Pass Covid – Les boîtes font le plein, mais certains n’y remettront plus les pieds

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Pass CovidLes boîtes font le plein, mais certains n’y remettront plus les pieds

La Suisse vit son premier week-end au régime du pass Covid et des tests payants. Si les clubs ne semblent pas avoir constaté de baisse de fréquentation, certains fêtards ont changé de vie par refus de la stratégie vaccinale.

par
Pauline Rumpf
Malgré une frange de la population hostile au pass sanitaire, la plupart des clubs n’ont pas désempli le jeudi 14 octobre.

Malgré une frange de la population hostile au pass sanitaire, la plupart des clubs n’ont pas désempli le jeudi 14 octobre.

TAMEDIA AG / photo d’illustration

«On me dit que je n’aime plus faire la fête. C’est faux, j’adore ça. Mais je refuse de rentrer dans ce jeu, alors tant pis pour les clubs.» Michaël est catégorique: «Si ça ne tenait qu’à moi je me ferais vacciner, mais je ne veux pas donner raison à ces décisions, ni me faire tester alors que je suis en parfaite santé.» A 25 ans, pour respecter ses valeurs, il a donc fait le choix d’une vie «bien moins spontanée, où on ne peut plus aller boire un verre sur un coup de tête ni aller danser» en suivant le feeling de la soirée, commencée généralement dans un salon.

Il n’est pas le seul à avoir opté pour un boycott de la vie nocturne. «Je sortais facilement, raconte Arnaud, 21 ans. Mais je ne suis pas retourné en boîte depuis l’introduction du pass. La plupart de mes potes se payent régulièrement un test, mais je ne les suis pas. De temps en temps on se fait une terrasse, mais avec ce froid ça ne va pas durer.» Pour éviter la «prise de tête» que représente l’organisation d’une soirée avec des profils vaccinaux différents, le Genevois s’est rabattu sur les films et les bouquins, et s’est inscrit au collège du soir.

«Je pourrais me faire vacciner si on cessait de nous obliger»

Le gouffre entre vaccinés et non vaccinés risque donc de continuer à grandir, non seulement dans les conversations, mais aussi désormais dans les moments activités. «Ça m’a clairement coupé de certains amis, raconte Alysia, 21 ans. Ils sont quasiment tous vaccinés, donc certains restaient dehors avec moi, mais d’autres non.» «Il m’est déjà arrivé d’être la seule à rester dehors parce qu’il faisait trop froid et que mes amis rentraient au chaud, renchérit Aline*, 26 ans. C’est aussi assez dur de renoncer à des anniversaires, par exemple. Mais on s’adapte, on commande des restos à la maison avec bougies et musique, ou on fait des soirées privées.»

Comme d’autres, la Lausannoise admet qu’une partie d’elle-même pourrait envisager de se faire vacciner, «mais pas tant qu’on tente de m’y obliger. Donc seulement si le pass est aboli. Il y a aussi une part de fierté à réussir à tenir tête et respecter ses propres valeurs, rester cohérente avec moi-même et ne pas céder à cette pression malsaine.»

* prénom d’emprunt

Baisse anecdotique pour les clubs

Après un premier jeudredi prometteur, les clubs ne constatent pour l’instant que peu de manque à gagner du côté de leur clientèle. «Ce jeudi 14 octobre était complet, précise Thierry Wegmuller, patron du D! à Lausanne. Bon, c’était une soirée d’étudiants en médecine, beaucoup sont vaccinés, ce n’est peut être pas très représentatif. Et c’est encore très tôt pour tirer un bilan.»

Au MAD, la soirée a connu une belle affluence, mais la boîte lausannoise constate quand même une légère baisse, par rapport à la semaine dernière. «Nos tables sont complètes tout le week-end, mais en semaine on remarque que la fréquentation n’est pas tout à fait la même», précise Igor Blaska, copropriétaire du club. Le DJ ajoute toutefois que la proportion de jeunes vaccinés a visiblement augmenté depuis un mois dans le public, par rapport à ceux qui arrivent avec un test négatif. Le MAD a par ailleurs mis en place un rabais sur les tests proposés à la place de l’Europe pour ceux qui disposent de la carte de membre de la boîte.

Le pass pourrait tomber d’ici les fêtes

Plusieurs voix du côté politique émettent l’idée que, si les chiffres restent bas, le pass sanitaire pourrait cesser d’être exigé d’ici la fin de l’année. Interrogés par la RTS, la ministre vaudoise de la santé, Rebecca Ruiz, et son homologue bernois, Pierre Alain Schnegg, estiment qu’il est inutile de le maintenir tant que les hôpitaux ne sont pas sous pression. Actuellement, le Conseil fédéral juge pour sa part qu’il s’agit d’une mesure de précaution nécessaire.

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