent massivement les titres liés au secteur financier et se replient sur des valeurs sûres comme les obligations, tandis que les titres plus risqués ne trouvent plus preneur.

D'où une attrition de la liquidité et une augmentation des coûts de financement pour les banques.

Pour pallier une crise de liquidité, la Banque centrale européenne (BCE) est intervenue massivement jeudi et vendredi, injectant près de 156 milliards d'euros sur le marché monétaire, un record. La Réserve fédérale a suivi, à quatre reprises en deux jours avec 62 milliards de dollars).

L'ampleur de ces interventions, destinées à calmer les marchés, a paradoxalement inquiété certains investisseurs, qui y ont vu un signe que la situation est peut-être plus grave qu'elle ne le paraît.

Ils retiennent aujourd'hui leur souffle. Comme le remarque Morgan Stanley, «cela pourrait prendre des semaines avant de connaître la véritable ampleur du problème. Entre-temps, les banques centrales pourraient être amenées à réinjecter des liquidités». Voire à assouplir leur politique monétaire.

Les économistes s'attendent en tout cas à des implications négatives dans le reste de la sphère économique, même si elles ne devraient pas être «dramatiques», conclut l'UBS.

(ats)

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