08.03.2020 à 07:23

FranceLes «chasseurs de pédophiles» se multiplient

Depuis plusieurs mois dans toute la France, des centaines d'internautes collaborent pour piéger des «pédocriminels» en créant de faux comptes sur les réseaux sociaux.

iStock/Image d'illustration

Autour d'une table, Kasta, Shiva et Calliope*, la trentaine, font un point sur les dernières avancées de leur équipe. Baptisée «Eunomie», elle regroupe une trentaine de personnes. Son but? «Piéger des pédocriminels» sur internet en créant de faux profils de mineurs sur les réseaux sociaux, pour ensuite les dénoncer à la police. En France, ils sont désormais des centaines à «chasser» dans tout le pays. Une pratique qui embarrasse les forces de l'ordre.

«Des photos de sexe en moins de 5 minutes»

«On crée le faux profil, ensuite on le fait vivre, les demandes d'amis viennent toutes seules, les premiers messages c'est eux qui les envoient», raconte Shiva, «geek», et père de trois enfants, qu'il dit vouloir les protéger de ce «danger», de plus en plus présent sur internet, selon lui. «Et bien souvent en moins de cinq minutes, on a des photos de sexe, et des propos sexuels».

En décembre, il crée le profil d'une adolescente de 13 ans. Au bout de cinq minutes, un internaute commence une discussion: «est-ce que tu peux me montrer ta culotte? en échange je te montrerai mon sexe». En dépit des réponses effrayées de la prétendue ado - «sa me fait peur» - l'internaute continue et envoie des photos de son sexe.

«Malgré les preuves», la police ne peut rien faire

«C'est de la pêche, on attend, on tend un filet», explique Shiva, qui passe plus de 10 heures par jour à «traquer». Leur méthode est précise: ne jamais inciter ou relancer. Toutes les conversations sont archivées pour être transmises à la justice. Aujourd'hui, «quatorze dossiers sont prêts à être déposés en gendarmerie» et une dizaine l'ont déjà été, indique Calliope, victime de viols répétés durant son enfance.

Malgré ces «preuves, à chaque fois, nous sommes repartis de la gendarmerie avec nos dossiers sous le bras, sans aucune plainte enregistrée», regrette cette mère de famille. «Chaque enquêteur qui travaille sous pseudonyme doit suivre une formation et avoir une habilitation bien précise, tout le monde ne peut pas évoluer sous couverture», affirme Jérôme Duhamel l'adjudant du centre de lutte contre les criminalités numériques de la gendarmerie française. «Ce n'est pas qu'on ne veut pas de leur aide, mais c'est que malheureusement on ne peut pas l'accepter», conclut-il.

«La Team Moore»

«Chevaliers blancs», «justiciers», «intercepteurs» ou «chasseurs de pédophiles»... Ces citoyens ont tous suivi l'exemple de Steven Moore, un habitant de l'île française de la Réunion qui a lancé le mouvement en créant la «Team Moore» il y a un an. «Ce qu'on fait, ça peut changer la donne, la peur peut changer de camp car si demain on remet 120 personnes à la justice, un paquet de mecs dans ce pays vont commencer à réfléchir», assure à l'AFP ce père de famille.

En France, faire des propositions de nature sexuelle à un mineur de moins de quinze ans est passible de deux ans d'emprisonnement et de cinq ans de prison en cas de rencontre physique. Selon les dernières statistiques datant de 2016, 400 personnes sont condamnées chaque année pour détention d'images pédopornographiques.

*Noms connus de la rédaction (afp)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!