Les «bayrouistes», objet de convoitise pour l'UMP et le PS
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Les «bayrouistes», objet de convoitise pour l'UMP et le PS

Fort de son score au premier tour, François Bayrou, et surtout ses 6,8 millions d'électeurs, était l'objet lundi de toutes les attentions du PS comme de l'UMP.

L'intéressé doit dévoiler mercredi sa position pour le second tour, alors qu'une réunion à huis clos des parlementaires UDF est prévue mardi après-midi.

L'enjeu est de taille pour la socialiste Ségolène Royal, qui, ne pouvant compter que sur peu de réserves de voix à l'extrême gauche, pourrait être tentée de briser le dogme de «l'union de la gauche» posé en 1971 par François Mitterrand. Celui-ci avait alors fait le choix d'une alliance avec le Parti communiste plutôt qu'avec le centre.

L'ancien Premier ministre Michel Rocard a d'ailleurs regretté lundi qu'»un désistement réciproque pré-organisé avec François Bayrou» n'ait pas eu lieu comme il l'avait souhaité avant le premier tour. «Le rassemblement est d'abord fondé sur la gauche», a rétorqué le Premier secrétaire du PS François Hollande. Avant tout, «c'est vers les électeurs qu'il faut se tourner».

A droite, les ténors de l'UMP s'efforçaient de ramener les élus et l'électorat traditionnel de l'UDF dans la famille de la droite. «Nous avons depuis des décennies une longue habitude de travail avec l'UDF», a rappelé l'ancien Premier ministre Alain Juppé. «Beaucoup d'électrices et d'électeurs de l'UDF, de responsables ont envie de continuer ce travail en commun».

La porte de Nicolas Sarkozy est «naturellement ouverte», a assuré Brice Hortefeux, alors que François Fillon notait que «beaucoup d'électeurs de François Bayrou sont historiquement, idéologiquement, politiquement proches du projet de Nicolas Sarkozy». Le ministre de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo, ancien UDF rallié à l'UMP, est allé jusqu'à juger «nécessaire» une présence «massive» de ministres UDF dans le gouvernement.

Malgré ces appels du pied, une consigne de vote de François Bayrou pour le second tour parait peu probable, après une campagne passée à renvoyer dos à dos l'UMP et le PS. «Je ne reviendrai pas en arrière», a-t-il prévenu dimanche soir.

Une prise de position semble d'autant moins envisageable que son nouveau socle électoral est profondément divisé: selon un sondage CSA-Cisco réalisé après l'annonce des résultats du premier tour, 45% de ses électeurs voteraient pour Ségolène Royal contre 39% pour Nicolas Sarkozy. Selon un autre sondage IFOP-Fiducial, ils voteraient à 54% pour Nicolas Sarkozy et 46% pour Ségolène Royal.

Le prochain défi à relever pour François Bayrou s'annonce donc compliqué: faire exister son nouveau courant au Parlement en franchissant l'obstacle des législatives de juin. Dans cette perspective, il devrait annoncer mercredi la création d'un nouveau parti et présenter des candidats dans chacune des 577 circonscriptions. L'UDF compte pour l'heure 29 députés et 33 sénateurs, pour certains déjà ralliés à Nicolas Sarkozy.

Reste à savoir si ses électeurs et ses parlementaires le suivront: alors que les premiers pourraient bien revenir dans leur famille d'origine lors des législatives, les seconds sont déjà la cible d'une opération de débauchage confiée aux anciens UDF ralliés à l'UMP comme Gilles de Robien. Dans l'entourage de celui-ci, on affichait lundi l'objectif de ramener les deux tiers des élus UDF dans le giron de l'UMP.

Nicolas Sarkozy ne veut pas pour autant tuer l'UDF: «je ne crois pas au parti unique à droite», a-t-il expliqué lundi à son état-major de campagne selon un député qui participait à la réunion. «On ne veut pas leur mettre un pistolet sur la tempe», résumait cet élu. Car si une quinzaine de députés centristes pourraient perdre leur siège en juin face à un adversaire UMP, 70 députés sarkozystes seraient aussi menacés par la présence d'un candidat UDF dans leur circonscription, selon une estimation de l'UMP...

L'opération de débauchage est en tout cas déjà lancée: dès lundi soir, le sénateur de la Somme Daniel Dubois et les députés Francis Hillmeyer (Haut-Rhin) et Michel Hunault (Loire-Atlantique), tous centristes, devaient assister au meeting de Nicolas Sarkozy à Dijon. Le temps des turbulences a commencé pour l'UDF. (ap)

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