Actualisé 02.04.2020 à 09:56

Football

Les clubs ont dû changer de ton dans leur comm'

«On y réfléchit à deux fois avant de faire une blague». En Espagne et en Italie, les deux pays les plus endeuillés par le coronavirus, les clubs ont dû adapter leur communication sur les réseaux sociaux.

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Sport-Center/afp
La Roma était à la pointe de la communication moderne.

La Roma était à la pointe de la communication moderne.

Keystone

«Vu la situation, une part importante de notre contenu concerne les messages de sensibilisation. Nous essayons de faire comprendre aux gens qu'ils doivent rester chez eux, en utilisant le pouvoir de nos canaux de diffusion et l'image des clubs», résume André Taboada, community manager du Celta Vigo, interrogé par l'AFP.

En Espagne, les derniers matches de Liga ont été disputés le 8 mars. Moins d'un mois plus tard, le pays compte près de 10'000 morts du Covid-19, une barre macabre précédemment franchie par l'Italie. Dans ces conditions, la communication sur les réseaux sociaux s'est faite plus sérieuse, laissant au second plan l'humour et le chambrage qui sont en temps normal l'ordinaire des community managers (CM).

«Ce qu'on essaie de faire, c'est de raccrocher à l'actualité des publications que, d'habitude, on aurait publié comme ça, de manière sèche. Le ton de nos comptes reste le même, mais oui, on réfléchit avant de faire une vanne», reconnaît André Taboada.

Puissance 4

Le raisonnement a été le même à l'AS Rome, l'un des clubs les plus innovants et les plus en pointe d'Europe sur les réseaux sociaux. «En tant que club italien, nous avons constaté avant les autres l'impact dévastateur du Covid-19 et ça a influé sur notre ton et notre approche», a expliqué à l'AFP Paul Rogers, responsable de la stratégie internationale et de la communication du club, qui profite depuis l'été dernier de chaque annonce de transfert pour attirer l'attention sur des cas d'enfants disparus.

«Je me souviens de Twitter le premier week-end sans matches en Europe. C'était comme si certains CM géraient ça comme une trêve internationale. Des clubs anglais ou allemands jouaient au Morpion ou à Puissance 4 , mais ça nous semblait impossible de participer. L'Italie était en état de choc, des personnes âgées mouraient seules à l'hôpital et le nombre de malades augmentait à un rythme inquiétant. Pour nous, ça n'était pas le moment de jouer sur les réseaux sociaux.»

Très vite, la Roma a lancé un blog actualisé en permanence sur l'avancée de l'épidémie en Europe. Puis, alors que les Italiens se retrouvaient en confinement longue durée, le club de la capitale a alterné entre des contenus ludiques et festifs - coloriages et puzzles pour les enfants, vidéos historiques - et d'autres directement liés à la maladie, comme la série HEROES, qui met en lumière le personnel soignant.

Interaction massive

«Je pense que ces deux dernières années, la Roma a sans doute été le club qui a le plus cherché à utiliser ses réseaux sociaux de façon socialement responsable. Dès que le virus a été détecté en Italie, on a lancé une campagne de vidéos avec notre entraîneur et nos joueurs et joueuses pour éduquer nos fans», explique Paul Rogers.

«Nous avons utilisé ces plateformes pour relayer les messages les plus importants des autorités de santé et notre récolte de dons en faveur des hôpitaux de Rome a dépassé l'objectif initial de 500'000 euros. Avec une partie de cette somme, le club a déjà acheté huit respirateurs et huit lits de thérapie intensive», ajoute-t-il.

Les fans du Celta ont eux aussi été sensibilisés via les réseaux sociaux aux consignes sanitaires et aux efforts des médecins et infirmiers en première ligne. «Dans les premiers jours du confinement, on avait relayé un message du personnel hospitalier et ça avait généré une interaction massive», raconte André Taboada. «On a aussi mis nos réseaux sociaux à disposition des autorités pour qu'elles les utilisent comme haut-parleurs afin de toucher plus directement notre communauté.» En attendant de pouvoir, un jour, retrouver un ton plus léger et revenir aux blagues.

AFP

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