Actualisé 05.05.2011 à 17:36

NucléaireLes centrales suisses ont des failles

Aucune centrale nucléaire ne doit être débranchée mais toutes présentent des points faibles dans le stockage des combustibles, constate l'IFSN.

Malgré des failles en cas de séisme et d'inondation, les centrales nucléaires suisses n'ont pas à être débranchées à l'heure actuelle, affirme l'IFSN. Mais les délais pour remédier à leurs faiblesses sont courts. La tâche s'annonce particulièrement ardue pour le site de Mühleberg (BE).

Les défauts découverts par l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) dans les cinq centrales suisses ne représentent pas un «danger immédiat» pour la population, estime l'instance dans son rapport présenté jeudi à Brugg (AG). Ce constat se base sur les contrôles effectués après la catastrophe nucléaire de Fukushima en tenant compte des enseignements tirés des événements japonais.

L'IFSN avait demandé aux exploitants des centrales de vérifier l'alimentation en eau de refroidissement, les piscines de stockage des assemblages combustibles et leur refroidissement en cas de séisme ou d'inondation. Elle a analysé le mois dernier les résultats de ces recherches.

Stockage et refroidissement

Conclusion: les centrales présentent des faiblesses dans le stockage et le refroidissement des assemblages combustibles. Le cas de Mühleberg est le plus problématique. En cas d'urgence, le site bernois ne présente aucune alternative valable au prélèvement de l'eau de refroidissement dans l'Aar, a déclaré aux médias Hans Wanner, directeur de l'IFSN.

L'alimentation en fluide caloporteur du système d'urgence, proposée par les exploitants de Mühleberg, n'est pas une solution aux yeux des spécialistes. Le système de refroidissement de la piscine des assemblages combustibles est en outre «insuffisamment protégé contre les séismes et les inondations».

Les mesures d'urgence pour rétablir le refroidissement en cas de tremblement de terre sont donc «incomplètes». Ce constat vaut aussi pour le site argovien de Beznau (I et II), où le système de refroidissement de la piscine présente les mêmes lacunes.

Les centrales de Leibstadt (AG) et Gösgen (SO) réalisent de meilleures notes. Leurs failles se limitent à des problèmes d'indication du niveau et de la température de la piscine de stockage des assemblages combustibles.

Ainsi, ces niveaux sont certes indiqués à la salle de commande principale des deux sites. Mais les indications ne sont «pas sûres» en cas d'accident et n'apparaissent pas au poste de commande d'urgence.

Solutions jusqu'au 31 août

Les exploitants des centrales ont jusqu'au 31 août pour présenter des mesures permettant de remédier à ces manques. Elles doivent aussi apporter des preuves supplémentaires de la sécurité des piscines de stockage des assemblages combustibles, ainsi que de leur protection contre les explosions d'hydrogène.

Une mesure immédiate avait déjà été exigée en mars dernier: jusqu'au 1er juin, les centrales doivent être équipées d'un dépôt externe où sera entreposé un équipement d'urgence en toute sécurité. Jusqu'au 30 juin prochain en outre, l'IFSN exige que les centrales apportent la preuve de la maîtrise d'une crue extrême survenant une fois tous les 10'000 ans.

D'ici au 31 mars 2012, les exploitants devront prouver qu'ils peuvent faire face à un séisme survenant une fois tous les 10'000 ans ainsi qu'à un séisme combiné à la rupture de barrages dans les environs. Cette exigence concerne surtout Mühleberg.

Les délais imposés par l'IFSN sont «très serrés», reconnaît Hans Wanner. Ils ont été raccourcis après la catastrophe de Fukushima. Pour Mühleberg, l'opération est d'autant plus difficile que les mesures à entreprendre en si peu de temps sont «très lourdes».

Tests européens

Outre les questions de résistance aux catastrophes naturelles, les problèmes bien connus de fissures du manteau du réacteur de Mühleberg font l'objet d'une analyse séparée. L'IFSN étudie actuellement le concept de sécurisation du manteau, que les exploitants ont présenté fin 2010.

Les exploitants des centrales suisses auront en outre à se soumettre au «test de stress» de l'Union européenne. Ils devront rendre compte de leurs résultats d'ici la mi-septembre prochain. (ats)

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