Brexit: Les camions se sont aisément pliés aux formulaires douaniers
Publié

BrexitLes camions se sont aisément pliés aux formulaires douaniers

Les premières centaines de poids lourds ont traversé la Manche sans encombre, malgré le rétablissement des formalités douanières. Les passagers de l’Eurostar s’adaptent aussi.

Des camions partent du port de Calais, dans le nord de la France, en Grande-Bretagne, le 1er janvier 2021, le jour où la période de transition du Brexit se termine et que la Grande-Bretagne quitte le marché unique et l’union douanière de l'Union européenne.

Des camions partent du port de Calais, dans le nord de la France, en Grande-Bretagne, le 1er janvier 2021, le jour où la période de transition du Brexit se termine et que la Grande-Bretagne quitte le marché unique et l’union douanière de l'Union européenne.

AFP

Près de 200 camions ont emprunté le tunnel sous la Manche «sans aucun problème» dans la nuit de jeudi à vendredi, après la sortie du Royaume-Uni du marché unique européen et le rétablissement des formalités douanières, a indiqué la direction de Getlink, exploitant du tunnel.

Après une pause du trafic maritime pour le réveillon, un premier ferry venu du Royaume-Uni après son divorce d’avec l’Union européenne a aussi accosté au port français de Calais à 10h15 locales.

Le «Pride of Kent» de la compagnie P&O Ferries, a déversé 36 camions, dont trois ont dû subir des contrôles supplémentaires, les autres étant autorisés à poursuivre leur route. «Les outils informatiques ont parfaitement fonctionné», s’est réjoui Jean Michel Thillier, directeur interrégional des Douanes. «Ce sont trois ans de travail qui voient leur concrétisation» avec «un système informatique complètement nouveau», et «de gros aménagements en termes d’infrastructures».

Pour l’Eurotunnel, le trafic a été «soutenu pour une nuit exceptionnelle et historique, tout s’est bien passé», a indiqué à l’AFP un porte-parole du groupe Getlink. «Tous les camions avaient bien rempli les formalités» désormais imposées par le Brexit, «il n’y a pas eu de rejet de camions», a-t-il précisé.

Autoroute à Douvres fermée

Coté britannique, au pied des falaises blanches de Douvres, le flot des ferries dans ce port britannique, désormais l’une des principales portes d’entrées de l’UE pour le Royaume-Uni, s’écoulait vendredi sans anicroche malgré les nouvelles formalités.

Les services concernés «ont eu largement le temps de se préparer» pour que les marchandises continuent à circuler sans encombre malgré la sortie du Royaume-Uni du marché commun européen et de l’union douanière, observe Alan Leigh, un habitant de la ville voisine de Folkestone, venu profiter de la première matinée de l’année sur les falaises qui surplombent le port.

La police britannique a fermé des tronçons de la principale autoroute pour Douvres, la M20, dans le cadre de leur plan de gestion du trafic des camions en direction du port du sud-est de l’Angleterre.

«Pit stop» pour camion

Côté français, les nouvelles formalités sont entrées en vigueur dès minuit, avec l’arrivée sur le «pit stop» – point de contrôle des camions en partance pour le Royaume-Uni – d’un premier poids lourd venant de Roumanie, transportant courrier et colis.

En plus des habituels contrôles de sécurité et de sûreté, des agents ont scanné devant la presse sa plaque d’immatriculation. «Je suis très heureux, c’est un privilège pour moi», a déclaré son chauffeur, Toma Moise, 62 ans, avant que la maire de Calais, Natacha Bouchart, n’appuie symboliquement sur le bouton autorisant son départ.

«C’est un moment historique (…) c’est 48 ans de retour en arrière avec des conséquences pour lesquelles nous n’avons pas encore tous les contours», a-t-elle déclaré à l’AFP. La première navette ferroviaire en provenance du Royaume-Uni a ensuite débarqué sans encombre son premier lot de camions.

Formalités dans les deux sens

Les entreprises doivent désormais se soumettre à des formalités dans les deux sens, et déclarer aux douanes françaises leurs marchandises, en amont sur internet, via le système informatique baptisé «frontière intelligente».

Sur la base de ces déclarations et d’une analyse de risques faite pendant la traversée, les transporteurs se voient décerner soit un feu vert leur permettant de continuer leur route, soit un feu orange, pour les arrêter et les mettre en conformité.

Le président du port de Calais, Jean-Marc Puissesseau, s’était dit jeudi «serein» pour la gestion du trafic, «parce que depuis maintenant trois ans, nous avons pu parfaire ce que nous avions préparé» pour amortir le Brexit.

Aujourd’hui, 70% des échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l’UE passent par les ports français de Calais et Dunkerque. En moyenne, 60’000 passagers et 12’000 camions y transitent quotidiennement

Contrôles douaniers pour les passagers des trains

Une drôle de surprise attendait vendredi à Paris les passagers de l’Eurostar en provenance de Londres à leur arrivée sur les quais de la gare du Nord: les premiers contrôles douaniers sur les marchandises, une des conséquences du Brexit devenu définitif depuis minuit.

«Dans les premières journées du Brexit, il y aura énormément de pédagogie, d’explications. On va progressivement accoutumer les voyageurs à ces services et ces contrôles», explique à l’AFP le directeur interrégional des douanes Ile-de-France (région parisienne), Jean-Roald L’Hermitte.

Si l’accord commercial conclu in extremis entre Londres et Bruxelles ne prévoit ni quota ni droits de douane et évite un «no deal» dévastateur, le bouleversement est réel. La libre circulation permettant aux marchandises et aux personnes de passer sans entrave la frontière est révolue.

Ainsi, depuis le 1er janvier, les voyageurs arrivant du Royaume-Uni pourront être soumis à des contrôles en quantité sur l’alcool et le tabac et en valeur pour les autres marchandises. «Mais ces contrôles ne provoqueront pas de ralentissement majeur des flux», assure Jean-Roald L’Hermitte en précisant qu’ils ne viseront pas chaque voyageur.

Les passagers qui rentrent avec de la marchandise et de la nourriture à hauteur de 300 euros doivent payer des taxes. La viande, le lait et les produits laitiers seront proscrits, à quelques exceptions près. Les fleurs, fruits, légumes et plantes seront eux soumis à un contrôle phytosanitaire à leur entrée dans l’UE.

Les résidents britanniques au départ de Paris pourront quant à eux bénéficier de la détaxe des marchandises achetées dans l’Union européenne (UE), avec le remboursement de la TVA sur leurs achats excédant le seuil de 100 euros.

(AFP/fro)

Ton opinion