Procès en appel: Les cadres de l'UDC sont bel et bien coupables
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Procès en appelLes cadres de l'UDC sont bel et bien coupables

Le secrétaire général de l'UDC et sa suppléante ont été condamnés en appel par la Cour suprême du canton de Berne à cause d'une affiche datant de 2011 mettant en cause les Kosovars.

Le secrétaire général de l'UDC Martin Baltisser et sa suppléante Silvia Bär.

Le secrétaire général de l'UDC Martin Baltisser et sa suppléante Silvia Bär.

photo: Keystone

Pour la justice bernoise, l'affiche UDC qui thématisait en 2011 l'agression d'un Suisse par des Kosovars constitue bien un cas de discrimination raciale.

Le secrétaire général de l'UDC Martin Baltisser et sa suppléante Silvia Bär ont été condamnés en appel mardi.

La Cour suprême du canton de Berne a toutefois réduit leur peine de 60 à 45 jours-amendes avec sursis. Les deux cadres du parti, qui avaient plaidé l'acquittement il y a une semaine, avaient été condamnés en première instance en avril 2015.

Après un premier appel du jugement prononcé par le Tribunal régional de Berne-Mittelland, où ils avaient invoqué la liberté d'expression, un nouveau recours est aujourd'hui envisagé. «Selon nous, il ferait sens de soumettre une telle décision au jugement du Tribunal fédéral», a indiqué mardi M. Baltisser devant les médias, estimant que l'UDC devrait porter le cas devant l'instance suprême.

En cause dans cette affaire: une affiche qui thématisait l'agression subie par un lutteur, candidat sur les listes UDC au Grand Conseil bernois, en 2011 à Interlaken (BE). Elle avait pour titre «Kosovaren schlitzen Schweizer auf!», que l'on peut traduire par «des Kosovars poignardent des Suisses!» ou «les Kosovars poignardent les Suisses!».

C'est la version allemande qui a posé problème. En français, le titre disait: «Des Kosovars poignardent un Suisse!». Justement, «selon nous, l'affiche dépeignait un cas concret, soit l'attaque d'un lutteur à Interlaken», se sont défendus en vain les deux cadres de l'UDC devant le juge mardi.

«Tous dans le même sac»

«Pour nous, il y a eu généralisation du cas», a rétorqué le président du tribunal Andreas Weber dans ses considérants. «Tout a été mis dans le même sac. Tous les Kosovars sont des égorgeurs, on ne peut pas le comprendre autrement.»

L'UDC s'était appuyée sur cet exemple pour exiger l'application de l'initiative sur l'expulsion des étrangers criminels et faire signer celle sur l'immigration de masse.

D'après le président du tribunal, le parti a ainsi rabaissé une ethnie qui compte environ 150'000 membres en Suisse. Le sous-titre «Das sind die Folgen der unkontrollierten Masseneinwanderung», soit «Les suites de l'immigration de masse incontrôlée», est d'ailleurs à cet égard explicite, a-t-il souligné. C'est pourquoi les cadres de l'UDC ne peuvent pas invoquer la liberté d'expression.

Traducteurs plus modérés

Selon la Cour suprême du canton de Berne, le fait que les traductions française et italienne de l'affiche n'aient jamais été considérées comme problématiques ne change rien à la culpabilité de M. Baltisser et Mme Bär. «Les traducteurs ont tout simplement tempéré la dureté de la version allemande», selon Andreas Weber.

De langue maternelle allemande et de surcroît spécialistes en communication, les deux cadres savaient très bien comment serait perçu un tel titre par le lecteur lambda, a-t-il encore ajouté. Sans compter que la défense a elle-même admis l'ambiguïté du titre.

L'agression à Interlaken s'était déroulée sur la terrasse d'un restaurant, en août 2011. La victime avait été grièvement blessée par un Kosovar qui avait failli l'égorger avec un couteau. La police avait arrêté deux frères. L'un avait été libéré peu après et l'autre condamné à sept ans de prison pour tentative d'homicide intentionnel.

L'affiche controversée avait été placardée fin 2011. Deux Kosovars avaient déposé plainte pour discrimination raciale à la fois contre les responsables de la publication et contre l'UDC suisse. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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