Attentats de Bruxelles: Les commandos devaient frapper Paris une 2e fois
Actualisé

Attentats de BruxellesLes commandos devaient frapper Paris une 2e fois

L'objectif de la cellule djihadiste basée à Bruxelles était de frapper à nouveau la France. Mais elle s'est décidée dans l'urgence à lancer des attaques dans la capitale belge.

par
cga/afp
1 / 277
kein Anbieter
23.06 Selon Le Soir, Salah Abdeslam a été retenu pendant 30 minutes par des gendarmes français, le 14 novembre. Ils n'avaient pas reçu d'informations concernant sa radicalisation.

23.06 Selon Le Soir, Salah Abdeslam a été retenu pendant 30 minutes par des gendarmes français, le 14 novembre. Ils n'avaient pas reçu d'informations concernant sa radicalisation.

BFM TV
16.06 Un lycéen de 17 ans raconte à BFM TV sa rencontre avec Salah Abdeslam, avec qui il a passé une partie de la nuit qui a suivi les attentats du 13 novembre 2015.

16.06 Un lycéen de 17 ans raconte à BFM TV sa rencontre avec Salah Abdeslam, avec qui il a passé une partie de la nuit qui a suivi les attentats du 13 novembre 2015.

Capture d'écran BFM TV

Mohamed Abrini, soupçonné d'être le logisticien des attaques de Paris du 13 novembre et inculpé pour «assassinats terroristes» en Belgique, a avoué être le troisième homme des attentats du 22 mars à l'aéroport de Bruxelles, scellant les liens étroits entre les deux tueries. «C'est un pas en avant important», a déclaré à l'AFP une source proche de l'enquête.

Au terme de 24 heures riches en rebondissements, le parquet fédéral belge a fait part des aveux de Mohamed Abrini: il est «l'homme au chapeau», le troisième suspect de l'aéroport international de Bruxelles-Zaventem qui s'est enfui avant que ses deux complices ne lancent la double attaque-suicide. «Il a été confronté aux résultats de diverses expertises et a reconnu sa présence lors des faits», a expliqué samedi le parquet en précisant que Mohamed Abrini avait jeté sa veste dans une poubelle, puis «revendu» son couvre-chef!

Le parquet avait auparavant fait part de son inculpation et de celles de deux individus arrêtés vendredi à Bruxelles pour «assassinats terroristes» et «participation aux activités d'un groupe terroriste» dans les dossiers de Paris et Bruxelles.

Traces laissées à Schaerbeek

L'objectif de la cellule djihadiste basée à Bruxelles était de frapper à nouveau la France. Mais elle s'est décidée dans l'urgence à lancer des attaques dans la capitale belge, a rapporté dimanche le parquet fédéral belge, confirmant des informations de presse.

«Le parquet fédéral confirme qu'il ressort de plusieurs éléments de l'enquête que l'objectif du groupe terroriste était de frapper à nouveau la France et que c'est pris de court par l'enquête qui avançait à grands pas qu'ils ont finalement décidé dans l'urgence de frapper Bruxelles», explique le parquet dans un bref communiqué, au lendemain de l'arrestation d'un des suspects clés, Mohamed Abrini.

Selon la RTBF, l'arrestation de Salah Abdeslam a également précipité l'entreprise terroriste. «Les terroristes étaient traqués par la police et ont décidé de frapper plus vite, et en Belgique».

L'expert en contre-terrorisme Claude Moniquet a donné des précisions sur ce scénario dimanche matin sur iTélé. Il affirme que, conformément à ses aveux, Mohamed Abrini a été formellement identifié comme étant l'«homme au chapeau» par plusieurs outils scientifiques, notamment le logiciel de reconnaissance faciale de la police fédérale belge. Par ailleurs, Claude Moniquet explique que Abrini a dit aux enquêteurs que Paris était la cible et que Bruxelles avait été choisie «dans l'urgence». Un ordinateur retrouvé près de la planque qui a servi de point de départ aux commandos des attentats bruxellois contenait deux cibles identifiées en région parisienne, selon l'expert: le «centre commercial de la Défense et une association catholique conservatrice».

M. Abrini, déjà inculpé dans le dossier des attentats de Paris, a été également inculpé d'«assassinats terroristes» dans le dossier des attaques du 22 mars à Bruxelles, a annoncé dimanche le parquet fédéral belge.

Le juge a retenu à son encontre les chefs de «participation aux activités d'un groupe terroriste, d'assassinats terroristes et de tentatives d'assassinats terroristes». Arrêté vendredi, Abrini, qui était recherché depuis novembre, a finalement reconnu être le troisième homme de l'aéroport de Bruxelles-Zaventem, qui avait quitté les lieux juste avant la double attaque-suicide.

