Comptes 2014: Les cantons lémaniques tirent leur épingle du jeu
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Comptes 2014Les cantons lémaniques tirent leur épingle du jeu

Les comptes cantonaux 2014 débouchent sur un résultat d'ensemble contrasté.

Contrairement à son homologue genevois Serge Dal Busco, le conseiller d'Etat vaudois en charge des finances Pascal Broulis a pu se montrer satisfait de l'exercice 2014.

Contrairement à son homologue genevois Serge Dal Busco, le conseiller d'Etat vaudois en charge des finances Pascal Broulis a pu se montrer satisfait de l'exercice 2014.

La somme des déficits atteint 717 millions de francs, sensiblement plus qu'en 2013, mais moins qu'en 2012. Les excédents sont plus hauts que ces dernières années, avec 522 millions. Et onze cantons sont dans le rouge face à douze dans le noir.

Deux cantons de plus avaient bouclé dans le rouge en 2013. Et le total des bénéfices s'était révélé moins élevé les deux années précédentes: 424 millions en 2013 et 363 en 2012.

Les chiffres 2014 reflètent les comptes de 23 cantons, selon une enquête menée par l'ats. Manquent Bâle-Campagne, Neuchâtel et Schwyz, qui ont déjà annoncé des déficits.

Quatorze cantons font mieux que ce qu'ils avaient budgété. En revanche, les résultats sont moins bons qu'escomptés pour VS, AG, AR, OW, SO, ZH, ZG comme Fribourg et Vaud, même si ces deux derniers restent dans les chiffres noirs.

Sur les six cantons romands, Fribourg et Jura renouent avec les chiffres noirs tandis que le Valais et Neuchâtel (dont les comptes seront publiés plus tard) enregistrent un déficit. Vaud et Genève continuent d'engranger de bons résultats.

«Le cycle conjoncturel n'est pas toujours synchronisé entre la Suisse romande et la Suisse alémanique, a dit à l'ats Peter Hegglin, président de la Conférence des directeurs cantonaux des finances. Vaud et Genève profitent toujours du boom économique de la région lémanique. En revanche, les cantons romands s'en sortent moins bien avec leur caisse de pension.»

Le Jura quitte les déficits

Le canton du Jura fait mieux après deux exercices déficitaires. Les comptes 2014 bouclent sur un bénéfice de 500'000 francs alors que le budget tablait sur un déficit de 5,5 millions de francs. L'amélioration repose avant tout sur le produit de l'amnistie fiscale.

Ce bénéfice est d'autant plus réjouissant que la BNS n'a pas versé l'année dernière des excédents aux cantons, ce qui s'est traduit pour le Jura par une baisse des rentrées fiscales de l'ordre de 5,9 millions de francs. Comme à Fribourg, ces bons résultats ne remettent toutefois pas en question le programme d'économie.

Le canton de Fribourg a pu dégager un bénéfice de 200'000 francs en 2014, notamment grâce à son programme d'économies. En 2013, le canton avait subi un déficit de 900'000 francs, son premier en douze ans.

Le canton de Vaud continue de sortir du lot. Pour la dixième fois consécutive, les comptes 2014 se soldent par un excédent (800'000 francs). En revanche le rythme de croissance des charges préoccupe alors que les revenus d'impôts stagnent. Et la dette remonte après neuf exercices baissiers, passant de 475 à 575 millions.

Genève fait la moue. Ses comptes affichent un petit excédent de 6 millions de francs. Vu la bonne conjoncture économique dans le canton en 2014 et une rentrée extraordinaire de 415 millions grâce à un riche contribuable, ce résultat «à peine à l'équilibre» ne satisfait pas le Conseil d'Etat.

Point faible

De plus, la dette du canton a progressé de 600 millions pour atteindre 13,39 milliards à la fin de l'année. Avec une moyenne annuelle de 12,7 milliards, le seuil pour enclencher le frein à l'endettement (13,3 milliards) est tout près.

Le Valais continue, lui, à boire la soupe à la grimace pour la deuxième année consécutive après des années de chiffres dans le noir et une absence de dette jusqu'en 2012. Alors que le canton misait sur l'équilibre, son déficit atteint 83,9 millions de francs. En cours d'année, il a même cru que celui-ci allait franchir la barre des 100 millions.

BNS contestée

La Banque nationale suisse (BNS) est aussi «une préoccupation», a déclaré Pascal Broulis, partisan de la création d'un fonds souverain pour la Suisse, au moment de la présentation des comptes. Que le canton ait dû payer en février 84'000 francs en raison des intérêts négatifs lui reste en travers de la gorge.

«Faudra-t-il que nous devenions notre propre banquier, faudra-t-il créer une agence bancaire cantonale?», s'est-il interrogé. «C'est aberrant».

Le canton de Berne comme celui du Valais cherchent une solution pour échapper aux distributions aléatoires de la BNS. Berne entend créer un fonds qui serait utilisé pour compenser les fluctuations. Ce lissage donnerait une certaine marge de manoeuvre aux cantons pour planifier des allègements fiscaux suite à la réforme des entreprises III par exemple.

Si les comptes 2014 sont relativement bons, l'environnement politique inquiète visiblement beaucoup. L'endettement en UE et à l'international comme la fin du taux plancher sont quelques-uns des éléments qui créent une certaine incertitude.

Sans oublier la 3e réforme de l'imposition des entreprises, «la plus importante restructuration du système fiscal dans les dernières décennies», selon Peter Hegglin. Reste que la Suisse s'en sort plutôt bien en termes d'endettement comme dans la qualité des infrastructures ou dans l'éducation: des raisons d'être optimistes, selon le Zougois. (ats)

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