24.03.2020 à 20:07

Paris sportifs

Les bookmakers perdent gros

Une fois n'est pas coutume, ce sont les sites de paris en ligne qui sont perdants, ces temps-ci. La crise du nouveau coronavirus va laisser des traces.

de
Robin Carrel
En Espagne non plus, on ne peut plus miser sur du foot...

En Espagne non plus, on ne peut plus miser sur du foot...

Keystone/AP/Paul White

Chez Sporttip, on ne fait aucun mystère. A peine vous connectez-vous sur celui-ci que le texte «En raison du COVID 19, très peu d'événements sportifs ont actuellement lieu dans le monde. L'offre de paris est donc considérablement réduite. Nous vous remercions de votre compréhension» apparaît en grand sur votre écran. Il faut dire que pour pouvoir assouvir son vice de parier sur du football actuellement, il faut vraiment le vouloir…

Sur le site suisse, pour parier en direct, il n'y a rien. Aujourd'hui, mardi? Rien… Demain? Non plus. «Forcément, comme c'est calme, on a enregistré une grosse baisse des mises, affirme au bout du fil Willy Messmer, porte-parole de Swisslos. Il n'y a pas de sport, donc…»

Sur sa plate-forme, les prochaines échéances sur lesquelles perdre de l'argent sont fixées à vendredi et les chocs de Vysshaya Liga biélorusse entre le Torpedo-Belaz Jodino et le Belchina Bobrouïsk (16 heures) ainsi que l'affrontement qui va opposer le FC Ruh Brest et le BGU Minsk sur le coup des 18 heures. Autre refuge des parieurs, le championnat australien a fermé ses portes lundi à minuit.

200'000 euros

On a bien essayé de contacter un joueur évoluant au Belarus pour lui demander ce que ça faisait d'être ainsi sous les feux des projecteurs, mais son club lui a ordonné de ne pas répondre aux médias occidentaux. Il faut dire que le pays dirigé par Alexander Lukashenko n'est pas surnommé la «dernière dictature d'Europe» pour rien… On y annonce seulement 81 cas de coronavirus ce mardi, 22 personnes guéries et aucun décès.

En France, les quatorze sites internet agréés par l'ARJEL, l'autorité des jeux dans l'Hexagone, font également grise mine. Le seul site Winamax enregistrait habituellement 13,5 miliions d'euros de paris en une semaine (3,5 du lundi au vendredi, 5 le samedi et autant le dimanche). Un match tel que Marseille-Paris SG, qui devait se jouer dimanche, attirait près d'un million de mises à lui tout seul. Tout a été divisé par cinq depuis le début de la crise.

Certains parieurs sont à un tel point en manque que des rencontres du championnat biélorusse ont attiré des paris à hauteur de 200'000 euros la rencontre. L'équivalent d'un vilain Angers-Amiens ou Reims-Strasbourg! Ceux qui voulaient absolument parier sur quelque chose sont allés jusqu'à placer leur argent sur du foot australien (Australian Rules) voire même le rugby à XIII de là-bas. Pas de quoi toutefois compenser les pertes. La Française des Jeux s'attend à laisser 120 millions d'euros dans l'affaire.

Discipline nationale

En Grande-Bretagne, où les paris sportifs sont presque une discipline nationale, le coup est rude également. La firme William Hill (1,8 milliards de Livres Sterling de chiffres d'affaires en 2019) s'attend à laisser entre 100 et 120 mios £ en route. Pire, les courses de chevaux sont elles aussi à l'arrêt et elle a annoncé une perte supplémentaire de 30 mios £. La mise moyenne sur cette plate-forme est tombée de 192 pences à 50 en quelques jours.

Alors pour que les parieurs puissent assouvir leur vice, certains sites vont chercher très loin sur quoi fixer des cotes. Boylesports, par exemple, permet de miser de l'argent sur des compétitions virtuelles. Dimanche dernier, lors du «Grand Prix virtuel de Bahreïn», cette firme a enregistré à cette occasion une «augmentation modeste des mises».

Sur certains sites comme Unibet ou Betfair, des matches de foot et de rugby, des courses de vélo ou de chevaux virtuels y sont organisés depuis quelques jours, mais cela ressemble plus à une loterie qu'à une vraie compétition. Beaucoup de joueurs invétérés se sont de toute façon déjà tournés depuis bien longtemps vers le poker en ligne, notamment. Pour certains, c'est toujours ça de p(a)ris.

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!