Soudans: Les bombardements continuent

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SoudansLes bombardements continuent

L'aviation soudanaise a continué à bombarder le territoire sud-soudanais le week-end dernier, en quatre points de la frontière entre les deux Soudans.

L'armée du Soudan a pilonné les positions du Sud ce week-end.

L'armée du Soudan a pilonné les positions du Sud ce week-end.

«Il y a eu des bombardement à Pu Sud ce week-end, accuse l'armée de Jubaanakuach,» où quatre bombes ont été larguées près du poste-avancé de l'armée sud-soudanaise, a affirmé lundi le porte-parole de l'armée sud-soudanaise, Philip Aguer.

Les forces soudanaises et sud-soudanaises s'affrontent depuis des semaines dans cette zone frontalière et contestée, qui sépare les Etats soudanais du Kordofan-Sud et sud-soudanais d'Unité et abrite un important champ pétrolier (Heglig).

A d'autres endroits de la frontière commune -- toujours pas démarquée neuf mois après l'accession à l'indépendance du Soudan du Sud -- des combats au sol ont aussi encore eu lieu, a précisé M. Aguer.

«Il y a eu des combats à Wedakona, dans l'Etat (sud-soudanais) du Haut-Nil, contre des milices soutenues par Khartoum,» a-t-il indiqué. Selon lui, ces affrontements se poursuivaient lundi.

Accusations mutuelles

Khartoum et Juba s'accusent mutuellement de soutien à des groupes rebelles. La question est, avec la démarcation de la frontière et le partage des ressources pétrolières du Soudan d'avant partition, au coeur des tensions qui empoisonnent les relations des deux parties depuis la sécession.

La situation s'est récemment tellement envenimée que la communauté internationale craint une nouvelle guerre entre les deux voisins. Avant des accords de paix signés en 2005, qui ont ouvert la voie à la partition du pays, le Nord et le Sud se sont livré des décennies de guerre civile qui ont fait des millions de morts.

Dimanche, le président soudanais, Omar el-Béchir, a déclaré l'état d'urgence dans les Etats frontaliers du Kordofan-Sud, du Nil Blanc et de Sennar.

Réfugiés en augmentation

Le nombre des réfugiés affamés fuyant les combats au Kordofan-Sud, dans le sud du Soudan, a brusquement augmenté ces dernières semaines, a rapporté lundi le Bureau des Nations unies pour la coordination des Affaires humanitaires (OCHA). De son côté, la Russie a estimé des sanctions possibles contre les deux Soudans.

En moyenne en avril, 234 personnes ont franchi chaque jour la frontière du Soudan du Sud, pour la plupart en direction du camp de réfugiés de Yida, contre 84 par jour en février et mars, selon le bulletin hebdomadaire de l'OCHA.

Au Kordofan-Sud et au Nil Bleu, un autre Etat soudanais frontalier, des combats opposent depuis l'été dernier l'armée soudanaise à des groupes rebelles qui s'étaient battus au côté des Sudistes pendant la guerre civile (1983-2005) ayant abouti à la partition du pays en juillet 2011.

En avril, ces combats ont aussi impliqué l'armée sud-soudanaise, qui a occupé pendant 10 jours la zone pétrolière de Heglig au Kordofan-Sud.

Munitions

Selon l'OCHA, les nouveaux arrivants expliquent être partis en raison «de pénuries alimentaires, d'inquiétudes sur la possibilité de rejoindre Yida à l'approche de la saison des pluies (imminente, NDLR) et des combats intenses dans leur région d'origine».

Certains «ont dit aux organisations humanitaires qu'ils avaient subsisté de plantes sauvages parce qu'ils n'avaient pas pu semer à cause des combats et parce que l'approvisionnement en denrées alimentaires était limité», ajoute le bulletin.

L'OCHA rappelle aussi le danger des mines et des munitions non- explosées dans cette région, évoquant sans préciser de date le cas de trois enfants tués à Kadougli, capitale du Kordofan-Sud, par l'une de ces munitions qu'ils venaient de trouver.

3 tués

Les bombardements de l'armée et affrontements entre soldats et combattants du SPLM-N, branche Nord de l'ancienne rébellion sudiste, se poursuivent.

Une femme et ses deux enfants ont été tués vendredi dans le bombardement d'un village près d'Umm Durain, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Kadougli, a dénoncé lundi le porte-parole du SPLM-N, Arnu Ngutulu Lodi, rappelant que ce type de bombardements aveugles empêchaient de cultiver les champs.

L'armée soudanaise a démenti le bombardement, évoquant en revanche une opération militaire ayant permis de déloger les rebelles qui avaient pris position autour de Talodi, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est d'Umm Durain.

114 000 déplacés évoqués

M. Lodi a de son côté dit que les rebelles avaient repoussé vendredi près de Talodi une attaque de l'armée soudanaise et que des soldats de Khartoum avaient été tués.

A l'issue d'entretiens à Moscou avec son homologue soudanais, Ali Karti, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a lui indiqué que le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait prendre des sanctions contre les deux Soudans si les combats devaient se poursuivre.

Selon l'ONU, 114 000 Soudanais ayant fui les combats au Kordofan- Sud et au Nil Bleu sont actuellement réfugiés au Soudan du Sud. (afp)

Des sanctions de l'ONU contre les deux Soudans sont possibles

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a indiqué lundi que le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait prendre des sanctions contre les deux Soudans si les combats devaient se poursuivre.

A l'issue d'entretiens à Moscou avec son homologue soudanais, Ali Karti, M. Lavrov a déclaré que Karthoum était prêt à respecter une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies le 12 avril, exigeant du Soudan et du Soudan du Sud qu'ils «cessent les combats totalement, immédiatement et sans conditions».

Mais si les deux parties ne mettent pas fin aux hostilités, le Conseil de sécurité pourrait examiner des mesures supplémentaires incluant des sanctions économiques dans un projet de résolution déposé par les Etats-Unis, a ajouté le chef de la diplomatie russe.

Le projet de résolution de l'ONU dit que «le Conseil de sécurité va examiner les agissements des deux parties et qu'il pourrait discuter d'éventuelles mesures supplémentaires» dans l'hypothèse où les engagements ne sont pas tenus, a souligné M. Lavrov.

«Je le répète, il ne s'agit pas d'une décision automatique, mais seulement d'une intention dépendant de la manière dont la résolution (de l'ONU) est appliquée», a-t-il ajouté.

Membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie a l'intention de s'assurer que le projet de résolution est «équilibré», laissant l'Union africaine se charger de la médiation en vue de mettre fin aux combats entre les deux Soudans, a précisé M. Lavrov.

La Russie a livré des armes au Soudan avant que les Nations unies n'imposent un embargo en 2005 en raison des combats dans la région du Darfour, et Moscou a également des intérêts pétroliers dans ce pays.

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