05.11.2020 à 06:58

AllemagneLes Berlinois disent «adieu» à l’aéroport de Tegel

L’aéroport international de Tegel, cher aux Berlinois, ferme définitivement dimanche. Retour sur cet aéroport chargé d’histoire.

Conçu à l’origine pour transporter 2,5 millions de passagers par an, Tegel-TXL voit ses compteurs s’affoler après la réunification, dépassant les 20 millions de voyageurs en 2014.

Conçu à l’origine pour transporter 2,5 millions de passagers par an, Tegel-TXL voit ses compteurs s’affoler après la réunification, dépassant les 20 millions de voyageurs en 2014.

AFP/archive

Un dernier vol vers Paris, et le rideau va tomber pour de bon: l’aéroport international de Tegel, cher aux Berlinois, ferme dimanche, une semaine après le coup d’envoi enfin réussi de son remplaçant au sud-est de la capitale.

Cinq choses à savoir sur ce lieu chargé d’histoire, qui fut une porte vers la liberté pour de nombreux Allemands encerclés par le Mur pendant la guerre froide.

90 jours

C’est le temps qu’il a fallu en 1948 pour construire la piste de quelque 2.400 mètres – considérée comme la plus longue en Europe à l’époque – en plein blocus de la ville par les Soviétiques.

Depuis juin, les Alliés ravitaillent les habitants via un pont aérien vers l’aéroport de Tempelhof, dans le secteur américain, et Gatow en zone britannique, mais cela ne suffit pas.

Ils décident de créer une nouvelle piste au nord-ouest, à Tegel, dans le secteur français. Les travaux débutent le 5 août: jusqu’à 19’000 Berlinois ont défriché le terrain à coups de pelles et de pioches, travaillant jour et nuit sur le chantier aux côtés des Alliés. Le 5 novembre, un premier avion américain C-54 Skymaster atterrit sur la piste avec, dans ses soutes, huit tonnes de fromages.

«Drive in»

Au fil des années, Tegel se transforme en aéroport civil. Air France est la première compagnie à mettre en place des vols réguliers en 1960. Dans les années 1970, Tegel a achevé sa mue en aéroport international, doté d’un emblématique terminal en forme d’hexagone.

Il est le premier aéroport «drive in» au monde. Les voitures ou taxis peuvent s’arrêter directement devant les portes d’embarquement, réduisant à une vingtaine de mètres le parcours entre l’arrivée et la montée dans l’avion. En 1988, il est baptisé du nom d’un pionnier de l’aviation Otto Lilienthal.

Autre avantage: un emplacement aux portes de la ville, à trente minutes du centre de la capitale.

Aéroport politique

En 1963, le président américain John Kennedy y atterrit. C’est lors de cette visite historique en soutien à la ville divisée qu’il prononcera sa phrase célèbre: «ich bin ein Berliner». Jusqu’à la chute du Mur, pour tous les transfuges de l’ex-RDA qui ont réussi à rejoindre Berlin-Ouest, Tegel représente une porte vers le monde, vers la liberté.

En 1992, l’ancien homme fort de la RDA Erich Honecker est expulsé de Russie où il s’était réfugié. C’est à Tegel qu’il arrive le 29 juillet. Après l’abandon de son procès, il retrouvera l’aéroport en janvier 1993 et s’envolera, pour de bon cette fois, vers le Chili.

Chaos

Conçu à l’origine pour transporter 2,5 millions de passagers par an, Tegel-TXL voit ses compteurs s’affoler après la réunification, dépassant les 20 millions de voyageurs en 2014.

Conçu comme un bijou d’efficacité, l’aéroport finit par être saturé, marqué par les retards en série des vols, les pertes de bagages, le manque d’hygiène de ses toilettes.

Malgré tout, une majorité de Berlinois se prononcent en faveur de son maintien lors d’un référendum en 2017, alors que la construction du nouvel aéroport international est en cours depuis plusieurs années. Le retard exceptionnel autour de ce grand chantier a donné neuf années de sursis à Tegel, resté ouvert plus longtemps que prévu.

«Crève cœur»

Avec la crise du coronavirus, qui a plongé le secteur aérien dans la plus grave crise de son histoire, son maintien a encore moins lieu d’être: «je sais que ce sera un crève cœur pour beaucoup de gens quand Tegel va fermer», a déclaré le maire de Berlin Michael Müller. «Mais cet aéroport n’a pas d’avenir».

Air France fera décoller un ultime vol vers Paris dimanche en début d’après-midi.

Fermé en 2008, Tempelhof, l’ancien aéroport fétiche des Nazis est devenu un immense parc où les Berlinois viennent piqueniquer ou faire du sport.

A Tegel, c’est tout un nouveau quartier qui doit émerger, selon la municipalité de Berlin, avec des logements pour plus de 10’000 personnes, et les infrastructures correspondantes -magasins, écoles, crèches. Le terminal hexagonal, classé aux monuments historiques, abritera lui un centre de développement urbain de l’Université des sciences appliquées Beuth.

(AFP/NXP)

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