Les bars à oxygène pointent leur nez en France
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Les bars à oxygène pointent leur nez en France

Les bars à oxygène, censés redonner tonus et vitalité aux citadins fatigués et stressés, commencent à pointer leur nez en France.

Ils suscitent interrogations et mises en garde du côté des autorités de santé.

Le premier bar à oxygène a été créé en 1996 à Toronto, au Canada, par une ancienne patineuse. L'utilisation récréative de ce gaz a ensuite gagné la Californie, Las Vegas, Tokyo mais aussi Mexico, ville très polluée. Il existe aussi des bars à oxygène en Italie, en Grande-Bretagne et dans quelques villes françaises.

L'idée consiste à faire inhaler au consommateur de l'oxygène à 95 % alors que le taux de ce gaz dans l'air ambiant tourne autour de 21 %, mais peut descendre en dessous lors des pics de pollution.

Huiles essentielles

L'oxygène, provenant d'un générateur, est envoyé dans des flacons de verre où barbotent divers cocktails d'huiles essentielles diluées dans une eau colorée.

Le client inhale le mélange à l'aide d'un humoir, d'une canule nasale ou encore d'un tuyau de chicha, pendant au moins dix minutes pour que cela fasse de l'effet, explique à l'AFP Jean-Guillaume Laurent, chargé d'affaires pour la société Colian, qui commercialise ces appareils en France.

«C'est le premier shoot légal!», a proclamé le publicitaire Jacques Séguéla, en inaugurant cette semaine «le premier bar à oxygène parisien» installé dans l'institut de beauté de son épouse, à deux pas des Champs-Elysées.

Effet psychologique

«C'est anti-fatigue, anti-stress», s'enthousiasme-t-il en faisant découvrir à ses invités le bar aux flacons baptisés de noms évocateurs (Volupté, Tentation, Prince d'Orient, Extase, Nirvana...).

«Pas mal», commente avec sobriété le ministre du Travail Xavier Bertrand. «Ca a l'air formidable! Je vais tester 'fantasme'», lance l'ancien ministre de l'Education Luc Ferry. Le socialiste Jack Lang apprécie «les couleurs vives» mais pense que cela a surtout «un effet psychologique».

«Ca dégage le nez», constate de façon plus plus prosaïque une jeune femme.

Risques pour les poumons

L'émergence de ces bars n'a pas échappé aux autorités françaises. Celles-ci se montrent plutôt perplexes car à partir d'une concentration de 99,5 % l'oxygène devient clairement un médicament, réservé à l'usage médical, pour traiter les insuffisances respiratoires.

Interrogée par l'AFP, l'Agence française du médicament indique avoir «entamé une réflexion sur les bars à oxygène». «On se pose des questions. S'agit-il ou non d'un produit de santé?», souligne Marie-Laurence Gourlay, du département bon usage des produits de santé de l'Agence.

«On sait qu'à certaines concentrations (au delà de 99,5 %) et sur de longues durées d'exposition (à partir de 6 heures), l'oxygène peut présenter des risques pour les poumons et le système nerveux central», indique-t-elle.

Dans un bar à oxygène, la durée suggérée est de 10 à 20 minutes environ.

Risques pour les personnes allergiques

De même les huiles essentielles ne sont pas forcément sans risque, souligne Mme Gourlay. Tout dépend de la nature de l'essence, de sa concentration et de la voie d'administration.

L'Agence entend aussi se montrer «vigilante» sur les allégations santé de ces bars. Certains cocktails se vantent de diminuer les maux de tête, d'autres de lutter contre le rhume.

L'agence américaine des médicaments se dit également réservée à l'égard de ces bars, notamment pour les personnes allergiques. (ats)

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