Criminalité économique: Les cadres les mieux payés en veulent toujours plus
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Criminalité économiqueLes cadres les mieux payés en veulent toujours plus

A l'aune des fraudes économiques, la Suisse se place, avec une vingtaine de cas, au 3e rang. Le criminel en col blanc type est un cadre masculin entre 46 et 55 ans, selon une étude de KPMG.

Dans près de deux cas sur trois (64%), le fraudeur cherche l'enrichissement personnel pour financer son style de vie.

Dans près de deux cas sur trois (64%), le fraudeur cherche l'enrichissement personnel pour financer son style de vie.

photo: Keystone

En Suisse, plus d'un criminel économique sur deux (55%) est un cadre. L'auteur typique de telles infractions est un homme, âgé entre 46 et 55 ans, opérant souvent en groupe. Dans près de deux cas sur trois, le coupable provient de l'entreprise même, révèle une enquête de KPMG.

Ses motifs? Dans 64% des cas recensés en Suisse, le fraudeur cherche l'enrichissement personnel pour financer son style de vie, démontre l'étude du cabinet d'audit présentée mardi à Zurich. La cupidité ou le sentiment de facilité motivent près d'un acte sur cinq.

Vingtaine d'infractions examinées

Dans le pays, l'étude a examiné une vingtaine d'infractions relevant de la criminalité économique, a précisé Philippe Fleury, responsable de ce domaine chez KPMG Suisse. Au total, l'enquête a passé au crible 750 délits, dont il a eu connaissance entre mars 2013 et août 2015, dans 78 pays.

Globalement, deux fraudeurs sur trois s'avèrent être des managers. Un tiers d'entre eux sont des cadres moyens. Et l'autre tiers, carrément des membres de la direction générale. «Les cadres qui gagnent le plus en veulent encore davantage», constate M. Fleury.

Les données à l'international démontrent que le fautif type est une personne en général bien considérée, même sympathique, âgée entre 36 et 55 ans, souvent au faîte de sa carrière. Dans cette tranche d'âge, elle jouit souvent d'une position élevée, ce qui lui permet de contourner plus facilement les contrôles internes.

Contrôles défaillants

Pour 64% des auteurs, les faibles contrôles à l'interne constituent d'ailleurs une sérieuse incitation, s'inquiète KPMG. Même là où les systèmes anti-fraudes ont été renforcés, ils ont été contournés dans 16% des cas. En fait, 44% des fraudeurs n'étaient soumis à aucune surveillance et avaient les mains libres, selon Philippe Fleury. Il s'agit de membres de la direction haut placés, sur lesquels les contrôles sont «quasi inexistants».

Le potentiel d'abus augmente aussi avec le progrès technologique, selon KPMG. Près d'un quart (24%) des délits recensés ont été favorisés par les nouveaux outils. En Suisse, 27% des actes perpétrés via la technologie concernaient par exemple des e-mails frauduleux. Dans 9% des cas, il y a eu abus de droits d'accès à des systèmes informatiques.

Lorsqu'une entreprise se trouve en difficulté, le risque de fraude augmente aussi, constate Philippe Fleury. Ainsi, un bon tiers des infractions économiques visaient à «atteindre les objectifs» ou «cacher des pertes», soit pour sauver la firme, soit son poste, soit son bonus.

En groupe

Les risques de corruption ou de collusion augmentent aussi avec l'externalisation. Si dans 65% des dossiers le coupable travaillait au sein même de l'entreprise, une personne externe était partie prenante dans 61% des cas. Et les affaires de collusion impliquant plus de 5 personnes ont bondi à 20% l'an dernier.

L'enquête rompt avec le cliché selon lequel les nouveaux collaborateurs sont plus susceptibles de commettre une fraude. Dans les faits, 36% des cas en Suisse (et 38% globalement) sont commis par un collaborateur avec 6 années ou plus de service, qui connaît bien la firme de l'intérieur.

Reflet de la représentation inégale des genres aux étages de direction, 82% des auteurs en Suisse sont des hommes (79% à l'international). Ou alors, explication plus optimiste, les femmes au travail sont plus honnêtes - ou plus malignes, nuance M. Fleury.

Depuis la première enquête réalisée en 2010, la part des fraudeuses a certes augmenté à 17% (13% en 2010). Mais leur profil diffère sensiblement de leurs collègues masculins. Ainsi, il s'agit le plus souvent de simples collaboratrices, actives dans les finances, qui passent plutôt seules à l'action et sont souvent endettées.

Dénonciations en hausse

Lors de sa première enquête de 2010, KPMG avait examiné 348 affaires. Trois ans plus tard, leur nombre était passé à 596. Pour autant, Philippe Fleury ne peut pas parler de recrudescence. En revanche, les firmes lésées sont devenues plus intolérantes et dénoncent plus facilement les forfaits dont elles ont été victimes.

Dans 44% des cas, des dénonciations ou réclamations ont permis de mettre à jour l'escroquerie, 22% ont été démasquées grâce à des enquêtes de la direction générale. Les systèmes de lanceurs d'alerte ont permis d'en détecter 20%. Le hasard en a révélé 14%, soit davantage que l'audit externe (6%).

Quant à la nature des fautes, 47% concernaient un détournement de fortune. Dans 22% des affaires, il s'agissait d'un rapport financier falsifié. Pour 27% des cas, le coût pour l'entreprise dépassait le million de dollars. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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