Justice (GE): Les braqueurs de Thônex durement condamnés
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Justice (GE)Les braqueurs de Thônex durement condamnés

Deux accusés ont avoué, mais le troisième continuait de nier. Sans preuves mais avec de très nombreux indices, le Tribunal a aussi jugé ce dernier coupable. Son avocat fera appel.

par
Jérôme Faas
Les trois jeunes gens ont été condamnés pour le braquage du change du 154 route de Genève, "La Tabagie", à Thônex, le 8 mars 2013.

Les trois jeunes gens ont été condamnés pour le braquage du change du 154 route de Genève, "La Tabagie", à Thônex, le 8 mars 2013.

«Cela suffit maintenant, ça fait bien trop longtemps que vous tirez sur la corde!» C'est par ces mots que la juge Isabelle Cuendet a conclu, ce vendredi midi, la lecture des peines infligées aux prévenus. Les trois jeunes gens, des délinquants multirécidivistes âgés de 21 et 22 ans, ont été reconnus coupables de brigandage pour avoir violemment braqué, le 8 mars 2013, le kiosque et bureau de change «La Tabagie», situé à la route de Genève, à Thônex. Ils écopent respectivement de trois ans de prison dont 24 mois avec sursis, de cinq ans ferme et de cinq ans et demi ferme. Par ailleurs, leurs sursis antérieurs sont révoqués.

Témoin oculaire jamais entendu

Pour les deux premiers, l'affaire était entendue: ils admettaient les faits, tout en taisant le nom du troisième complice. Le dernier, en revanche, niait. Aucune preuve matérielle n'avait été apportée pour confirmer les très lourds soupçons qui pesaient sur lui. Plus encore: un témoin oculaire susceptible de le disculper n'a jamais été entendu par la police. Le Tribunal correctionnel a néanmoins décidé que les «nombreux éléments qui forgent un réseau d'indices» suffisaient pour l'enfermer durablement.

Plusieurs indices à charge

Et la juge d'égrener les indices en question: des traces d'ADN sur la voiture utilisée pour le braquage et sur un déodorant retrouvé à proximité; le fait que ses supposés complices, s'ils ne l'accusent pas, ne le disculpent pas non plus; le fait qu'il ait été vu dans un hôtel avec l'un d'eux quelques heures après les faits; un voyage en Espagne entrepris le lendemain du braquage assimilé à une cavale; le fait que sa mère se soit excusée au bureau de change; enfin, une lettre d'un des condamnés écrite depuis Champ-Dollon dans laquelle il explique que «le troisième» a été arrêté en Espagne («je l'avais lu dans les journaux», arguera-t-il).

Presque sept ans de prison

Ces très nombreux indices l'envoient donc presque sept ans en prison, en tenant compte des sursis qui tombent. Son avocat, Me Nicola Meier, annonce d'ores et déjà sa volonté de faire appel, jugeant que, faute de preuves matérielles, la présomption d'innocence de son client a été bafouée.

«Un très mauvais signal» donné par la Justice

C'est entendu, toutes les apparences sont contre lui. Mais «c'est un très mauvais signal que donne le Tribunal, estime-t-il. Nous allons demander l'audition de la source qui pourrait disculper mon client. Qu'elle n'ait pas été interrogée est inquiétant: nous allons arriver à un moment où la défense elle-même devra faire l'instruction, comme aux Etats-Unis, alors que le Code pénal stipule clairement que c'est au Ministère public d'instruire avec un soin égal les circonstances à charge et à décharge. Nous risquons d'aboutir à des erreurs judiciaires.»

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