Actualisé 21.07.2015 à 18:21

BurundiLes Burundais boudent l'élection présidentielle

Violences et participation en berne: le président burundais Pierre Nkurunziza s'acheminait mardi vers un 3e mandat. Les critiques internationales n'ont pas manqué.

Le scrutin ne semble pas avoir mobilisé les foules.

Le scrutin ne semble pas avoir mobilisé les foules.

Le dépouillement des bulletins avait débuté en fin d'après-midi dans l'essentiel des bureaux de vote, sans qu'aucune date n'ait été donnée pour la proclamation des résultats. Au total, quelque 3,8 millions de Burundais étaient appelés aux urnes mardi.

Le scrutin s'est ouvert dans un contexte délétère. A Bujumbura, un policier a été tué dans la nuit de lundi à mardi par l'explosion d'une grenade et un civil est décédé dans des circonstances indéterminées. Selon un cadre du Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD), un parti d'opposition, il s'agirait d'un membre de cette formation dans la province de Gitega (centre). Ce dernier avait quitté cette région après avoir reçu des menaces.

Le président Pierre Nkurunziza s'est rendu aux urnes dans son village natal de Buye. Décontracté, ce fan de ballon rond et protestant «born again» prosélyte a voté vêtu d'un jogging bleu orné de l'écusson de son équipe de football, après être arrivé à vélo.

A Bujumbura comme en province, la mobilisation pour ce scrutin restait en règle générale inférieure à celle des élections législatives du 29 juin, selon l'estimation d'un responsable de la Commission électorale provinciale indépendante à Gitega, une province plutôt favorable au président sortant Nkurunziza.

Les électeurs boudent

Dans la capitale, la mobilisation demeurait très faible comme dans le quartier de Musaga (sud), où de nombreux habitants passaient ostensiblement devant les bureaux de vote, sans s'y arrêter. «Je ne vais pas voter, je n'accepte pas ces élections, je n'accepte pas le troisième mandat», a ainsi expliqué un habitant.

Dans d'autres bureaux, les gens effaçaient l'encre de leur doigt, telle une tache infamante, à la sortie de l'isoloir par peur de représailles de la part d'opposants appelant au boycott. «Je ne veux pas retourner dans mon quartier avec de l'encre sur le doigt», confiait une électrice dans le quartier de Gihosha, au nord-est de la capitale.

Mascarade et simulacre

L'opposition dénie le droit à M. Nkurunziza (élu en 2005 et en 2010) de briguer un nouveau mandat. Elle dénonce un «simulacre d'élection», dont elle a demandé sans succès le report. La candidature de M. Nkurunziza a d'ailleurs plongé depuis fin avril le pays dans une profonde crise politique, émaillée de violences.

Après la large victoire sans surprise du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, aux législatives de fin juin, déjà boycottées par l'opposition, une victoire finale mardi de M. Nkurunziza ne faisait aucun doute, selon les observateurs.

En face se présentaient trois candidats issus de petites formations réputées alliées au pouvoir, en plus du principal opposant à M. Nkurunziza, Agathon Rwasa, qui n'a pas retiré officiellement sa candidature, mais conteste à l'avance la légitimité du scrutin.

Les trois autres candidats enregistrés - Jean Minani, président du parti Frodebu-Nanyuki (opposition), et les deux ex-chefs de l'Etat Domitien Ndayizeye et Sylvestre Ntibantunganya, tous opposés à un troisième mandat de M. Nkurunziza, se sont retirés, dénonçant «une mascarade» et un scrutin qui n'est «pas aux normes internationales».

Vote biaisé

Au niveau international, les critiques n'ont pas manqué mardi. «Malgré un pluralisme de façade, il s'agit d'une élection à un seul candidat dont les Burundais connaissent déjà l'issue», a commenté Thierry Vircoulon, de l'International Crisis Group.

Les Etats-Unis estiment, eux, que cette présidentielle n'est pas «crédible», selon John Kirby, porte-parole du département d'Etat.

Didier Reynders, le chef de la diplomatie belge, a pour sa part «regretté» l'organisation du scrutin et rappelé que la Belgique allait «réexaminer sa coopération» avec son ancienne colonie. (ats)

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