Abrini était l'un des principaux suspects recherchés par les polices d'Europe depuis les tueries du 13 novembre (130 morts). Le Belgo-Marocain de 31 ans faisait l'objet d'un mandat d'arrêt européen émis par un juge français le 24 novembre. Il a été interpellé vendredi après-midi lors d'un raid éclair, en pleine rue, dans la commune bruxelloise d'Anderlecht.

Des traces de son passage avaient été localisées dans deux logements de Schaerbeek, une commune de Bruxelles. Un des logements contenait aussi des traces de Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats de Paris, et l'autre, située rue Max Roos, était le point de départ du commando de l'aéroport de Bruxelles.

Frère mort en Syrie

En près de cinq mois, l'enquête a révélé les liens de Mohamed Abrini avec les attaques parisiennes: possible soutien logistique, cet ami d'enfance des frères Brahim et Salah Abdeslam à Molenbeek a été filmé en compagnie de ce dernier dans une station-service de l'Oise (nord de Paris) dans la voiture qui servira à convoyer les kamikazes au Stade de France deux jours plus tard.

Repéré comme islamiste radical par les services belges, Abrini est aussi soupçonné de s'être rendu en Syrie en 2015 pour un bref séjour. L'un de ses frères, Soulaimane, y est mort à 20 ans.

Le deuxième principal inculpé, Osama Krayem (dont l'identité complète n'est pas confirmée par le parquet), lève partiellement le mystère du dénommé Naïm Al Hayed, le nom qu'il avait emprunté lors de son enregistrement sur l'île grecque de Leros dans un flot de réfugiés. Ses empreintes avaient aussi été retrouvées dans le logement de la rue Max Roos.

Le «deuxième homme» du métro identifié

Les enquêteurs belges ont désormais la certitude qu'il est le «deuxième homme» du métro, que l'on voit sur des caméras de surveillance s'adresser brièvement au kamikaze Khalid El Bakroui. Grâce à la vidéosurveillance, l'enquête le repère également au centre commercial lors de l'achat des sacs dans lesquels ont été transportés les explosifs à l'aéroport de Bruxelles. Osama Krayem, Suédois, fils d'exilés syriens, intéresse beaucoup Paris car les enquêteurs soupçonnent Salah Abdeslam d'être allé le chercher, ainsi que le dénommé Amine Choukri, à Ulm (Allemagne), le 3 octobre quand ils sont, très probablement, rentrés de Syrie.

Décrit dans les médias suédois comme un délinquant oscillant entre religion et consommation de stupéfiants avant de prendre le chemin du jihad en Syrie, Osama Krayem a grandi dans un quartier populaire de Malmö (sud). En janvier 2015, il pose sur Facebook en tenue de combat, une kalachnikov à la main, drapeau de l'organisation Etat islamique (EI) en arrière-plan, puis disparaît jusqu'à ce que sa trace soit retrouvée à l'automne.

Preuve des liens qui unissent les différents protagonistes au sein d'une même cellule jihadiste, la justice belge a inculpé deux hommes pour «complicité d'assassinats terroristes», soupçonnés «d'avoir aidé Mohamed Abrini et Osama Krayem». Hervé B. M., un Rwandais de 25 ans, a été arrêté en même temps qu'Osama Krayem, et Bilal E. M., 27 ans, a été interpellé dans la commune de Laeken vendredi soir.

Selon une source proche du dossier, ce dernier s'appelle Bilal El Makhoukhi, condamné en 2014 à cinq ans de prison lors du procès du groupuscule islamiste Sharia4Belgium à Anvers (nord). Ce Bruxellois a combattu en Syrie où il a été blessé à la jambe, selon la presse locale. Mais son rôle présumé dans les attentats n'est pas défini.

Les arrestations ont été suivies de plusieurs opérations de police: à Anderlecht, au lieu de résidence possible de Mohamed Abrini, et dans les logements de Bilal El Makhoukhi et Hervé B. M. Ni arme ni explosif n'ont toutefois été découverts. (cga/afp/ats)

«Des aveux peu crédibles»

Un analyste belge spécialisé dans le terrorisme explique à l'agence Belga que le fait que Mohamed Abrani est le troisième homme responsable des attentats à Brussels Airport peu crédible. «Cela ne correspond au mode opératoire de l'EI, et je les suis depuis des années. Cette rhétorique ne s'inscrit pas dans l'ensemble», estime Pieter Van Ostayene. «Je ne peux pas imaginer que quelqu'un avec une telle fonction au sein de l'EI va d'un coup déclarer 'cela s'est passé comme ça' et expliquer qu'il a vendu son chapeau, je n'y crois pas une minute.» Il pense qu'il s'agit d'une couverture destinée à protéger le reste du réseau.

Ton opinion